Eric Groud : “Il faut se battre pour développer notre territoire”


Rédigé par Yves BOITEAU et Cédric SOULIÉ - Angers, le 13/03/2014 - 08:10 / modifié le 14/03/2014 - 17:36


Depuis trois ans, Eric Groud est à la tête de la Chambre de commerce et d’industrie de Maine-et-Loire. L’occasion de tirer un bilan, d’évoquer les perspectives économiques et commerciales d’Angers et du département. Et de lancer quelques messages…



Eric Groud, président de la Chambre de commerce et d'industrtie de Maine-et-Loire.
Eric Groud, président de la Chambre de commerce et d'industrtie de Maine-et-Loire.
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Pouvez-vous nous tirer un bilan depuis votre arrivée à la présidence de la Chambre de commerce ?
« Quand je suis arrivé, les chambres de commerce vivaient une réforme liée au rattachement des chambres territoriales et départementales à une chambre régionale puis nationale (CCI France). J’ai trouvé ça extrêmement positif et constructif. Avec mes collègues des autres chambres des Pays de la Loire, nous avons pu échanger, s’enrichir des expériences des uns et des autres. Le fait de travailler ensemble a été bénéfique. Car les chambres départementales ressemblaient à une armée mexicaine, chacun faisait très bien son boulot mais un peu à sa façon, sans cohésion, ni mutualisation. Cette réforme a donné de la cohérence à nos actions. Désormais, les présidents des chambres départementales et vice-présidents de la chambre régionale ont tous une mission particulière : en Vendée, l’aménagement du territoire, en Loire-Atlantique, l’international, d’autres l’entrepreunariat. Moi, je gère la formation. Et notamment l’orientation des jeunes, l’apprentissage, l’enseignement supérieur ou encore l’accompagnement des ressources humaines des entreprises. Cette réforme nous permet aujourd’hui de phosphorer. On s’épaule, on s’entraide, ça crée une nouvelle dynamique ».

Cette réforme vous a-t-elle permis de gagner en efficacité ?
« Elle nous a surtout donné un cadre et définit les rôles de chacun. Avec la chambre régionale, les acteurs économiques et les collectivités, on peut désormais s’afficher comme une tête de réseau sur des enjeux majeurs qu’on a collectivement décidés. C’est le cas de la troisième révolution industrielle et agricole, une action collective qu’on mène à l’échelle régionale et qui a pour but de relever le défi du climatique, de l’énergétique. Ce type de regroupement est un accélérateur de progrès, dans le même état d’esprit que les clusters. Avec à la clé, une fertilisation croisée et une amélioration de performance évidemment ».

Est-ce que ça fait de vous un régionaliste ?
« Oui, car c’est un échelon pertinent pour faire avancer les choses. Il me parait impératif d’avoir des échanges au sein d’une même région, mais aussi à l’échelle suprarégionale ou encore interrégionale. Preuve en est, nous entretenons des échanges avec la chambre d’Indre-et-Loire, parce que l’axe ligérien ne s’arrête pas aux frontières du Maine-et-Loire. Et quand mon collègue de Tours me dit qu’il faut que l’on travaille ensemble, notamment dans le tourisme, pour éviter que des touristes multiplient les pass’ pour visiter différents sites le long de la Loire, nous y réfléchissons. C’est du bon sens. Il ne faut surtout pas cloisonner, mais jouer collectif. C’est aussi valable pour notre pôle Végépolys avec la région Centre ou la Bretagne. Entre le végétal et l’alimentaire (groupe Valorial), c’est évident qu’il faut que ça échange. Enfin, une même entreprise peut très bien détenir un établissement à Rennes, un autre à Angers ou encore à Nantes. Le patron n’a pas pour autant l’impression de passer des frontières lorsqu’il va dans ses usines ».

