Epoque Tattoo (4/6) : Abigaël, ses tatouages, sa carte d'identité


Rédigé par Cyrille GUERIN (avec Cyril SIMON) - Angers, le 11/09/2014 - 08:46 / modifié le 11/09/2014 - 09:26


Abigaël Henry est étudiante en 5ème année aux Beaux-Arts d'Angers. Mais depuis trois mois, elle s'est investie corps (et âme) sur son Mémoire traitant du tatouage aujourd'hui en France. Eclectisme et amnésie en guise d'épicentres de ses recherches, la jeune fille envisage son épiderme comme une carte d'identité. On lui a demandé ses papiers.



Chez Abigaële, dauphins, étoiles et autres tattoos flash sont à bannir.
Chez Abigaële, dauphins, étoiles et autres tattoos flash sont à bannir.
la rédaction vous conseille
«Quand on tire, on raconte pas sa vie». Cette réplique culte extraite de Le Bon, la brute et le truand pourrait dans le cas Abigaël Henry se décliner en «Quand on se tatoue, on raconte sa vie». Avant toute chose, Abigaël tient à préciser que «dans le milieu du tatouage, certains peuvent me considérer comme une naïve». Comprenez une débutante. Dans ce landerneau dont nous tentons, cette semaine, d'explorer les différentes facettes, il y a les bons élèves, les rompus aux multiples codes irriguant cette pratiquant (définitivement) sortie de l'underground. Bref, il y a les fayots. Et puis, tout en étant encré(e)s, il y les autres. Ceux qui envisagent cette tendance avec recul. Ce sont des « impi(e)s » le nez dans les bouquins.

Abigaël Henry est de ceux-là. Depuis maintenant un bon trimestre, cette étudiante aux Beaux-Arts locaux, après être visiblement longuement passée par des chemins de traverse, s'être interrogée sur quel corpus s'ancrer, a enfin trouvé son Graal. Le tatouage. Toujours avec cette distance, comme une humilité. Ne prétendant ce faisant aucunement à une quelconque exégèse en la matière. «Mon sujet de mémoire», confie-t-elle dans son intérieur à la déco sobre et soignée, «c'est le tatouage aujourd'hui en France entre éclectisme stylistique et amnésie historique et culturelle». Avec soutenance prévue pour janvier. «Pour l'oral, je vais être sobre, dit-elle, mais pour la phase mise en scène, nous pensons avec mon directeur à une mise à nu ».

« Nous sommes dans le consumérisme »

Mise à nu ? Un effeuillage ? Une performance arty à la Stelarc et son oreille implantée à l'avant-bras et qui, régulièrement, se distingue par ses suspensions à l'aide de filins ? Même si Abigaël qui montre, tels des trophées, les exploits dudit Stelarc sur sa tablette, l'exercice dévolu au mémoire, aussi original soit le sujet, sera on le suppute plus cadré. Car bien qu'affublée de trois motifs imposants - «celui dans le dos a d'abord fait hurler ma mère, elle a même décidé de l'oublier un temps»- à la question d'une éventuelle appartenance à la marge, l'étudiante, fille d'expatrié, répond laconiquement : «Je ne sais pas, même si beaucoup m'y renvoient ».

Elle penche plutôt « pour un phénomène de mode tel que le définit David Le Breton, nous sommes dans le consumérisme ». Et d'ajouter : « C'est du pur esthétisme et de l'ornementation ». Pour mes parents, c'est toujours un marqueur de marginalisation, mais ils l'acceptent vu mon parcours esthétique ». A preuve, ils ont même accompagné Abigaël à l'expo « Tatoueurs, Tatoués », au Quai Branly parisien jusqu'au 18 octobre 2015.

