Epoque tattoo (3/6) : Ink-ception chez les tatoueurs angevins


Rédigé par Cyrille GUERIN (avec Cyril SIMON) - Angers, le 10/09/2014 - 07:32 / modifié le 19/09/2014 - 17:12


L'enquête qu'Angers Mag, qui vous propose depuis le début de la semaine, dans la pure lignée de deux Lester Bangs plongés dans le monde fascinant et intriguant du tatouage, ne pouvait faire l'impasse sur ceux qui en sont à la base : les tatoueurs. Sur les trois rencontrés, des avis font écho. Parmi lesquels, l'influence de CERTAINS médias sur la clientèle. Ink-ception.



L'équipe du Studio 54, rue Bressigny.
L'équipe du Studio 54, rue Bressigny.
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Angers est une ville cool. Une cité douce. C'est kif-kif. Pas étonnant que ses habitants aient dès lors succombé au summum de la coolitude ambiante : le tatouage. Faites cette expérience : observez autour de vous le nombre de proches qui sont passés au shop -chacun vous recommandera SON adresse- ou chez le « méchant » scratcher. Pour autant, le nombre de salons a-t-il substantiellement augmenté ces dernières années? Pas vraiment. Selon les dernières données de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Maine et Loire, Angers intra-muros est passée de 3 à 5 boutiques entre 2010 et 2014. Quant à l'Agglo, sur la même période, le chiffre a stagné à 1.

Simultanément, le nombre d'Angevins qui se sont adonnés à ce « type de modification corporelle permanente » (dixit le dico, ou on appréciera le côté aussi délicat que stigmatisant de la formule), à « ces pratiques qui pourraient gréver le budget des Caisses Nationales Maladie » (lu dans le Rapport « Piercing et Tatouage » de l'Académie de Médecine publié en 2007 et consultable en ligne, page 19, n'a cessé d'augmenter. A demi-mots, deux tatoueurs angevins -qui ont accepté de témoigner à visage découvert puis finalement choisi de garder l'anonymat- reconnaissent respectivement que « la fréquentation augmente » et que « nous avons bonne presse ». Chez Carine Martin, propriétaire de Studio 54, installé rue Bressigny, même son de cloche : « Si je ne tiens pas à donner des chiffres précis, on reçoit toutefois tous les genres et même du CSP + ».

Chez les trois, il y a également une constante : « Toutes les couches socio-cuturelles sont à présent touchées » par cet engouement, déclarent-ils en chœur. « Des gens très bien dans le sens insérés passent chez moi », confie l'un d'eux. Ce dernier, spécialisé dans le recouvrement (1) et qui, à terme, pense se retirer des affaires et « fait ça pour le fun », car en délicatesse avec « le côté suiviste » de la pratique, « reçoit beaucoup de jeunes ». Il affine : « Il y a deux ans, c'était les 45-50 ans, aujourd'hui la moyenne est de 35-40 ans ». Quant à Carine de Studio 54, venu à Angers avec une réputation nantaise des plus hospitalières, elle dit « voir même des parents spontanément passer le pas de la porte accompagnés de leurs enfants » (2).

"Nous sommes dans le vu à la télé"

Plusieurs explications à cela. Dont une récurrente : les médias. Ah ! Les médias. La météo pourrie de cet été, c'est bien simple, c'est eux. La montée du populisme, aussi. On plaisante. Quoique. On notera juste qu'il y a médias et médias : cet été, par exemple, « Philosophie Magazine » a réalisé un excellent dossier sur ce corpus et ce, sans clichés aucun. CQFD. Sans concession, l'un des tatoueurs avance : « Avant, il y avait un côté underground dans le tatouage, une histoire et un vécu. A présent nous sommes dans « le vu à la télé » ». Exemples : « Miami Ink, c'est mauvais mais Madrid Ink, c'est très bon ». Des bienfaits de la nuance...

Si l'on suit la logique médiatico-suiviste qui aurait pour certains « perverti » le tatouage, on peut également signaler qu'Instagram est aussi un média. C'est là que Rihanna, entre autres, poste régulièrement ses derniers faits d'armes cutanés. Si deux d'entre eux refusent catégoriquement de les reproduire, Carine Martin rejette d'emblée « tout ce qui est signe politique ou raciste ». Mais elle ne s'empêche pas de donner dans le Rihanna ou le Beckham : « Si des gamins en veulent, pourquoi les en interdire, affirme-t-elle avant d'indiquer qu'on peut cependant les amener à réfléchir sur des demandes extravagantes type les mains ».

