Epoque tattoo (1/6) : de quoi le tatouage est-il le nom ?


Rédigé par Cyrille GUERIN et Cyril SIMON - Angers, le 08/09/2014 - 07:40 / modifié le 08/09/2014 - 12:11


Selon le dico, le tatouage est une forme indélébile de modification corporelle. Cela étant dit, cet encrage, aujourd'hui so trendy, est-il si définitif ? De même, de quoi le tatouage est-il le nom ? Et qui touche-t-il ? Le temps d'une semaine, Angers Mag jette l'ancre en cette zone interdite il y a quelques années encore, pour tenter d'en éclairer l'attractivité.



Summum de l'époque tattoo : Sly éxhibant un tatouage au Grand Journal. Crédit photo : Maxime BRUNO/Canal+
Summum de l'époque tattoo : Sly éxhibant un tatouage au Grand Journal. Crédit photo : Maxime BRUNO/Canal+
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En 1987, dans son tube, en tête du top 50, « Epaule Tatoo », Etienne Daho ululait « Audace, indécence exigées / Blocus pour qui souhaite s'immiscer ». Encore réservé à la marge, le tatouage attisait tous les fantasmes. Et le chanteur rennais d'ajouter : « Vous avez sollicité, mes bas instincts suscités ».

Quelque trente ans plus tard, à une époque ultra-permissive, une épaule marquée est-elle encore taboue ? Ou au contraire, n'irait-on pas chez le tatoueur comme on va chez H&M ? Si oui, à qui "la faute" ? Cette démocratisation, on la doit aux médias selon un certain nombre d'interlocuteurs. On parle bien entendu des "Ink shows", programmes de télé-réalité qui font le succès de Numéro 23 sur la TNT depuis janvier 2013 et ce, à l'heure du Juste Prix. Mais il convient de nuancer. Si Philosophie Magazine a consacré un dossier cet été au phénomène, intitulé "Le goût de l'irréversible", ce sont surtout les chaînes de télé qui seraient visées, ce qu'affirment certains tatoueurs de la place angevine.

Car, ici comme partout, se marquer la peau est entré dans les mœurs. Deux salons ont ouvert depuis 2010. On en recense aujourd'hui six selon les derniers chiffres de la Chambre du commerce et d'industrie (CCI). Comment les professionnels vivent-ils cet engouement ? Simple effet de mode ou véritable ancrage culturel ? Les questions sont nombreuses, les réponses aussi. Du puriste nostalgique à celui qui surfe sur la vague, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les couleurs.

Les experts locaux (psychologue, sociologue, dermatologue) ont aussi leur mot à dire sur ce qui, à les entendre, n'a rien d'un épi-phénomène. En 2010, un Français sur dix déclarait s'être fait tatouer au moins une fois selon une étude Ifop parue dans Ouest-France Dimanche. La proportion s'élèvait à 20% chez les 25-34 ans. Le tattoo, en tant que fait social, tend à s'affirmer comme une forme d'investissement personnel, comme une tentative de réappropriation de soi. Le corps, dernière citadelle imprenable en cette époque où masse et mimétisme font loi et où tout semble nous filer entre les doigts ? Serait-ce une façon de reprendre le contrôle, de prouver par son corps qu'on est une pièce unique ?

Historiquement, cela peut surprendre. A l'origine, dans les îles Pacifique, le tatouage marquait l'appartenance à une communauté, il s'agissait d'un rite de passage obligatoire. Dans la culture maori par exemple, le ta moko est réservé aux guerriers et aux héros de la tribu.

Se pose aussi la question paradoxale de la mode. Grosso modo, peut-on réellement se différencier en collant à la tendance ? Comme le dirait un tatoueur rencontré lors de cette enquête : « Bientôt, ce sera à la mode de ne pas avoir de tatouage »...

A présent, les fondations sont dressées, les questions existentielles posées. Qui sera le premier à y répondre ? Rendez-vous demain.

Les grandes dates du tatouage

Proto-histoire : un chasseur du Chalcolithique, dénommé Ötzi, portait cinquante-sept tatouages. Son corps a été découvert en 1991 dans les Alpes du Tyrol.

Rome antique : le tatouage utilisé comme forme de stigmatisation des mercenaires et des esclaves. Ils portaient le nom de leur empereur et la date de leur enrôlement.

787 : le concile de Nicée interdit officiellement le tatouage dans le chrétienté. Il ne disparaît pas pour autant totalement du Moyen Age. Pélerins et croisés se tatouaient parfois une croix en Terre sainte.

1769 : le navigateur britannique James Cook découvre le tatouage dans le Pacifique. Les marins succombent progressivement à cette coutume tahitienne. La pratique s'introduit pour la première fois en Occident. Les taulards se tatouent.

1891 – Samuel O'Reilly invente la première machine à tatouer électrique.

Années 1970 et 1980 : les bikers et les punks s'emparent du phénomène. Il existe une quinzaine de boutiques seulement en France.

Années 1990 : la mode absorbe le phénomène tatoo. Le mannequinat, le cinéma, la publicité, les clips musicaux adoptent cette pratique. La dimension revendicative, voire subversive, disparaît.












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