Quels points positifs relevez-vous de ces trois ans sur le plan du développement économique dans un contexte délicat ?
« Notre territoire présente énormément d’atouts et résiste mieux que les autres à la crise, car notre activité économique est diversifiée : industrielle, mécanique, électronique, agroalimentaire, textile… Bref, nous détenons quelques très beaux fleurons. Je pense notamment à l’entreprise angevine Mendès du groupe Yves Saint-Laurent qui confectionne des robes vendues dans le monde entier. C’est une vraie pépite ! Tout comme la maroquinerie Audoin du réseau du Bellay qui fabrique les pare soleil des Rolls Royce. Nous sommes dans l’univers du luxe, certes, mais avec des savoir faire d’excellence et quelques beaux atouts angevins ».

La douceur angevine est un atout. C’est une réalité et il ne faut pas en avoir honte. Il est très agréable de vivre dans notre département. On a de belles villes, les gens sont agréables."

Eric Groud : “Il faut se battre pour développer notre territoire”
Donc, selon vous, la diversité des activités est le principal atout du territoire ?
« Oui. Les territoires gagnants sont ceux qui jouent collectifs où tous les acteurs économiques, les collectivités, les chefs d’entreprises, se disent : « Que faut-il faire pour gagner ? » Dans le Maine-et-Loire, nous avons cette chance : les acteurs dialoguent, on le voit une fois encore avec le succès de Végépolys ».

Pour autant, peut-on faire mieux dans le contexte politique actuel ?
« La ville métropole doit vraiment tirer le département, avoir un rôle de locomotive pour renforcer le dialogue avec Cholet ou Saumur. Entre la recherche et l’enseignement supérieur à Angers et le bassin industriel et ses leaders mondiaux dans le Choletais, il faut que ça discute plus ! Sur la filière touristique, entre Saumur et Angers, il y a des choses à développer. Sur l’axe Fontevraud-Terra Botanica, il faut créer une dynamique, que les gens aient cette volonté de construire ensemble. »
Est-ce que ça passe par une restructuration au sein même de ces institutions ?
« Par principe, je ne me préoccupe pas de la tuyauterie. On peut toujours faire des réformes, mais ça prend du temps et c’est souvent compliqué. Si on rationnalise pour réduire les coûts, ça vaut le coup, mais d’abord il faut se fixer un objectif ambitieux qui mobilise tout le monde. C’est d’ailleurs vrai dans une équipe de sport comme dans une entreprise : vous créez le mouvement, qui crée la cohésion, qui révèle le talent. Si vous dites : “On va faire de l’Anjou un territoire reconnu dans le monde, le leader du végétal ou de l’électronique” et que vous mobilisez l’ensemble des acteurs, ça va créer le mouvement, la cohésion. Logiquement, chacun voudra se défoncer pour cette cause ».

Un mot sur l’attractivité du territoire et cette fameuse douceur angevine, est-ce un atout ou un inconvénient ?
« Elle est un atout. C’est une réalité et il ne faut pas en avoir honte. Il est très agréable de vivre dans notre département. On a de belles villes, les gens sont agréables. J’ai débarqué ici il y a 30 ans, c’est un endroit où il fait bon vivre et j’en suis fier ».

Donc ce n’est pas antinomique d’associer douceur angevine au développement économique, à l’ambition, à l’attractivité ?
« Il faut faire de tout ça un mélange détonnant. Ne pas changer le message, mais l’amplifier, l’orienter, le marketer. Il y a des termes plus astucieux qui reprennent cette idée de douceur. Notamment sur l’agrément de vie, car les gens heureux dans la vie travailleront mieux. Si vous commencez par passer deux heures dans les embouteillages, ce n’est pas terrible, mais si vous pouvez venir à pied, en vélo ou en voiture en circulant facilement, et qu’entre midi et deux, vous pouvez faire un petit footing sur les rives de Maine, c’est quand même sympa… Toutes les villes n’ont pas ces atouts ».

"Je veux bien qu’on améliore les rives de la Maine, qu’on fasse une deuxième ligne de tram, mais priorité au développement économique. C’est impératif car le taux de chômage augmente. Je n’accable personne, le contexte est difficile, mais si on ne se bat pas tous pour développer notre territoire les lendemains seront douloureux.”

