Emmanuel Saulou : l’utopie, ça se cuisine

Les portraits de l'année # 2


Rédigé par Yves BOITEAU - Angers, le 26/12/2015 - 07:30 / modifié le 25/12/2015 - 14:40


Des visages, comme autant de marqueurs d'une année en terre angevine. Acteurs des mondes culturels, économiques, sportifs ou associatifs, ils constituent la galerie de portraits du mensuel Angers Mag en 2015. Des témoins de l'actualité que nous vous proposons de redécouvrir un à un...
Depuis dix ans, développement durable et responsabilité sociale mitonnent dans les cuisines de la société de restauration collective Restoria qu’il co-dirige. Pas pour le fun mais pour prolonger les valeurs fondatrices d’une entreprise angevine à part. Comme lui.



Emmanuel Saulou : l’utopie, ça se cuisine
la rédaction vous conseille
« Tu ne mérites pas de passer en seconde. Mais je pense que ce n’est pas une bonne idée que tu redoubles. » Que serait aujourd’hui Emmanuel Saulou sans cette mise au point orchestrée devant parents par le directeur du collège Mongazon, au terme d’une « chaotique » année scolaire, ponctuée de « 18 heures cumulées de colle » ? On ne refait pas l’histoire mais tout de même… « Me retrouver en BEP compta a été le coup de pied au cul de ma vie : une nécessité en même temps qu’une révélation » raconte trente ans après le co-dirigeant de la société Restoria.

BEP en poche, le deuxième des trois enfants de Jean Saulou, l’ancien charcutier du chemin de la Maître-Ecole dans le quartier Saint-Léonard, n’aura de cesse dès lors de montrer qu’il vaut mieux que cela. A lui-même d’abord, mais aussi à sa mère et à son père, visionnaire créateur avec Yves Comte d’une des premières entreprises de restauration collective de la région : Anjou Restaureco. Une idée de « Joyeuses Têtes de lard », le nom de la troupe de théâtre où a germé à la fin des années 60 la complicité des deux artisans de bouche. « C’est l’époque où la grande distribution a fait son apparition à Angers en proposant des produits nettement moins chers, une menace contre laquelle ils ont su trouvé la parade, en s’associant pour fournir des repas à des entreprises » raconte Emmanuel Saulou.
 
Une complicité et des valeurs en héritage
L’histoire veut qu’Emmanuel soit né au lendemain de la décision des compères charcutiers de vendre leurs boutiques, pour s’associer. Prédestiné ? « Au contraire, nos parents nous toujours dit de vivre notre vie et qu’ils vendraient l’entreprise » poursuit l’intéressé, associant au « nous » Philippe Comte, le fils d’Yves. Expert-comptable de formation, celui-ci sera le premier à écrire le possible scénario d’un héritage familial, en rejoignant l’entreprise en 1992.

Après un BTS action commerciale, Emmanuel Saulou est entré lui à l’Ecole supérieures des sciences commerciales d’Angers (ESSCA) où il s’éclate en collaborant notamment à la réalisation du Petit Queniau, genre de Guide du Routard des bonnes adresses d’Angers. « C’est à l’arrivée de Philippe que j’ai commencé moi aussi à m’imaginer un avenir au sein de l’entreprise de mon père. » Il le rejoint en 1998, après cinq années d’expérience « dans la concurrence ».

