Election présidentielle : le monde économique veut de la visibilité

DOSSIER ELECTIONS : QU'ATTENDENT LES ANGEVINS ? # 1


Rédigé par Yves BOITEAU - Angers, le 12/04/2017 - 07:45 / modifié le 14/04/2017 - 10:10


Présidentielles, les dimanches 23 avril et 7 mai. Législatives, les 11 et 18 juin. Ces prochaines semaines, les Français vont se choisir un nouveau chef d’Etat puis donner (ou pas) à son gouvernement une majorité à l’Assemblée nationale pour soutenir son action. Dire que l’enjeu de ces deux rendez-vous électoraux sera déterminant pour notre avenir commun est un euphémisme. Dans un contexte politique teinté de désenchantement et de défiance, les Angevins tentent d’évaluer les programmes et les candidats. Pour le jour venu, si possible, voter en pleine conscience. Nous en avons rencontré et interrogé un certain nombre pour mesurer leurs attentes, sans soucis d’exhaustivité mais avec la volonté de varier nos points de chute et les regards. Alors, qu’attendent-ils ces Angevins ? Jeunes dirigeants de start-ups numériques, artisan et représentant de l’Economie sociale et solidaire, la campagne électorale ne les laisse pas indifférents. Mais ne les fait pas vibrer, loin de là. C'est le premier volet de ce dossier qui entend laisser la parole aux Angevins.



Ivain Bignonet et Enric Cailleau, jeunes entrepreneurs de la tech angevine.
Ivain Bignonet et Enric Cailleau, jeunes entrepreneurs de la tech angevine.
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« Je les sens éloignés du terrain »

Jeunes dirigeants de start-ups numériques angevines, Enric Cailleau et Ivain Bignonet portent un regard critique sur le personnel politique et l’élection à venir. Et attendent un engagement plus proche des réalités.
 
16 mars 2017. Au milieu de la délégation angevine présente ce jour-là à l’Université numérique du Medef à Paris, ces deux-là semblent inséparables. Sourire aux lèvres, humour à portée de mots et de toute évidence totalement décomplexés au milieu des experts et entrepreneurs venus échanger autour des enjeux de « la data », de son impact sur le management ou le secteur de l’agro-alimentaire. Jean et polo pour le premier, veste et chemise blanche pour le second… Enric Cailleau, 33 ans, et Ivain Bignonet, 31 ans, incarnent bien l’image que cultive Angers French Tech, le réseau des acteurs de l’écosystème numérique angevin : jeune, connecté et ouvert à 360° sur son temps.
 
Ces derniers mois, leurs start-ups respectives – My Jomo et Kara Technology - ont fait parler d’elles. Invités par le groupe La Poste, Enric Cailleau et son associé, Florian Benejean, ont pu présenter leurs badges lumineux connectés au Consumer Electronic Show de Las Vegas, le plus grand salon mondial du genre. De son côté, Ivain Bignonet a fait sensation au Salon Nautic de Paris avec la table de bord tactile qu’a mise au point sa société. Deux occasions de mettre en lumière la capacité d’innovation d’acteurs angevins du numérique que les prochaines élections n’indiffèrent pas. Même s’ils les appréhendent avec plus ou moins de distance…
 
« De manière générale, je sens nombre de responsables politiques nationaux totalement éloignés du terrain et plus préoccupés par des postures de communication que par la réalité de nos entreprises », témoigne Enric qui avoue, un peu honteux, ne « pas trop s’intéresser à la campagne » : « C’est malheureux mais j’ai l’impression d’un tel brouhaha médiatique, que les discours perdent tout crédit. » Pourtant, il ira voter. Sans encore savoir pour qui. « Je vais me décider probablement les derniers jours. Honnêtement, j’aimerai bien que le vote blanc soit comptabilisé. »
 

"Il faut une nouvelle génération qui apporte du souffle et sans doute réfléchir aussi à l’évolution du statut de l’élu."
 Conseiller municipal à Saint-Barthélémy-d’Anjou, Ivain semble un peu plus au fait de la campagne. Et prévient d’emblée : « Dans la tech, on est très, très mal placé pour formuler des critiques. La France est sans doute le pays d’Europe qui accompagne le mieux les entrepreneurs du secteur. » Pour autant, il identifie au moins une difficulté majeure : « Pour l’amorçage des projets, les dispositifs d’aide sont vraiment top. Mais c’est dans la transformation de nos start-ups que les choses se compliquent. On ne sait toujours pas comment faire. »
Au fil de la discussion, l’élu sait se faire sévère aussi à l’égard de ses pairs nationaux : « Si on a toujours à faire demain à un gouvernement de professionnels de la politique, il n’y aura pas d’évolution. Il faut une nouvelle génération qui apporte du souffle et sans doute réfléchir aussi à l’évolution du statut de l’élu. »
 
