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Jeudi 27 Novembre 2014



Été meurtrier pour les vieux


Rédigé par - Le 09/08/2012 - 14:41 / modifié le 10/08/2012 - 07:34


Vivant de plus en plus vieux, mais se sentant pour la plupart inutiles, de plus en plus de personnes âgées ont recours au suicide. Trois cas récents ont alerté Michèle Delaunay, la ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l'Autonomie. Le gouvernement s’empare de la question, estimant que le suicides des vieux n’a rien d'anecdotique.



Été meurtrier pour les vieux
Pourvoir vivre le plus longtemps possible, la belle affaire, mais dans quelles conditions. Souvent isolées les personnes âgées ont le sentiment qu’elles ne sont plus d’aucune utilité sur cette terre. Contrairement à certains pays et notamment ceux d’Afrique où, culturellement, les personnes âgées sont élevées au rang de sage, la société française prend difficilement en considération les personnes âgées et dépendantes. Et pourtant, progrès de la médecine aidant, elles seront de plus en plus nombreuses dans les années à venir.

Ardent défenseur de culture africaine et notamment de la tradition orale, le malien Amadou AMPATE BAH disait : « En Afrique, un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle». En France, c’est plutôt l’héritage financier qui intéresse les descendants plutôt que le savoir. Il suffit de vieillir pour s’en rendre compte : au fil des ans le fossé se creuse. « Ça commence au travail. Les plus jeunes aux dents longues ne vous invitent plus quand ils font un repas de collègues. Ils n’attendent qu’une chose, récupérer votre bureau et votre poste. Ils vous font un discours dithyrambique lors de votre départ en retraire, mais n’en pensent pas moins. D’ailleurs, après ils vous oublient, ainsi va le monde », disait fataliste, il n’y a pas si longtemps un aspirant retraité.

Passée la cinquantaine, à moins de rester suffisamment actif et ne pas paraître son âge, les plus jeunes qui croient déjà tout connaître de la vie n’ont que faire des anciens, radoteurs au cerveau ramolli. Et pourtant, ces derniers, ont tant de choses à apprendre, faut-il pour cela leur accorder un peu temps, aller vers eux, les prendre en considération, plutôt que les rejeter parce qu’ils ont la peau flétrie ou qu’ils ne sentent pas toujours très bon. Ce sont nos racines et comme un arbre, ce sont celles qui nous nourrissent.

Mais dans un monde du beau et du paraître, avoir un « vieux » dans son entourage ça fait tache. Alors on préfère l’abandonner à son triste sort. Pas étonnant ensuite, rejeté de partout, même de leurs proches, qu’ils passent à l’acte, surtout lorsque leur raison leur permet encore.


Nous sommes tous comptables de cette situation extrême

Dernièrement trois cas particulièrement dramatiques ont défrayé la chronique : une femme a sauté du 5e étage d'une résidence pour personnes âgées, un homme s'est tiré un coup de fusil dans la bouche et un autre a marché longtemps avant de s'ensevelir dans un fossé pour y mourir tranquillement, comme un animal.

La ministre déléguée chargée des personnes âgées et de l'autonomie Michèle DELAUNAY, a tiré la sonnette d'alarme sur son blog, dans un billet publié le 7 août dernier et intitulé « Suicide de vieux ».

« Les suicides d’âgés augmentent en nombre et l’été leur est propice. C'est la période où la solitude est plus grande, l’isolement de tout et de tous. L’inutilité, le vide, la révolte. Le regret sans doute de la splendeur du monde et d’une vie autre », écrit la ministre, ajoutant même : « Ils ne sont jamais un appel au secours car il s’agit de suicides radicaux dont on sait qu’aucune main ne pourra les interrompre ». De quoi réfléchir si l’on a un tant soit peu d’humanité, d’autant que, comme elle le précise, nous sommes tous comptables de cette extrémité, et pas seulement les pouvoirs publics.

Selon des chiffres fournis par France Prévention suicide fin 2010, c'est dans la tranche des plus de 85 ans que l'on observe les taux de suicide les plus élevés (39,7 morts par suicide pour 100.000 habitants de plus de 85 ans, soit un taux deux fois supérieur à celui des 25-44 ans).

En 2007, sur un total de 7.419 décès par suicide, 25 avaient été commis par des plus de 94 ans, 106 avaient eu lieu parmi les 90-94 ans, 274 parmi les 85-89 ans et 453 dans la tranche des 80-84 ans. On en parle moins que les jeunes, car ont considère qu’ils ont choisi d’abréger leurs souffrances, ou plutôt leur vie. Et pourtant ce sont des être humains comme les autres qui méritent autant de compassion.

Dans la loi « d'anticipation et d'accompagnement de la perte d'autonomie » qu'elle doit préparer, Michèle Delaunay souhaite inscrire « la lutte contre l'isolement des personnes âgées, le rétablissement de liens intergénérationnels et de voisinage, l'amélioration des conditions sociales des plus pauvres ». Un palliatif dans ce qui est avant tout une histoire d’éducation et de société.




Yannick Sourisseau
Directeur publication Angers Mag et Angers Mag Info Journaliste web suivant plus particulièrement... En savoir plus sur cet auteur







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