Europavox au Chabada : chantilly et hommes fontaines


Rédigé par Cyrille GUERIN - Angers, le Vendredi 9 Mai 2014 à 08:14


Mai est le mois de l'Europe. Des peuples. Et d'élections aux conséquences souvent déceptives. C'est aussi celui d'une tournée musicale, Europavox. Passée par Angers mardi pour la seconde fois. À l'affiche, la pop gourmande nappée de chantilly des Natas Loves You et les hymnes pétaradants des Casual Sex. Deux heures de compos chiadées, affables et comme sorties de zicos-hommes fontaines. Pour les flows migratoires, c'est par là.



Europavox au Chabada : chantilly et hommes fontaines
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Le rock n'est pas mort", c'est l'affirmation radicale, mais contestable, qui barre la Une des Inrocks de la semaine. Elle est signée des Black Keys dont le nouvel opus sort lundi. Le rock n'est pas mort. Admettons. L'Europe, non plus. Et pourtant, malheureusement, chez l'un comme l'autre, toutes proportions gardées et partant du principe que comparaison n'est pas raison, ça fleure un peu la réactitude.

À mon extrême droite, les sondages d'avant 25 mai indiquent un vaste plébiscite pour le repli et un néo-fascisme devenu plus que tendanciel. Mais rappelons que Sofrès et consorts n'ont jamais fait un printemps. À ma gauche, un genre musical qui fête ses soixante ans. L'âge de la retraite. De recultiver son jardin. De se repenser même si ça doit entraîner un divorce. Avec les codes esthétiques en vigueur depuis des décennies, en l'occurrence. Le prochain Black Keys sera un succès commercial, mais prenons ici un pari hollandiste, le risque en moins : il ne révolutionnera pas l'Histoire du rock. "Fever", le single apéritif, en atteste. Efficace, mais tellement entendu. Confortable. Conservateur.

C'est un peu ce qu'on s'est dit mardi soir au Chabada qui accueillait la tournée Europavox. Au programme, deux bands-next big things : les ultra buzzés Natas Loves You (leur premier EP "Skip Stones" a été classé illico presto numéro un des ventes lors de sa récente sortie au Luxembourg et il ne serait pas étonnant que le titre phare soit joué dans les allées d'un Carrefour city les beaux jours revenus), et les quatre gandins de Casual Sex repérés par France Inter, le Guardian et les Inrocks qui les ont invités l'an dernier lors de leur festival automnal. Ce sont les Natas qui ont ouvert le bal. Pendant la pause, les discussions allaient bon train entre happy few alléché par l'odeur du ramdam médiatique scotché tel un sparadrap aux 5 membres de ce combo très européen, car métissé. Ainsi ces ceux jeunes donzelles leur prêtant des airs à la Phoenix. Dans le mille.

De fait, à l'écoute du set des Natas Loves You, moult références se sont entrechoquées dans notre cervelle toujours à l'affût, soyons honnête, du train qui n'arrive pas à l'heure. Qui un tantinet déraille sur des formats recyclés. Steely Dan, Fleetwood Mac, Tahiti 80 (merci à Y. pour le tuyau) et autres Passion pit ("The 8th Continent", leur premier album finalement prévu pour la rentrée, n'a-t-il pas été produit par Chris Zane arrangeur des deux skuds Avalanches compatibles des... Passions pit : "trois semaines d'enregistrement, une vraie master class", lâcheront les Natas après leur presta au zinc) se rappellent à notre bon souvenir pendant les quelque 45 minutes que durera le concert. Mais c'est incontestablement la formation versaillaise à laquelle on pense.

Plans cul occasionnels

Tout est là. Tout commence par le look et l'attitude : Alain, le frontman, partage des similitudes faciales et vestimentaires avec Thomas Mars, le chanteur de Phoenix. Rayon fripes, c'est idem. Niveau performance scénique à présent, et accessoirement harmonique quand même, la filiation avec le quatuor susnommé et responsable d'une foultitude de hits est imparable. Les influences pop californiennes seventies truffent le répertoire d'Alain, Virgile, Pierre-Hadrien, Joonas et Joachim. Sur neuf morceaux, rappel compris, on passe donc un agréable moment. Très frais. Et sucré. Trop peut-être. Pour info, sachez que "Natas" vient de l'espagnol signifiant "crème dessert". Nous y voilà. Pendant leur live, les Natas délivrent trois cliffhangers : le tube envoûtant "Skip Stones"; "Go or linger", un carton à venir et le huitième morceau où, là, ils trouvent la juste mesure entre mélodies que les tympans impriment direct et démonstration sans lipides. Sans crème dessert débordant des partitions. En somme sans la chantilly qui irrigue par trop leur live. Parfois, on a l'impression d'assister à un dépucelage. L'envie d'en mettre plein la vue au ou à la partenaire. Au public, en l'espèce. Démarche qui peut déboucher sur une frustration. Et sur un orgasme qui se fait, par volonté de bien faire, un chouia attendre.

Orgasme, tel semble être cependant le credo des Casual Sex venus de Glasgow. Un set qui, pour le coup (de rein), démarre sur les chapeaux de roue via un "One, two, three" dans la pure lignée Ramones. Certains dans l'assistance, entre deux uppercuts soniques, estimeront que Sam, Ed, Pete et Chris jouent à fond la carte du cliché. Au point d'en abuser. À confirmer. Ces plans cul occasionnels (traduction littérale de Casual Sex) ne sont-ils ce faisant qu'une plaisanterie, un énième coup de coeur estampillé NME, un feu de paille ? Un cinq à sept sans lendemain ? Ou au contraire, sont-ils les prochains Libertines, comme tant d'autres avant eux ?

Si leurs prédécesseurs s'inscrivent dans la philosophie Phoenix, eux ont été à n'en pas douter biberonnés à tout ce que les années 2000 ont fait de mieux : de "Up the bracket" de Dohety et sa team, donc, à "Dance to the underground" de Radio 4 en passant par les Dead sixties ou autres Hard-fi circa 2005, ces dealers de vibrations très cut, à l'os n'en oublient pas pour autant les Clash. Manque peut-être à cet édifice une figure tutélaire tel Mick Jones (ex-Clash découvreur pis arrangeur des Libertines) qui amènerait plus qu'une débauche orchestrale. Quelque chose comme des évidences, des hits pour faire simple.

Mardi soir, il y avait très peu de spectateurs au Chabada pour cette Europavox 2014. Un avant-goût de désertion annoncée des urnes de fin de mois ? Comparaison, là encore... Et peu importe. Nous avons certes entendu du déjà-vu, peu de renouvellements stylistiques, mais nous avons découvert deux crew qui, par leurs mélodies aux sangs mêlés, nous ont offert une envie d'Europe, une bonne rasade de chantilly (a près tout, que serait un banana split sans crème chantilly ? Une hérésie) et une salutaire dose de stupre peu ou prou maîtrisée. Peut-être avons-nous assisté à l'avènement des hommes fontaines...












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