En images, la Libération d'Angers "pour les Nuls"


Rédigé par - Angers, le 08/08/2014 - 18:32 / modifié le 02/09/2014 - 11:47


Libérée de l'occupation allemande le 10 août 1944, la ville d'Angers commémore dimanche le 70e anniversaire de ce souvenir. Une page marquante de l'histoire locale que nous vous rappelons en neuf images, avec la collaboration de l'historien Guy Stefanini et des Archives départementales de Maine-et-Loire.



11 août 1944. Sur ce qui s'appelle encore la place du Champ de Mars (l'actuelle place Leclerc), une cérémonie est organisée en l'honneur des Américains. De gauche à droite : Michel Debré (1), Commissaire de la République de la région d’Angers, le capitaine Guy de la Vassellaye (2), officier de liaison français, le général Irwin (3), commandant la 5e DI  et Victor Chatenay (4), maire d’Angers (Collection © Archives départementales de Maine-et-Loire).
11 août 1944. Sur ce qui s'appelle encore la place du Champ de Mars (l'actuelle place Leclerc), une cérémonie est organisée en l'honneur des Américains. De gauche à droite : Michel Debré (1), Commissaire de la République de la région d’Angers, le capitaine Guy de la Vassellaye (2), officier de liaison français, le général Irwin (3), commandant la 5e DI et Victor Chatenay (4), maire d’Angers (Collection © Archives départementales de Maine-et-Loire).
Trop de commémorations nuit-il au travail de mémoire lui-même ? Au lendemain des médiatiques célébrations du centenaire du début de la Guerre 14-18 et alors que se poursuit à la bibliothèque Toussaint une très belle exposition sur la Première Guerre mondiale, pas si simple de remobiliser l'attention publique à Angers sur cet autre événement historique que constitue la libération de la ville de l'occupation allemande en août 1944.

Ce vendredi au Pont de Pruniers, entre Ste-Gemmes-sur-Loire et Bouchemaine, samedi à Avrillé et dimanche à Angers, des cérémonies célèbrent pourtant ce souvenir en présence des associations d'anciens combattants et des autorités. Comme chaque année. Mais sans plus, en dépit du 70e anniversaire de la Libération.

Conseiller et guide au musée du Génie d'Angers, où est présentée une exposition sur cette page d'Histoire jusqu'au 30 août, Guy Stefanini n'est pas vraiment surpris par cette discrétion mémorielle. Laquelle ne vaut pour autant indifférence, comme en témoigne le succès des "circuits de mémoire" organisés depuis mai par le musée avec le soutien de la Ville d'Angers et Angers Loire Tourisme (10 et 13 août prochains au départ de la place de l'Académie), sur les traces de l'armée américaine.

"Il y a une curiosité pour cette période, mais paradoxalement, elle a fait l'objet de très peu d'ouvrages et d'écrits" explique cet historien amateur, pressé ici et là pour écrire un livre qui pourrait enfin faire référence sur la libération d'Angers. En attendant, les curieux peuvent toujours trouver satisfaction dans les archives, tout particulièrement aux Archives départementales, dont nous reproduisons ici plusieurs documents pour vous proposer une petite chronologie, sans prétention, des faits.

1. Pouancé, la première libérée

En images, la Libération d'Angers "pour les Nuls"
C'est du nord-ouest du Maine-et-Loire que des éléments de reconnaissance de la 3e armée, commandée par le général Patton, ont pénétré en Anjou dans la nuit du 4 au 5 août. "ils étaient stationnés près de Vitré (Ile-et-Vilaine) explique Guy Stefanini. Le matin du 5, ils entrent dans Pouancé (notre photo) d'où les Allemands se sont retirés. Ils repartent dans l'après-midi et arrivent à Segré vers 17h. "Le rôle de ces soldats n'était pas de combattre mais de renseigner" indique l'historien angevin.

2. La libération de Segré

Arrivée des soldats américains à Segré le 5 août 1944 (Cliché G. Leclerc, collection Michel Lemesle, Archives départementales de Maine-et-Loire).
Arrivée des soldats américains à Segré le 5 août 1944 (Cliché G. Leclerc, collection Michel Lemesle, Archives départementales de Maine-et-Loire).
La libération de l'actuelle sous-préfecture haut-angevine ne va pas se faire sans mal. Lorsque les éléments de reconnaissance de l'armée américaine arrivent en ville, en l'absence manifeste d'Allemands, "la population de Segré croit avant l'heure à la libération" raconte Guy Stefanini. "Certains ont commencé à pavoiser. D'autres ont même molesté quelques soldats allemands présents." Mais l'armée allemande stationne en réalité non loin, "au château de la Lorie". Des échanges de tirs ont lieu. Les Américains se retirent à proximité du côté de Bourg d'Iré. Le lendemain, 6 août, les Allemands reviennent en nombre avec l'appui d'un char et redescendent dans le centre-ville où ils déclenchent nombres d'incendies et retiennent une soixantaine de civils qui seront libérés grâce aux pourparlers engagés par le sous-préfet Fouet. "Quatre personnes ont été abattues" indique Guy Stefanini. Segré ne sera finalement libérée que le 8 août.