A la pointe de la tendance ou en marge de la société, Abigaël semble encore louvoyer. Il est pourtant chez elle une évidence, motrice de son labeur estudiantin actuel : « Pour mon mémoire, je suis partie de mon propre vécu, j'envisage mon corps comme un journal de bord où mes tatouages racontent mon histoire ». Comme nombre de personnes rencontrées pendant cette enquête, Abi, pour les intimes, emploie souvent la notion de « carte d'identité où chaque dessin renvoie à une période bien précise ».

« Les enfants me colorient le bras »

Le "tatouage Malabar"
Le "tatouage Malabar"
Ainsi « ce petit éléphant, mon premier tatouage, que j'appelle mon Malabar ». Un doudou en quelque sorte. « Le déclic,continue-t-elle, ça a été à Tokyo lorsque j'ai croisé une nana en short avec toute la jambe tatouée ». Elle parfait sa démonstration, son trait : «J'ai toujours été fascinée de voir des gens tatoués, la peau devient alors un support, comme un écran offert aux autres, une sorte de fiction ». Une carte d'identité 2.0 ?

Et la suite ? «Je suis bien partie pour continuer», lance Abigaël Henry. Qui s'impose ses limites : le visage en l'occurrence. Cela dit, et pour information, cette jeune fille avenante est également nourrice à ses heures. Si vos têtes blondes en ont assez de leur jouets fabriqués à Taïwan, Abigaël leur propose une activité originale : «colorier mon bras gauche sur lequel je me suis fait tatouer des fleurs japonaises sans ombrages». Un divertissement insolite, à fleur de peau, qui montre à quel point le tatoué, ce nouvel ami, est décidément en voie d'intégration.

Retrouver les précédents épisodes ici.

Les conseils d'une dermatologue angevine

On ne va pas se mentir, l'avis d'un dermatologue vaudra toujours mieux que les forums Doctissimo. Décryptage clinique, voire chirurgical, des principales questions sanitaires, avec Anne Grimaldi, dermatologue installée à la Roseraie.

Outre le risque (minime) de contracter certaines infections locales (staphylocoques ou autres bactéries), ou plus graves (SIDA ou hépatite C), « certaines allergies peuvent survenir quelques jours à quelques mois ou années après le tatouages (eczéma : rougeur et démangeaisons sur le tatouage qui devient très inesthétique) et il n'y a pas de possibilité de prévoir cela à l'avance ni de véritable traitement : sauf retirer le tatouage au laser. »

Mais problème, aucun médecin ne dispose de l'appareil magique à Angers, le laser Q Switch : « Le dé-tatouage est long et coûteux. Il faut au moins 10 séances, et ce n'est pas remboursé par la Sécurité sociale. De plus, certaines couleurs ( rouge jaune et orange ) sont extrêmement difficiles à éliminer ».

Conclusion (logique) : bien choisir son tatoueur, et s'assurer qu'il a effectué le stage d'hygiène et de salubrité (le diplôme devant être affiché dans le salon).

Bonus (subsidiaire) : Anne vous conseille le roman « Je te retrouverai » de John Irving, « un gros pavé très bien documenté sur le milieu du tatouage ».












Angers Mag















Angers Mag : Séance critique : "Ma'Rosa" de Brillante Mendoza: Dans Séance critique, deux fois par... https://t.co/UXYZ0kjrdt https://t.co/JrsEK1vwBv
Samedi 10 Décembre - 11:00
Angers Mag : « Ces pédagogies ne sont pas ignorées »: Et l’Education Nationale ? Quel regard... https://t.co/JnPQWXILNL https://t.co/5glkXOM6T3
Samedi 10 Décembre - 07:45
Angers Mag : #JPEL "Contre le complotisme, on ne peut pas enrayer tout (...) Mais on peut entraîner les cerveaux." 👏👏JB Schmidt… https://t.co/6pn23fJUHD
Vendredi 9 Décembre - 15:01
Angers Mag : L'indépendance, un état d'esprit ? #Angers Mag bien chez soi à la journée de la presse en ligne à Paris. #JPEL https://t.co/EpAgR2dt6N
Vendredi 9 Décembre - 12:17


cookieassistant.com