Pour l’un comme pour l’autre, c’est la compétence qui doit primer en politique comme dans le monde économique. « Les grandes écoles, c’est vraiment un esprit très français. Quand on voit que l’essentiel de ceux qui vont au bout des programmes de formation ouverts à tous en ligne, sont issus des pays en voie de développement, ça dit bien quelque-chose » relève Ivain. « On est en phase de recrutement, prolonge Enric, Ce qu’on cherche, ce sont des couteaux-suisse, pas seulement de la matière grise. »

Ghislain Moret, patron des ateliers Lithias.
Ghislain Moret, patron des ateliers Lithias.
« Difficile d’accorder sa confiance à quelqu’un »
 Ghislain Moret, patron des ateliers Lithias, Champigné
A la barre des ateliers Lithias, une entreprise artisanale (6 salariés, 650 000€ de CA), spécialisée dans la sculpture de pierre naturelle, Ghislain Moret peine à ne pas céder au fatalisme à l’évocation des rendez-vous électoraux. Pas tant en raison des scandales et affaires qui ont émaillé la campagne présidentielle, qu’à la lumière de ses 20 ans d’expérience de chef d’entreprise. « Le fossé qui sépare le politique de l’économique est immense. La première chose qu’on attend de nos responsables, c’est de nous offrir de la visibilité, donc un peu de stabilité. Mais ils nous ont malheureusement appris qu’ils pouvaient changer les choses du jour au lendemain. »

Les ateliers Lithias en ont fait les frais directement, raconte-t-il. « En pleine phase critique de développement à l’international », l’entreprise a dû déposer le bilan après l’abandon « sans préavis » d’une mesure de crédit d’impôt à l’export. Initialement installée en Bourgogne, elle a déménagé en Anjou après son sauvetage par le groupe Bonnel au printemps 2015.

Si un sujet fait pester Ghislain Moret, ce n’est pas tant la fiscalité –« je n’ai pas de problème avec le fait de payer des impôts »- que la formation « complètement absente de la campagne et toujours abordée de façon dogmatique » : « Je reçois des étudiants de filières générales qui, tardivement, réalisent qu’ils feraient bien un métier manuel. Mais à 22 ans, c’est beaucoup plus compliqué et plus cher de former quelqu’un ! »
Quant à la question de l’éthique, si présente depuis des mois, elle le laisse face à ses interrogations ? « Est-ce que les attaques subies par François Fillon vont réellement apporter du mieux ? Et est-ce qu’au final, on ne cherche pas à laver plus blanc que blanc ? se demande Ghislain Moret. Je me situe plutôt au centre-droit. J’éprouve de l’intérêt pour Macron, aussi pour Fillon mais le climat de suspicion est tel qu’il est difficile d’accorder sa confiance à quelqu’un. »

« La révolution numérique trop faiblement prise en compte »
 Patrice Moysan, président de l’Inter-Réseau de l’Economie Sociale et Solidaire
La campagne satisfait-t-elle vos attentes d’entrepreneur et de citoyen ? 

« Pas vraiment. Je pense qu’on évacue les vrais enjeux. On a l’impression que la plupart des candidats n’ont pas pris conscience qu’on a changé de logiciel et que le monde ne tourne plus de la même façon que dans les années 70. Le numérique et le digital remettent complètement à plat nos façons de faire et d’agir, mais cet élément est faiblement pris en compte. »

Les candidats parlent quand même du numérique…

« Comme un outil classique de transformation de production ou de réflexion, mais ce n’est pas que ça ! Si on voulait l’illustrer avec un fait de campagne, on voit bien qu’on ne peut même plus se planquer pour faire ses petites affaires dans les milieux politiques comme autrefois… C’est bien un élément qui transforme notre quotidien. »

Le bon sens économique que prône votre réseau vous paraît-il suffisamment entendu ?

« Il y a encore beaucoup à faire. Il y a au moins un candidat dont on peut saluer l’engagement, c’est Benoît Hamon, qui a permis la mise en place de la loi sur l’ESS. Une loi qui oblige à regarder dans tous les ministères si les projets proposés n’ont pas de contre-indication au regard de l’individu et de l’humain. Près de 20% de l’emploi privé sur l’agglo d’Angers relève de l’ESS. C’est quoi ? Une possibilité d’avoir un minimum de démocratie dans les structures et une répartition des richesses produites le plus équitable possible. On a progressé, maintenant il faut donner à ce secteur, au-delà de la reconnaissance juridique, quelques moyens pour être présent dans les organisations générales, patronales, salariales... »
Patrice Moysan, président de l’Inter-Réseau de l’Economie Sociale et Solidaire (Iresa).
Patrice Moysan, président de l’Inter-Réseau de l’Economie Sociale et Solidaire (Iresa).

Et les commerçants angevins, qu'en pensent-ils ?




















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