Eric Groud : “Il faut se battre pour développer notre territoire”
On a beaucoup parlé des atouts, mais quels sont les points plus négatifs à améliorer ?
« On a un côté “vivons heureux vivons caché”, je le regrette un peu. Aujourd’hui, nous sommes dans une compétition permanente, il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers. Le développement économique de notre territoire n’est pas gagné d’avance, il faut aller chercher les clients, les commerçants, les industriels… Il faut mouiller la chemise. Et pour reprendre Edison : “Le génie, c’est 1 % d’inspiration et 99 % de transpiration ». Donc pour gagner, il faut transpirer, il n’y a pas de secret ».

Angers est bien desservie avec la ligne TGV, deux autoroutes A87 et A11, est-ce qu’au niveau de cette offre, vous attendez quelque chose de mieux ?
« En effet, nous sommes bien distribués (autoroute, TGV…), c’est déterminant et indispensable. Toutefois, la liaison SNCF Angers-Nantes est saturée et nous sommes face à plusieurs scénarios possibles : Est-ce qu’on la double à côté du trajet existant ou le long de l’autoroute A11 ou encore pourquoi pas la faire passer par Cholet ? Nous n’avons pas de réponse pour le moment. Je ne suis pas un technicien, j’ai donc demandé à travailler avec le Conseil général, le Comité d’expansion…, afin de lancer une étude. Il faudra alors choisir le meilleur tracé possible. Un passage par Cholet me paraît intéressant, même si un tracé le long de l’autoroute me semble plus naturel, plus facile et moins coûteux. »

Quelle est votre position par rapport à l’aéroport Angers-Marcé ?
« Pour Angers, ça a du sens d’avoir un aéroport, compte tenu de la taille de la ville et de son bassin de vie. Mais, quand j’analyse les revers de fortune de cet aéroport, je constate que ce n’est pas dû à une baisse de fréquentation mais à des défaillances d’opérateurs. Il faut qu’on arrive à tout prix à trouver des opérateurs fidèles et que les tours opérateurs organisent des départs à partir d’Angers. Quand je vois le succès de Beauvais (Oise) – même si je ne rêve pas forcément de faire un Beauvais bis – je pense que Marcé peut avoir un avenir. »

Parlons commerce. Quel est votre point de vue sur l’offre commerciale à la périphérie d’Angers, est-ce qu’on ne va pas un peu trop loin avec l’Atoll et l’Aréna aux Ponts-de-Cé ?
« Angers détient un centre-ville attractif et de qualité mais qui souffre. Il faut donc rationnaliser et organiser l’offre commerciale à la périphérie. C’était le cas pour l’Atoll, en regroupant des surfaces dédiées à l’équipement de la maison. Et de la même manière au sud avec l’Aréna et ses activités de loisirs. Je constate toutefois que certaines des surfaces libérées par des transferts à l’Atoll sont toujours disponibles à Grand Maine. Et Castorama n’a toujours pas trouvé preneur. Je dis donc attention : rien ne sert de déshabiller Pierre pour habiller Paul. »

Sur l’ouverture des commerces le dimanche, faut-il étendre l’expérimentation des deux dimanches précédant Noël ?
« Nous avons défendu l’ouverture, tout en étant pour le repos dominical. Mais il faut aussi se demander s’il n’y a pas d’autres dimanches dans l’année concernés par cette ouverture. A l’occasion des Accroche-Cœurs, par exemple. En revanche, cela doit être basé sur le volontariat. Les salariés sont souvent favorables, puisque en travaillant une demi-journée, ils sont payés une journée. »

Qu’attendez-vous de l’échéance électorale angevine ? Des élus en général qui vont arriver aux responsabilités ? Si vous aviez un message aux futurs maires ?
« Se préoccuper du développement du territoire qui passera par son développement économique. Je ne voudrais pas qu’Angers devienne la ville où il fait bon vivre… son chômage ou sa retraite. Il faut aussi développer le culturel qui contribue à l’attractivité mais aussi à l’économie. Les élus doivent être des “metteurs ensemble”, des détecteurs de signaux faibles. Qu’ils travaillent avec tous les acteurs, car ce n’est pas possible qu’une agglomération ne discute pas avec un comité d’expansion ou une chambre de commerce… Enfin, je veux bien qu’on améliore les rives de la Maine, qu’on fasse une deuxième ligne de tram, mais priorité au développement économique. C’est impératif car le taux de chômage augmente. Je n’accable personne, le contexte est difficile, mais si on ne se bat pas tous pour développer notre territoire les lendemains seront douloureux ».