"Ce qui était à la marge est passé en prime-time"

Sur les médias, Carine là aussi est plus dans le compromis : « Le phénomène a commencé avec le premier Loft en 2001, lance-t-elle, là des jeunes ont vu à une heure de grande écoute certains de leurs congénères piercés, ils se sont alors dit : « pourquoi pas nous ? ». Il y aurait donc eu un processus d'identification. « Ce qui était réservé à la marge est passé en prime time », analyse cette jeune mariée par ailleurs spectatrice de Secret Story, émission dans laquelle elle a observé l'avènement et l'essor du tatouage chez les candidats. Sur les mains, sur les avant-bras, sur les chevilles, on se marque désormais des zones ostentatoires : "Dans les années 40, on tatouait des zones non-visibles. Aujourd'hui, tout est de plus en plus apparent" fait remarquer le patron d'Under The Skin, qui par ailleurs a dessiné, un jour, un "Où est Charlie" sur la plante des pieds.

Mais la grande question qui demeure reste la suivante : des supposées poules télé-réalité-presse people-footballeurs surmarqués à l'œuf tatou-mania, qui a fait quoi ? Vaste sujet. Cela posé, on ne va pas se mentir : « On favorise, via le tatouage, davantage l'image que le « risque » potentiel », admet Carine qui raconte cette anecdote : « J'ai vu à Nantes un client venu se faire tatouer un énorme motif juste pour montrer qu'il avait de l'argent ». « On assiste à une perte d'identité des jeunes ». Lesquels, étaye la boss de Studio 54, « vont plus loin dans leurs choix ». C'est sans doute pour cela que l'un des modèles le plus en vogue est celui de l'infini. Ou les DOT, ces petits pointillés. A relier les uns aux autres ? Pour se (re)construire?

Mais ne l'oublions pas, ce geste de consentement « est positif », rappelle Carine Martin. « Il me rend heureuse ». Et puis, « c'est un engagement définitif contrairement au mariage ». Et si cette tendance , activée en pleine globalisation triomphante, dans une période de doutes absolue, où l'implication est devenue un concept, était une nouvelle manière de s'engager dans ce sur quoi nous avons une réelle emprise : notre corps ? Le tatouage est-il en train de recréer de nouvelles tribus ? Ou tout bonnement de remplacer la carte électorale ?

(1) : Avec l'essor des scratchers et des salons de mauvaise qualité, les opérations de recouvrement sont de plus en plus fréquentes. Il s'agit de re-travailler un tattoo jugé décevant ou que l'on veut faire évoluer.

(2) : Selon la législation en cours, de 16 ans à 18 ans, il est possible de se faire tatouer, à condition d'avoir l'autorisation parentale et l'aval du tatoueur.


Retrouver les précédents épisodes de notre dossier "Epoque Tattoo" ici.

... et au milieu coulent les scratchers

Comme dans toute bonne corporation, il y a les "bons" et les "mauvais". Ici, traduire les tatoueurs, "ceux qui acceptent d'avoir pignon sur rue et assument", selon Carine Martin, et les scratchers qui taffent "à la one again, à la sauvage avec un matériel fabriqué en Chine acheté (sic) à 60 euros". Souvent qualifiés de "bêtes à abattre", ils se voient taxer de tous les maux : "C'est de la merde!" ou autres "Ils salissent le métier". Carine Martin, toujours dans la mesure refuse de faire "la guerre avec eux". Même si chaque jour dans l'antenne nantaise de Studio 54, elle voit passer au moins un client victime de ces vilains petits canards.

Et de tenter d'analyser : "Ils veulent se faire un business en échappant aux taxes et à la TVA (celle-ci est de 19,6% pour les tatoueurs, NDR)". De même, un autre contact nous informe qu'"à Angers, un pas de porte s'élève à cinq mille euros". On peut dès lors mieux saisir leur logique d'opérer momentanément ou pas en scred. Cette même source, plus véhémente, souligne que "non seulement ils niquent la clientèle mais en plus ils véhiculent tout un tas de saloperies type MST". Pour autant, un tatoueur à domicile est-il forcément un scratcher ? ""Non", explique Carine, "le premier est déclaré". Il respecte les règles d'hygiène et de salubrité -comme les tatoueurs en salon- et souhaite ou non intégrer un shop par la suite.

Ce flou artistique autour de la profession, on le doit certainement à l'absence de formation claire et précise, et ce particulièrement en France. A ce sujet, le très ré-actif SNAT (Syndicat National des Artistes Tatoueurs) créé en 2003 annonce sur sa page Facebook un mois de septembre porteur "de nouvelles encourageantes et ce au niveau européen".

A l'heure actuelle, on peut certes "s'improviser" tatoueur professionnel MAIS il faut au préalable obligatoirement avoir participé à un stage d'hygiène et de salubrité. D'une durée de trois jours, à Angers, il est généralement dispensé par un CHU. Munis de toutes ces informations, sachez qu'il en va un peu du tatoueur comme du psy : c'est aussi une question de confiance.












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