3. L'avancée vers Angers

Combat entre soldats allemands et américains au carrefour de la Salle, 8 août 1944 (Collection Lemesle, Archives départementales de Maine-et-Loire).
Combat entre soldats allemands et américains au carrefour de la Salle, 8 août 1944 (Collection Lemesle, Archives départementales de Maine-et-Loire).
Le 7 août au matin, deux aviateurs américains abattus près d'Angers, récupérés par la Résistance, vont au devant de leurs camarades en Normandie et finissent par entrer en contact avec le PC de Patton. Ils communiquent les informations sur le contexte à Angers et notamment le fait que les ponts n'ont pas sauté. Patton convoque le général Irwin, le commandant de la 5e division d'infanterie Red Diamond. Ce dernier envoie deux "Task force" en direction de la Guerche de Bretagne d'où l'une poursuit sa route vers Châteaubriant et Candé, et l'autre vers Craon et Château-Gontier qui a été libéré la veille par une autre division. Leur mission : entrer par le sud d'Angers par Les Ponts-de-Cé.

Poursuivant son avancée vers Angers, l'armée américaine va se trouver confrontée à de premières difficultés à plusieurs endroits, comme sur la photo ci-dessus au carrefour de la Salle à Cherré. A Saint-Jean-de-Linières à l'ouest d'Angers, la Task Force commandée par le colonel Yuill, arrive dans l'après-midi du 7 août. Dans la soirée, deux compagnies sont envoyées en renfort : l'une vers le Nord, via Saint-Lambert-la-Potherie et La Meignanne pour arriver vers Avrillé, l'autre sur Angers, via la route de Nantes. Mais les deux sont freinées par un fossé anti-chars creusé précédemment par les Angevins.

"A minuit, une troisième compagnie est engagée plein sud en direction de Bouchemaine, avec comme mission de prendre le pont suspendu et de filer sur les Ponts-de-Cé pour couper les retraites et empêcher l'arrivée de renforts allemands par le sud" précise Guy Stefanini.

4. Les combats du Pont de Pruniers

Le pont de Pruniers, le 10 août 1944 (Collection Guy Stéfanini, Archives départementales de Maine-et-Loire).
Le pont de Pruniers, le 10 août 1944 (Collection Guy Stéfanini, Archives départementales de Maine-et-Loire).

Soldats américains à proximité de la propriété de Châteaubriand à Sainte-Gemmes-sur-Loire, le 10 août 1944 (Collection Brière, Archives départementales de Maine-et-Loire).
Soldats américains à proximité de la propriété de Châteaubriand à Sainte-Gemmes-sur-Loire, le 10 août 1944 (Collection Brière, Archives départementales de Maine-et-Loire).
C'est l'épisode clef de la libération d'Angers. En arrivant sur la Maine, après de premiers accrochages au lieu dit La Croix de la Masse, l'armée américaine découvre au matin du 8 août que les Allemands ont fait sauter le pont suspendu de Bouchemaine. Pour franchir la rivière, sur la base notamment de résistants angevins, elle va s'emparer dans l'après-midi du pont ferroviaire de Pruniers, non essuyer des tirs. "Les Américains ont réussi à installer une tête de pont du côté de Sainte-Gemmes dans l'après-midi mais ils vont affronter cinq contre-attaques dans la nuit. Les Allemands tenaient les hauteurs, beaucoup de soldats Us vont être tués" explique Guy Stefanini.

Le 9 août dans l'après-midi, d'importantes combats vont se dérouler aussi au château du Fresne à Sainte-Gemmes-sur-Loire. "Des obus à fumigène ont été tirés par les Américains et des scènes de corps à corps ont été rapportées" indique Guy Stefanini. De fait, l'armée américaine va progresser vers Angers par la Baumette au matin du 10.

