Europe, la formidable leçon de l'ambassadeur de Bosnie-Herzégovine


Rédigé par - Angers, le 16/10/2015 - 08:22 / modifié le 16/10/2015 - 20:02


Ambassadeur, représentant permanent de la Bosnie-Herzégovine auprès du Conseil de l'Europe et président actuel du Comité des ministres, Almir Šahović était à Angers jeudi, à l'invitation de la Maison de l'Europe, pour témoigner de son engagement auprès d'étudiants et d'élus locaux. Avec, dans un français impeccable, des mots justes et forts pour défendre la cause européenne. Entretien.



Invité par la Maison de l'Europe, Almir Šahović est intervenu notamment jeudi devant des étudiants en droit de l'université avant de donner une conférence à l'Hôtel du Département. Il rencontrera ce vendredi plusieurs parlementaires de Maine-et-Loire.
Invité par la Maison de l'Europe, Almir Šahović est intervenu notamment jeudi devant des étudiants en droit de l'université avant de donner une conférence à l'Hôtel du Département. Il rencontrera ce vendredi plusieurs parlementaires de Maine-et-Loire.
En quoi consiste votre rôle d'ambassadeur permanent auprès du Conseil de l'Europe ?
"C'est la coordination de la coopération entre l'Etat membre -la Bosnie-Herzégovine dans mon cas- et le Conseil de l'Europe. Lequel couvre nombre de domaines qui touchent directement la vie quotidienne de ses 800 millions de ressortissants de la politique à la culture, en passant par l'éducation, le sport, le droit en matière par exemple de lutte contre le terrorisme, le blanchiment de l'argent ou la corruption jusqu'à la jeunesse."

Qu'est-ce que la présidence du Conseil des ministres ajoute à votre fonction ?
"Un pays à l'occasion de présider un Conseil de l'Europe tous les 25 ans. Pour la Bosnie-Herzégovine, c'est la première fois et c'est donc historique. C'est une longue préparation car pendant la présidence qui dure 6 mois, le pays coordonne pratiquement toutes les activités du Conseil de l'Europe. Il préside ainsi le comité des ministres qui se réunit une fois par semaine au niveau des ambassadeurs représentants permanents qui actent avec les pleins pouvoirs de leurs ministres. Ces ministres des Affaires Etrangères se réunissent quant à eux une ou deux fois par an, généralement au moment du transfert de présidence d'un pays à l'autre."

S'entendre à 47, c'est possible ?
"On essaye de faire adopter des décisions à l'unanimité ou au moins en consensus, ce qui est quelque fois difficile avec 47 pays aux intérêts et aux idées différents. Ce qui est aussi assez délicat, c'est précisément le spectre d'activités que nous couvrons entre des sujets purement politiques comme, par exemple, la guerre en Ukraine, la crise des réfugiés, la lutte contre le terrorisme... jusqu'aux questions liées à la coopération culturelle, sans compter le suivi des 218 conventions européennes dont nous sommes les dépositaires depuis la fameuse Convention européenne des Droits de l'Homme jusqu'aux conventions qui traitent par exemple de l'extradition, de la coopération du droit pénale, du droit civil, de la violence dans le sport etc... C'est peut-être, à cet égard, la plus importante organisation internationale au monde."
"Compte tenu de la situation mondiale, du risque terroriste, de la crise des réfugiés, du crime organisé, la politique de voisinage est devenue une nécessité."
En six mois, le pays "président" a t-il la latitude d'introduire ses priorités sur la table de travail du Conseil de l'Europe ? Et si oui, lesquelles ?
"Bien sûr. Il s'agit généralement de trois-quatre priorités car au delà, c'est pratiquement impossible à traiter. La première que la Bosnie-Herzégovine a souhaité mettre en avant, c'est la politique de voisinage du Conseil de l'Europe, c'est à dire la politique à l'égard des pays non européens et, dans notre cas, surtout à l'égard des pays du pourtour sud de la Méditerranée : Maroc, Algérie, Tunisie, Jordanie... Pourquoi ? Parce que nous pensons que, compte tenu de la situation mondiale, du risque terroriste, de la crise des réfugiés, du crime organisé, cette politique de voisinage est devenu une nécessité. Tous ces problèmes, auxquels l'Europe est confrontée, ne peuvent pas se régler si nous restons enfermés dans nos frontières. Si je reprends, l'exemple du terrorisme : tout est lié."

Très concrètement, comment cette politique se traduit-elle ?
"On essaye d'élargir les différents instruments juridiques du Conseil de l'Europe sur ces pays. Par exemple : les différentes conventions pour la prévention du terrorisme. L'un des acquis de notre présidence, c'est l'ouverture pour la signature, le 22 octobre, d'un nouveau protocole approuvé par les 47 ministres du Conseil concernant les terroristes "étrangers", c'est à dire ceux qui, de France ou de Bosnie, partent se battre en Syrie ou en Irak et retournent parfois, en véritables bombes humaines, dans leurs pays. Ce protocole va aider et pousser les pays membres à adapter leurs législations nationales à ce problème."

