Enfants placés : à l’appel à projets, les assos opposent l’appel à la raison…


Rédigé par - Angers, le 23/06/2016 - 15:00 / modifié le 23/06/2016 - 14:53


On n’a certainement pas fini de parler de la protection de l’enfance en Maine-et-Loire. Alors que le Conseil départemental a lancé il y a 15 jours un appel à projets pour remettre l’ensemble du dispositif à plat, les associations du secteur dénoncent une démarche inadéquate et dangereuse, sur le fond comme sur la forme.



Les dirigeants des structures réunies au sein du Groupement d'associations de la protection de l'enfance s'opposent à l'appel à projet lancé il y a 15 jours sur le champ de la protection de l'enfance.
Les dirigeants des structures réunies au sein du Groupement d'associations de la protection de l'enfance s'opposent à l'appel à projet lancé il y a 15 jours sur le champ de la protection de l'enfance.
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Deux trous dans un papier et le tour est joué. Lundi, lors de la session du Conseil départemental, une dizaine de salariés des associations de protection de l’enfance ont manifesté, masques sur le visage, leur inquiétude et leur opposition radicale à l’appel à projets lancé quelques jours plus tôt par la collectivité, à l’endroit de l’enfance en danger.
Une démarche sensée garantir, selon le président Gillet et sa majorité, une remise à plat de la prise en charge dans ce secteur sensible -1900 enfants sont placés à l’heure actuelle- en même temps que le choix du « mieux disant ».

De la poudre aux yeux, pour les syndicats de salariés, dont le combat est partagé, une fois n’est pas coutume en la matière, par les instances dirigeantes des associations concernées.
Six d’entre elles –qui accueillent 85 % des enfants placés en Maisons d’enfants à caractère social (MECS)- sont réunies au sein du Groupement d’associations de la protection de l’enfance (Gape 49).
« Depuis 10 ans, nous avions développé un partenariat actif et lisible avec le Conseil général, partageant avec lui des valeurs liées au respect de l’enfant et à la partie éducative », avance Yves Spiesser, président du Gape et de l’association Arpège 49.
Un discours tenu à l’imparfait, car « depuis le début de l’année 2015, nous sommes passés de partenaires à prestataires de service », déplore-t-il. "Avec l’arrivée du nouveau président du Conseil départemental (l’UDI Christian Gillet, NDLR), nous avons vu une évolution de la politique départementale vis-à-vis de la Protection de l’enfance, avec une vision qui nous interroge et nous inquiète ».
 
Point d’orgue de ce changement de paradigme, l’appel à projets lancé par le département –« une première au niveau national sur l’accueil déjà existant ! »- « ne correspond à rien, dans son contenu, de ce que nous vivons aujourd’hui », reprend Yves Spiesser.
On reviendra bien vite sur le fond, mais la forme en elle-même a choqué les dirigeants des associations, au moins autant que les salariés. « Nous sommes d’accord avec le fait que le Département fasse des économies : nous avions proposé à Christian Gillet de le rencontrer en 2015 pour mettre en place des Contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM) ; une proposition rejetée. »
Sur la forme, donc, les récentes décisions prises par le président du Conseil départemental sonnent comme une forme de désaveu vis-à-vis des associations.
« L'appel à projets ne correspond à rien, dans son contenu, de ce que nous vivons aujourd’hui »

Sur le fond, maintenant, les dirigeants associatifs identifient un grand nombre de risques dont le premier est « une délocalisation de l’action sociale », puisque l’appel à projets est ouvert à des prestataires extérieurs. Surtout, les membres du Gape estiment qu’il est « d’abord fait pour limiter les dépenses. Ça n’est pas une démarche de mieux éducatif, mais de mieux économique. » Chiffres à l’appui. L’appel à projets, qui répartit en lot l’accueil des enfants placés sur le territoire, plafonne à 170 € le coût d’un enfant placé par jour. « C’est 20 à 25 % inférieurs à ce que nous pratiquons actuellement », relève le président de l’association Aladin –et ancien président du Conseil général- André Lardeux. « Tout ça alors que nos prix sont bloqués depuis trois ans et que nous subissons les obligations réglementaires liées notamment aux prix des mutuelles ».

Autre réalité, celle de l’évolution des publics n’est pas sans conséquence sur les tensions du secteur. « Les 650 salariés qui travaillent en Maine-et-Loire sur le champ de la protection de l’enfance sont de plus en plus confrontés à des jeunes qui ne relèvent pas de l’enfance en danger, mais du secteur médico-social. »
 
« Il faut bien avoir en tête le coût social engendré par cet appel à projets », poursuit le directeur général d’Arpège 49, Alain Goyer. « La baisse de la qualité de l’accueil entraîne de fait une exposition accrue aux risques d’addictions, de fugues de ces populations fragiles. » Dénonçant une démarche qui ne parle « plus d’enfants, mais de lits », les membres du Gape voient dans le positionnement du Conseil départemental « une impression de méconnaissance totale de la réalité du terrain. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons une convergence de vue avec l’intersyndicale des salariés. »

En début de semaine, les salariés des associations de la protection de l'enfance ont manifesté lors de la session du Conseil départemental.
En début de semaine, les salariés des associations de la protection de l'enfance ont manifesté lors de la session du Conseil départemental.
Car c’est bien un autre risque de l’appel à projet en cours, et qui sera clos le 3 octobre à 16 h, « laissant un avantage certain aux structures nationales rompues à cet exercice de style » : la casse sociale au sein des associations. « 30 des 107 emplois de l’association son en jeu », avance ainsi Claude Pionnier, le directeur de l’Apaech (Choletais).

Policés mais remontés, présidents et autres directeurs balaient d’un revers de la main les arguments développés ces derniers mois par la majorité départementale sur le sujet.
Les remarques de la Chambre régionale des comptes sur le coût de l’accueil des enfants placés ? « J’ai beaucoup de respect pour les magistrats, mais ils ont additionné des carottes et des navets », tranche André Lardeux. Le coût bien inférieur de l’accueil en famille par rapport à l’accueil en MECS ? « Les 90 € annoncés en famille ne tiennent pas compte de tout le reste, le transport notamment », relève Jacqueline Branger, présidente d’Anjou Insertion Jeunes (AAPIJ). Le conservatisme des associations ? « On s’adapte au quotidien à l’évolution du projet des gamins », insiste Philippe Brault, de la MECS Cassiopée, à Candé. « C’est d’autant plus injuste que pour tous les projets novateurs que l’on a présenté ces dernières années, on nous a répondu qu’il était urgent d’attendre… »
 
Pétition, courrier aux élus, sorties médiatiques, manifestations, refus coordonné de répondre à l’appel à projets –avec le risque que, la nature ayant horreur du vide, d’autres se positionnent opportunément- le Gape 49 n’écarte aucune hypothèse, si ce n’est celle de laisser faire sans agir.
 
Ses membres en appellent finalement à un choix politique fort, un arbitrage pour le moment relégué, selon eux, derrière une technostructure de plus en plus éloigné : « même le travail technique avec les services s’est délité ces dernières années ».
Un appel du pied au président du Conseil départemental, Christian Gillet, longtemps responsable de la commission Solidarités, notamment sous la présidence d’un certain… André Lardeux.

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