5. L'entrée dans la ville le 10 août

Soldats américains pointant leur mitrailleuse en direction de l’église Saint-Jacques en août 1944, lors des combats de la libération (Collection Michel Lemesle. Archives départementales de Maine-et-Loire).
Soldats américains pointant leur mitrailleuse en direction de l’église Saint-Jacques en août 1944, lors des combats de la libération (Collection Michel Lemesle. Archives départementales de Maine-et-Loire).
Parallèlement à l'avancée au sud d'Angers, les soldats américains vont finalement réussir à passer les fossés anti-chars et à entrer dans le quartier de la Doutre le 10 août au matin. Idem à l'Ouest où le troisième groupe réussit à pénétrer dans la ville via la rue Saint-Jacques. Le franchissement de la Maine, dont les Allemands ont décidé de faire sauter les trois ponts dans la nuit, va donner lieu à de nouveaux échanges de tirs. Les Américains traversent d'abord la rivière via le Pont du Château où une portière est installée. Ils remontent la ville en empruntant les actuels boulevards du Général de Gaulle et du Roi René.

6. "L'après-Libération a été plutôt calme"

Les Angevins fêtent la libération de la ville, en brûlant un drapeau nazi, place du Ralliement, le 10 août 1944 (Collection Brière, Archives départementales de Maine-et-Loire).
Les Angevins fêtent la libération de la ville, en brûlant un drapeau nazi, place du Ralliement, le 10 août 1944 (Collection Brière, Archives départementales de Maine-et-Loire).
Au fil de la progression de l'armée américaine dans la ville, les Angevins vont commencer à sortir. La population, heureuse d'être libérée, va manifester sa joie à différents endroits. La drapeau français est hissé à la mairie en soirée. Mais il n'est pas facile de trouver des photos de scènes de liesse. "Angers était le siège du district militaire B de l'administration nazie qui régnait sur 17 départements de Brest à Bayonne" rappelle Guy Stefanini. Le parc de Pignerolle abritait aussi le siège de l'arme sous-marine allemande, et Mûrs-Erigné, celui de la flotte de surface. L'aéroport d'Avrillé a été une base de ravitaillement. Les conséquences terribles du bombardement de la ville lors de la Pentecôte 1944 (28 -29 mai) par l'armée anglaise (254 victimes et des milliers de sinistrés) ne prêtaient pas non plus forcément à l’exubérance dans toutes les familles, "De manière générale, l'après-Libération a été plutôt calme souligne encore Guy Stefanini.

Dès le 10 août, Michel Debré, le père de Jean-Louis, l'actuel président du Conseil constitutionnel, signifie son congé au préfet Charles Donati, représentant du gouvernement de Vichy, et prend ses fonctions de commissaire de la République d'Angers. C'est lui qui invite les Angevins à "pavoiser en l'honneur du Général de Gaulle", lequel viendra saluer tous ceux qui ont permis la libération de la ville le 14 janvier 1945.

Michel Debré (1912-1996), commissaire de la République de la région d’Angers, à son bureau, à la préfecture, en août 1944 (Archives départementales de Maine-et-Loire).
Michel Debré (1912-1996), commissaire de la République de la région d’Angers, à son bureau, à la préfecture, en août 1944 (Archives départementales de Maine-et-Loire).



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1.Posté par Driggens le 09/08/2014 11:09 | Alerter
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C'est à cette période là que le pont Dumnacus a sauté ?

2.Posté par Christophe MARQUET le 09/08/2014 11:42 | Alerter
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Il y a soixante dix ans jour pour jour , le centre de commandement des Uboote de Dönitz à Pignerolle est libéré!

Exposition exceptionnelle depuis le 9 juillet au château de Pignerolle: "Guerres et communications" dans le salon Dönitz: Machine de codage Enigma, "souris grise" de la Kriegsmarine, sous-marinier Uboote, valises de la résistance, appareils de communications dans les tranchées en 14/18 etc etc..visite guidée sur réservation.
La salle de bain de Dönitz est ouverte au public. (inédit!)...

3.Posté par Pat le 09/08/2014 19:33 | Alerter
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Pourquoi dans le titre, mettre "pour les nuls" alors que cette période n'est plus enseignée, ou très peu !!! la connaissance n'et pas innée

4.Posté par Raymond Oesknar le 11/08/2014 11:34 | Alerter
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Bonjour,

Mon grand père serais encore vivant je lui aurais imprimé toute les photos de cet article, merci pour la mémoire de tout les hommes et femmes de la seconde guerre mondiale.

Yann Oesknar

5.Posté par Angers Mag le 11/08/2014 17:43 | Alerter
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@ Pat. "Pour les Nuls" est une référence à une collection d'ouvrages de vulgarisation bien connus. Nous l'avons utilisée, comme un clin d'oeil, pour signifier l'absence de prétention d'exhaustivité dans notre récit. Pour votre info, nous connaissions nous-mêmes bien mal cette page d'Histoire. Bref, il ne fallait pas prendre notre titre au premier degré.








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