Votre deuxième priorité ?
"C'est la surveillance de la mise en oeuvre de la Convention d'Istanbul pour la prévention des violences domestiques faites aux femmes. Cette convention, très récente, est devenu sur ce sujet l'instrument juridique le plus important au niveau international. Quel que soit l'Etat membre, ce problème existe. Notre idée est d'en faire la promotion en organisant différents événements car seulement 18 Etats européens l'ont signée et ratifiée. Nous souhaitons que les 47 le fassent mais ce ne sera pas possible avant quelques années."

Vous avez choisi aussi de mettre l'accent aussi sur l'image et le film ?
"Oui. C'est notre troisième priorité car nous pensons que la production cinématographique européenne est un vecteur important d'identité commune, de la culture européenne. Le Conseil de l'Europe gère Eurimages, le plus important fond de soutien pour le financement de films européens. Il fonctionne très bien mais l'idée est de faire en sorte que les Etats s'y impliquent de façon plus active encore et de soulever autour de son fonctionnement, des questions ? Lors du dernier festival du film de Sarajevo, on a ainsi organisé une grande conférence autour du rôle des femmes dans l'industrie cinématographique européenne. On y a fait adopter une déclaration pour demander aux Etats membres de faire un peu plus d'efforts pour soutenir cette présence féminine. Car il y a une réalité : A la sortie des écoles de cinéma, la parité existe à peu près mais elle se perd en route dans le processus qui mène à la réalisation..."
"A la lumière de notre propre petite expérience qui s'est révélée il n'y a pas longtemps très, très douloureuse, nous pensons qu'il n'y a pas d'autre solution, d'autre alternative que le dialogue."

Vous avez enfin choisi comme quatrième priorité, le dialogue interreligieux. Pourquoi ?
"Parce que notre pays est multi-culturel, multi-confessionnel et que ça allait de soit. L'idée est que ce dialogue aide le Conseil de l'Europe dans la mise en oeuvre de certaines de ses actions. La Bosnie-Herzégovine a surtout souhaité parlé de l'abus de la religion. Ce sera l'objet d'une autre grande conférence début novembre à Sarajevo où seront invités des haut-représentants religieux, des acteurs de la société civile, des représentants des associations laïques et ceux des 47 Etats membres du Conseil de l'Europe. Le thème principal sera : "Comment construire ensemble une société inclusive ?" pour parler de façon très ouverte de ces problèmes d'abus de la religion et de la radicalisation en particulier."

L'enjeu de tout ça, c'est bien la capacité pour les pays à vivre l'idéal européen. A un moment où s'expriment un peu partout les tentations de replis nationalistes, quel regard portez-vous, vous représentant de la Bosnie-Herzégovine, sur cet idéal aujourd'hui ?
"A la lumière de notre propre petite expérience qui s'est révélée il n'y a pas longtemps très, très douloureuse, nous pensons qu'il n'y a pas d'autre solution, d'autre alternative que le dialogue. Car si on va vers la division, c'est toute l'Europe qui pourrait avoir beaucoup de problèmes. Le message que nous avons tenté de porter durant notre présidence, avec la modestie d'un petit pays de 4 millions d'habitants, c'est d'essayer de faire entendre cette idée, pour nous essentielle, c'est que la démocratie, la liberté, les Droits de l'Homme, l'Etat de droit, en peuvent et ne doivent en aucun cas, être considérés comme des acquis.
Malheureusement, les événements de tous les jours nous montrent que le besoin d'Europe et des valeurs européennes n'a jamais été aussi important. Encore une fois, c'est la voix d'un petit pays qui a réalisé, hélas par sa propre expérience, toute la cruelle vérité de cet avertissement. Et nous pensons que nous avons un petit peu le devoir moral de répéter sans arrêt ce message. Les choses peuvent changer du jour au lendemain. Nous avons vu ça en 1991-1992. Tout a commencé par un discours de haine que les gens n'ont pas pris au sérieux au début avant de prendre conscience de sa gravité à un moment où il était trop tard."

Le Conseil de l'Europe, c'est quoi ?
A ne pas confondre avec l'Union Européenne dont les 28 pays en sont membres, le Conseil de l'Europe est une organisation inter-gouvernementale qui rassemble 47 pays du continent européen (dont la Russie) autour de quatre objectifs principaux :

- la défense des droits de l’homme et la prééminence du droit ;
- la recherche des solutions aux problèmes de société
- le développement de la stabilité démocratique en Europe ;
- le soutien à la prise de conscience et la mise en valeur de l’identité culturelle de l’Europe et de sa diversité.
 
Créé par le traité de Londres du 5 mai 1949, le Conseil de l'Europe repose sur deux socles forts, la Convention européenne des Droits de l'Homme et la Cour européenne éponyme chargée d'appliquer celle-ci. Il siège à Strasbourg autour de son instance de décision, le Comité des ministre que préside donc actuellement la Bosnie-Herzégovine.



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