Les deux hommes sont « très complémentaires » : au premier, « la rigueur et les affaires internes » ; au second, « la partie créative et les relations externes ». « Un subtil équilibre » jusque dans l’organisation du capital racheté à leurs parents : « 49,95% des parts chacun. Pour prendre le pouvoir, il faut convaincre le père de l’autre puisqu’ils se partagent le reste » sourit Emmanuel. « On n’a jamais fait que continuer ce qu’ils ont initiés, insiste-t-il, Une cuisine faite sur place pour l’essentiel, c’est-à-dire les charcuteries, les pâtisseries, la préparation des légumes… »
 
« L’idée a toujours été de ne pas se laisser prendre au piège de la modernisation de nos métiers pour capitaliser sur notre identité »
La continuité, ce sont aussi les valeurs familiales où se mêlent goût du travail bien fait, attachement au territoire et aux producteurs locaux, et ouverture d’esprit. « L’idée a toujours été de ne pas se laisser prendre au piège de la modernisation de nos métiers pour capitaliser sur notre identité » ajoute Emmanuel Saulou, qui fait remonter sa conversion au développement durable à une conférence donnée à Angers par Sylvain Darnil, l’un des auteurs (avec Matthieu Leroux) du livre « 80 hommes pour changer le monde » (éd. JC Lattès). « La grande question de ce livre, c’est « écologie et capitalisme sont-ils antinomiques ? »

Agriculture biologique, circuits courts, gestions de déchets et de l’énergie, loyauté sur les marchés, respect des droits fondamentaux dans la gestion de ses employés (630 collaborateurs aujourd’hui) qui bénéficie depuis peu notamment d’un service d’assistance sociale externe anonyme pour l’accompagner dans d’éventuels problèmes personnels…

Depuis, le chef d’entreprise n’a de cesse de vouloir montrer qu’ils « sont non seulement compatibles mais indissociables. » Quitte à faire un peu de prosélytisme. « Il est tellement convaincu qu’il en devient convaincant. C’est à la suite de nos échanges que je me suis moi aussi lancé dans une démarche de Responsabilité sociale d’entreprise (RSE) » glisse Renaud Bonnel, le patron de l’entreprise de construction Bonnel, membre lui aussi du Centre des Jeunes Dirigeants d’Angers que préside pour quelques mois encore Emmanuel Saulou. « C’est un sacré personnage, chaleureux et toujours d’attaque. »

Un défaut quand même ? « Il a ceux de ses qualités, un enthousiasme qui peut devenir un peu prenant et être pris pour un donneur de leçons, alors que ce n’est pas du tout le cas. » « Je suis dans doute le gros connard de certains, avance Emmanuel Saulou, Mais je ne me vois pas faire autrement qu’en parler, convaincu que, comme le colibri, chacun à son petit niveau peut changer le monde. »

Bio express
1969. Naissance le 2 avril à Angers

1986. BEP Compta au lycée Sainte-Marie

1990. Intègre l’Ecole Supérieure des Sciences Commerciales d’Angers (ESSCA) dont il sort diplômé trois ans plus tard.

1998. Après cinq ans d’expériences diverses, intègre l’entreprise familiale.

2001. Philippe Comte et lui rachètent l’entreprise à leurs pères.

2005. Découvre le concept de « développement durable »

2013. Devient président du Centre des Jeunes Dirigeants d’Angers.

2014. Restoria reçoit le Trophée national des Entreprises Responsables
 












Angers Mag















Angers Mag : Au comptoir de Mathilde... et de Catherine: Depuis la fin du mois d'octobre, la rue... https://t.co/wkV9xA1N3F https://t.co/6yuEQFFF5o
Mercredi 7 Décembre - 08:00
Angers Mag : A l’Ecole démocratique, on fait ce qu’on veut… ou presque: Basée sur la liberté... https://t.co/j0ywJZAzgI https://t.co/jEK0S9wvGs
Mercredi 7 Décembre - 07:31
Angers Mag : RT @LeQuai: N'oubliez pas d'aller voir #AdishatzAdieu ce soir. Vous nous remercierez demain. #Theatre #JonathanCapdevielle #Angers RESA 02…
Mardi 6 Décembre - 13:55
Angers Mag : A Angers, Montessori a pris racines: Porté par des éducateurs convaincus, les méthodes... https://t.co/bXNDdgyLpz https://t.co/nar3Qs6vye
Mardi 6 Décembre - 07:30


cookieassistant.com