Enseignement supérieur : l'anglais contre toutes les autres langues ?


Rédigé par - Angers, le 08/10/2015 - 13:44 / modifié le 08/10/2015 - 13:44


"Le plurilinguisme, le pluriculturalisme et l’anglais dans la mondialisation". Depuis mercredi, une cinquantaine de chercheurs du monde entier, réunis à l'Université catholique de l'Ouest, planchent sur le sujet. Leurs préoccupations ? A la lumière de ce qui se passe dans le monde universitaire, savoir si l'expansion de l'usage de l'anglais est vertueuse ou pas. Questions à Françoise Le Lièvre, maitre de conférence à la Faculté des humanités à l'UCO, co-organisatrice du colloque.



Françoise Le Lièvre, Maitre de Conférences à la Faculté des Humanités, Université Catholique de l’Ouest.
Françoise Le Lièvre, Maitre de Conférences à la Faculté des Humanités, Université Catholique de l’Ouest.
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Quel est l'objet exact de ce colloque ?
"Depuis quelques années, on assiste à l'internationalisation des universités. Autrement dit, au fait que les universités européennes veulent s'inscrire de plus en plus dans la mondialisation. Le mouvement est porté en particulier par des classements internationaux et se traduit par des politiques éducatives pour l'enseignement supérieur qui visent au regroupement des universités et encouragent de fait l'anglicisation. De façon incontournable, on considère que la langue anglaise doit accompagner cette mutation, et que l'on doit donc dispenser de plus en plus d'enseignements en anglais. L'idée du colloque, c'est d'essayer d'associer cette question de l'anglicisation à celle du plurilinguisme."

Qu'en est-il de l'anglicisation dans l'enseignement supérieur à Angers ?
"Depuis la loi Fioraso de 2013, de plus en plus de cours y sont dispensés en anglais, ce qui était plutôt réservé jusqu'alors aux grandes écoles. Je pense aux instituts de sciences ou à certains Masters."

Et les tenants de la Francophonie ne font pas entendre leurs voix ?
"Si, bien sûr. Mais en jouant toujours sur le même argumentaire qui consiste à dire que l'anglais est une méchante langue qui veut faire du mal au français, lequel est un bel outil de diffusion culturelle etc...  Et nous, ce que l'on veut questionner, c'est justement ce qui se fait sur le terrain : quelles constatations fait-on de l'impact de cette anglicisation ?"

Qu'en est-il justement ?
"Un bilan a été fait en Allemagne qui montre que c'était très négatif, en terme de réception des cours. Pour plusieurs raisons : les profs ne sont pour la plupart du temps pas formés donc ils baragouinent dans un mauvais anglais, les étudiants ne comprennent pas forcément et le résultat dans les copies est encore pire. Pour revenir aux tenants de la Francophonie, leur logique, c'est de dire : "On va faire venir des étudiants étrangers de pays qui habituellement ne viennent pas en France avec l'argument publicitaire de leur offrir de l'anglais, en misant sur le fait qu'ils apprendront le français sur place."
"Les pays de grande langue ne ressentent pas la nécessité d'en apprendre une autre. En France, s'ajoute à cela des raisons socio-historiques, des questions identitaires."

C'est cette position positive qu'il faut privilégier : l'anglais comme porte ouverte vers le plurilinguisme ?
"La question est au centre du colloque et donne lieu à différents points de vue. Par exemple, Philippe Van Parijs, un chercheur qui vient de Belgique et intervient vendredi, défend l'idée qu'il faut se laisser aller à l'anglais parce qu'en terme d'équité et de justice linguistiques, c'est intéressant. Depuis la fin de la guerre, le Conseil de l'Europe cherche à promouvoir la pluralité linguistique, en faisant semblant de ne pas avoir vu que l'anglais occupait une position hégémonique et continuait à proliférer. Nous, on voudrait réussir à articuler les deux dimensions et s'interroger sur les politiques que cela doit induire."

Comment situer la position de la France dans ce débat ?
"J'ai coutume de dire que les Français ont une relation particulière aux langues étrangères et, en particulier, à l'anglais. Ca s'explique par le fait que les pays de grande langue ne ressentent pas la nécessité d'en apprendre une autre. En France, s'ajoute à cela des raisons socio-historiques, des questions identitaires : on le voit bien avec les politiques qui ne s'autorisent pas à parler correctement anglais. Est-ce qu'on imagine un président parlant très, très bien américain ? N'aurait-on pas l'impression qu'il est passé de l'autre côté ? Et c'est bien pour cela qu'on a travaillé notre colloque à quatre, représentant de deux pays de "grande langue" et de deux autres de "petite langue" : la Danemark et l'Allemagne d'un côté, l'Italie et la France de l'autre."

Qu'est-ce qui fera que ce colloque sera réussi ou pas ?
"On est déjà très content d'avoir réuni des intervenant de différents pays en réussissant à associer les deux dimensions "plurilinguisme" et "dominance de l'anglais". Et samedi prochain, on montera un groupe de travail européen avec l'ambition d'être force de proposition dans les politiques linguistiques à l'avenir."

Plus d'infos sur ce colloque : www.uco.fr/evenements/anglaissup

 




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