Fabrice Arfi (Mediapart) : "Le secret doit être l’exception ; la transparence, la règle"


Rédigé par Pierre-Antoine LEFORT - Angers, le 01/04/2015 - 11:15 / modifié le 17/05/2015 - 10:07


Ce mardi 31 mars, à l’occasion des "Confluences Pénales de l’Ouest" sur les rapports entre justice et business, Fabrice Arfi, journaliste au service enquêtes de Mediapart est venu participer à une table ronde sur le secret des affaires. Rencontre.



Fabrice Arfi (Médiapart) dans le hall du Centre de congrès d'Angers
Fabrice Arfi (Médiapart) dans le hall du Centre de congrès d'Angers
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Que venez-vous faire aux Confluences Pénales de l’Ouest ?
"Je réponds déjà à une invitation pour converser avec des élus, des chefs d’entreprise et des avocats autour de l’épineuse question du secret des affaires. Et puis je viens défendre un discours journalistique, donc citoyen vis-à-vis de ce que peut représenter le secret des affaires en terme de danger envers la liberté d’informer."
 
Quelle est la place d’un journaliste d’investigation dans un colloque consacré à la justice et au business ?
"Je ne suis pas le porte-parole spécifique de Médiapart. Je viens m’exprimer en tant que journaliste, certes de Médiapart,  sur une question qui me paraît fondamentale dans une démocratie : quels sont les droits, devoirs et limites de l’information face à un certain nombre de secrets organisés, institutionnalisés, ici le secret des affaires. Mais la question se pose aussi pour le secret défense, le secret de l’instruction, le secret fiscal ou pour la vie privée qui est une autre forme de secret. Notre démocratie est faible et mal organisée pour se conformer à ce qu’imposent l’Europe et la Cour Européenne des Droits de l’Homme, à savoir que la liberté d’informer doit être une pierre angulaire de la démocratie.  Mais je ne me considère pas comme un journaliste d’investigation, je me considère comme un journaliste. « Journalisme d’investigation » c’est un pléonasme."
 
Vous réfutez donc le terme de journalisme d’investigation ?
"A partir du moment où vous allez chercher l’information, la vérifiez, la contextualisez, la recoupez et la confrontez avec les personnes incriminées, et qu’ensuite vous la publiez et l’assumez, eh bien, vous faites un journalisme d’informations. Je veux bien qu’il y ait une différence entre le journalisme de commentaires et le journalisme d’informations, mais pas plus."
"Nous sommes l’ennemi du secret s’il n’est pas légitime, et je suis conscient que c’est un curseur difficile à placer."

On se souvient de la loi Macron et son amendement sur le secret des affaires qui avait été retiré sous la pression, entre autres des journalistes et des lanceurs d’alerte. Ce projet revient aujourd’hui au Parlement européen. De quoi avez-vous peur en tant que journaliste ?
"Ce n’est pas en tant que journaliste, c’est en tant que citoyen ! Lorsque le journaliste se mobilise, ce n’est pas pour défendre son pré-carré, ce n’est pas un sursaut corporatiste. Les journalistes sont des passeurs, des instituteurs. Nous sommes au service des citoyens. Notre légitimité, on la tire auprès de ceux qui nous lisent, nous regardent et nous écoutent !

Il faut défendre l’idée de base qu’à chaque fois que l’on veut créer un nouveau secret juridique, c’est un problème pour le journalisme. Non pas que le secret soit illégitime : personne ne viendra vous dire qu’il ne faut pas de secret dans une démocratie ! Je n’ai pas de position de principe sur le secret des affaires, les entreprises ont besoin de se protéger de l’espionnage économique des états ou des concurrents. Mais lorsque l’on instaure du secret, il faut instaurer aussi un contre pouvoir, c’est essentiel. Montesquieu nous l’a dit : "Par la disposition des choses, le pouvoir doit arrêter le pouvoir".
 
Que lui reprochez-vous exactement ?
"Le problème du secret des affaires c’est que sa définition n’est pas claire, trop large, que ce sont les entreprises elles-mêmes qui définissent ce qui en dépendrait ou non, qu’il n’y a pas de contrôle de la légitimité. Nous sommes dans une inversion de la charge de la preuve, c’est-à-dire que ce sera aux journalistes de montrer le caractère d’utilité publique d’une information et non pas à l’entreprise de démontrer qu’elle doit être protégée. En instaurant ce secret là, on crée une arme de dissuasion massive puisque l’on pourra poursuivre les journalistes qui veulent divulguer une information avant même qu’ils la publient. Alors bien sûr, les journalistes ne sont pas au dessus des lois mais la loi à laquelle nous devons répondre c’est celle de 1881, pas le secret des affaires, pas le secret de l’instruction ou le secret défense. Nous sommes l’ennemi du secret s’il n’est pas légitime, et je suis conscient que c’est un curseur difficile à placer. Mais j’ai la faiblesse de penser que le secret doit être l’exception. La transparence, la règle."
Open Data : "C’est ahurissant qu’en 2015 en France on ait à se féliciter que les collectivités territoriales mettent sur la place publique ce qui relève de l’activité publique !"
 
Un sujet fait beaucoup parler en ce moment, c’est l’Open Data, que certaines villes ont déjà mis en place, villes où on a accès aux informations relatives à la vie publique. Pensez-vous donc que l’Open Data est un nouveau champ d’investigation du journaliste ?
"On a accès à un certain nombre de choses, mais pas à tout. L’Open Data est une avancée démocratique évidente, mais c’est le minimum syndical. C’est ahurissant qu’en 2015 en France on ait à se féliciter que les collectivités territoriales mettent sur la place publique ce qui relève de l’activité publique ! Les collectivités, les élus, ne tiennent leur légitimité que de nous, les citoyens, ils nous représentent donc c’est normal d’avoir accès à un certain nombre d’informations qui relèvent de la sphère publique. Ça montre que l’on vient quand même, de ce point de vue là, du Moyen-âge (rires)."
 
Vous avez publié de nombreux livres entre autres sur l’affaire Woerth-Bettencourt et sur l’affaire Cahuzac mais aussi « Le sens des affaires, voyage au bout de la corruption » en 2014, où vous revenez sur votre parcours et les différentes affaires que vous avez traitées.  Un nouveau livre est-il en projet ?
"Il y a toujours pleins de projets mais je réponds de ce que j’ai écrit, une fois que je l’ai publié. Jamais avant.
 

Fabrice Arfi a publié de nombreux livres sur les différentes enquêtes qu'il a menées :
- Le Contrat. Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier, avec Fabrice Lhomme, éditions Stock, 2010.
- L'Affaire Bettencourt, un scandale d'État, en collaboration avec Fabrice Lhomme et la rédaction de Médiapart, éditions Don Quichotte, 2010.
- L'Affaire Cahuzac. En bloc et en détail, avec la rédaction de Médiapart, éditions Don Quichotte, 2013.
- Le Sens des affaires, éditions Calmann-Lévy, 2014.
 












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