BIO-EXPRESS

1950 : naissance à Charleville-Mézières (Ardennes), le 7 octobre.

1973 : titulaire d’un DESCAF, Diplôme d'études supérieures commerciales, administratives et financières.

1974 : premier poste de commercial chez Isover Saint-Gobain à Reims.

1975 : arrivée à Angers en septembre où il intègre un cabinet d’audit.

1979 : installation à Angers de son cabinet d’expertise-comptable.

1984 : création du réseau Synerga qui fédère 80 cabinets en France.

1993 : président du club des créateurs et repreneurs d’entreprises à Angers.

1995 : membre associé à la CCI d’Angers.

2001 : membre du bureau à la CCI d’Angers.

2011 : président de la CCI, le 7 janvier, élu pour 5 ans.

ERIC GROUD, FAÇON PROUST

Le bonheur parfait selon vous ?
« Etre en paix avec sa conscience ».

Le trait de caractère dont vous êtes le plus fier ?
« L’enthousiasme ».

Votre qualité préférée chez une femme ?
« La tendresse ».

Et chez un homme ?
« La droiture ».

Votre personnalité préférée ?
« Charles de Gaulle ».

Votre artiste préféré ?
« Claude Nougaro ».

Votre film culte ?
« “Le Peuple Migrateur”, de Jacques Perrin (2001) ».

Le livre qui a changé votre vie ?
« “Le Commencement d’un Monde”, de Jean-Claude Guillebaud ».

Votre chanson préférée ?
« “Une petite fille” de Claude Nougaro ».

Votre plat préféré ?
« Le petit salé aux lentilles ».

Votre meilleur souvenir d’enfance ?
« Mon premier concert, en 1968, au sein de mon groupe “Jum & Jammy” comme guitariste ».

Votre meilleur souvenir professionnel ?
« Mon installation à Angers et l’ouverture de mon cabinet en 1979 ».

Que détestez-vous le plus au monde ?
« Le mensonge ».

Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
« La timidité ».









1.Posté par duke le 13/03/2014 18:36 | Alerter
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Je ne suis pas un grand fan de la CCI mais ce monsieur, parle bien et c'est de bon sens.
Il est vrai qu'il a gardé un regard "neuf" de non angevin. les candidats à l’élection municipale angevine devraient
lire et réfléchir à ce qu'il dit, cela leur donnerait un peu d'inspiration...

2.Posté par Nexus Asso le 23/03/2014 08:32 | Alerter
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Ci-dessous le lien vers la lettre ouverte que nous avons adressée à Monsieur Eric Groud, President de la CCI 49
Dans ce courrier, nous commentons le point de vue du Président quant au tracé de dédoublement de la voie ferrée rapide depuis Sablé-sur-Sarthe jusqu'à Nantes et au devenir de l'aéroport d'Angers Marcé.
:
https://www.dropbox.com/s/88fh0fyju9z6n0z/NexuslettreCCI49MarceTGV22.03.2014.pdf

Nexus Asso
terrennesstgilles@nexus-asso.fr

3.Posté par barreau le 24/03/2014 18:24 | Alerter
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J’invite les candidats parmi lesquels se trouve le futur maire d’Angers, à se rendre auprès de la statue du Roi René et plus particulièrement de son socle (je sais c’est difficile vu son emplacement et à croire que c’est fait exprès) et à bien observer les illustres personnages qui ont fait la renommée et les grandes heures de notre territoire, l’Anjou. Ceci afin qu’ils prennent conscience de la grande braderie dans laquelle ils se sont lancés et qu’ils fassent prendre conscience aux angevins...








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