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Jeudi 21 Août 2014


Festival d’Anjou : quand les vieux s’accrochent à la vie


Rédigé par - Le Samedi 7 Juillet 2012 à 15:19


Formidable performance que celle exécutée hier soir sur la scène du Plessis-Macé à Angers, par les comédiens de la compagnie angevine du 3e Œil. Si cette pièce n’obtient pas le prix de compagnie, les comédiens méritent largement celui de l’interprétation.



Monica Companys et Alexis Rangeard dans les chaises d'Eugène Ionesco
Monica Companys et Alexis Rangeard dans les chaises d'Eugène Ionesco
Paris n’existe plus depuis des siècles. Dans un décor en forme de cylindre métallique pouvant faire penser à un bateau échoué au milieu de nulle part, deux vieux au visage presque cadavérique, marchent péniblement en ressassant leurs souvenirs et en accueillant des invités invisibles. À chacun ils offrent une chaise pour s’asseoir.

Toute la pièce tourne autour de ces souvenirs lointains que les deux vieillards, Monica Companys, comédienne sourde et Alexis Rangeard, échangent avec leurs invités comme s’ils voulaient encore s’accrocher à une parcelle de vie. Les chaises symbolisent la déchéance dans laquelle ils s’enfoncent progressivement.

Après soixante-quinze ans de vie commune et une carrière de concierge, lui que sa femme appelle sans cesse « mon chou » et couvre de baiser, à un message à faire passer à tous ces fantômes, assis devant eux et qui habitent désormais leur mémoire. La nuit obscurcit le paysage et nos vieux sombrent progressivement dans l’inéluctable abime de leur fin de vie. « Pour nous distraire, fais semblant comme l’autre soir », dit Sémiramis, la femme à son mari pour prolonger le plus longtemps possible l’instant présent et vivre comme avant lorsqu’ils croisaient tous ces invités.

Formidable interprétation que celle d’Alexis Rangeard qui adopte avec justesse les tremblements, tant dans la voix que dans le corps, de la vieillesse. Il gronde, marmonne, invective, comme ces vieux qui semblent en vouloir à la terre entière de les abandonner à leur triste sort. Même si la fin semble proche, les deux comédiens ne sombrent pas pour autant dans le pathétique. Le ton est juste et l’on se prend presque d’affection pour ces deux vieux que l’on aimerait sortir de la condition humaine dans laquelle les a plongé l’auteur.

Pendant 1h15, les deux vieillards vont installer leur auditoire, discutant avec leurs invités comme s’ils étaient présents sur la scène, avant d’accueillir celui qu’ils appellent l’orateur (Bruno Netter, comédien et metteur en scène aveugle), lequel est censé poursuivre cette conférence imaginaire. « C’est la fin, nous pouvons mourir », disent alors les deux vieillards avant d’ouvrir les fenêtres et se jeter à l’eau qui les entoure, passant alors du réel à l’irréel pour rejoindre tous ces personnages insolites qui hantaient leur mémoire.

Fondée par Bruno Netter, la compagnie du Troisième Œil, dont le siège est à Angers, réussit une fois de plus, après Œdipe présenté au Grand Théâtre d’Angers, une véritable performance d’acteur et un défi au handicap, les deux comédiens étant plus que crédibles dans leur costume de vieillard chargé par le poids des ans.

La Compagnie du 3e Oeil, qui réunit artistes valides et handicapés, a fêté en en 2010 ses 25 ans de créations et de diffusion de spectacles vivants, alternant répertoire classique et contemporain.

« J’ai perdu la vue il y a vingt ans, mais le désir de théâtre ne connait pas la nuit », déclare Bruno Netter en présentant sa compagnie. Les 400 spectateurs présents hier soir au Plessis-Macé ont pu apprécier cette déclaration à sa juste mesure.




Yannick Sourisseau
Directeur publication Angers Mag et Angers Mag Info Journaliste web suivant plus particulièrement... En savoir plus sur cet auteur

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