Financement de la recherche : « Aucune forme de prostitution du public au privé »

Enseignement supérieur : la recherche angevine à la loupe #2


Rédigé par Tiphaine CREZE et Sébastien ROCHARD - Angers, le 01/11/2016 - 07:45 / modifié le 02/11/2016 - 07:52


A l’Université d’Angers, les financements privés représentent aujourd’hui environ 40 % du budget de la recherche. Une proportion qui n’alarme pas Philippe Simoneau, vice-président recherche de l’Université d’Angers, ni Alexa Rouez, la directrice de la recherche, de l’innovation et des études doctorales.



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DOSSIER. Au cœur des établissements d’enseignement supérieur du territoire, souvent dans l’ombre, la recherche agit un peu plus chaque année comme un vecteur de dynamisme, d’innovation et de notoriété. Végétal, santé, électronique et numérique, matériaux, sciences humaines et sociales… Ils seraient plus d’un millier de chercheurs, d’enseignants-chercheurs et d’étudiants à consacrer tout ou partie de leur temps à la recherche, le plus souvent au sein d’unités dites « mixtes ». C’est-à-dire associant  les grands établissements publics à caractère scientifique et technologiques (Inra, CNRS, Inserm…) dont la recherche est précisément la vocation. Comment s’organisent ces travaux de recherche ? Comment sont-ils financés et par qui ? Pour quelles applications et quels enjeux ? Angers Mag a voulu essayer d’y voir plus clair, en allant à la rencontre d’acteurs de la recherche.
 
Comment évolue la part du financement privé dans le budget de la recherche ?
 
Alexa Rouez : « Elle augmente au fil des ans. Pour résumer grossièrement, on peut dire que nous sommes environ à 60% de contrats académiques et 40 % de privés.
Avant c’était assez anecdotique, même si la recherche avec le privé a toujours été valorisée parce que c’est important pour les indicateurs de recherche appliquées, de brevets, de licences. Mais c’était plus éclaté."
 
Philippe Simoneau : « Cela a évolué depuis cinq-six ans. Ce qui change surtout, c’est que tout le monde s’y met.  On a même parfois été surpris que le privé travaille avec des secteurs dans lesquels on pensait que ce ne serait pas forcément évident. On pense d’emblée aux sciences dures mais, aujourd’hui on a une bonne activité de contrats privés avec les sciences humaines et sociales par exemple."
 
AR : « Il ne s’agit pas de consultance ou de prestations mais bien de recherche. Avec la privé, on appelle cela de la recherche collaborative. Nous avons tout intérêt à développer cela, non pas seulement comme source de financement, mais aussi parce qu’elle inspire de nouvelles recherches académiques et parce que, derrière nous développons également des contacts en vue de l’insertion professionnelle des doctorants et pour nos masters. Toute une politique d’établissement soutient aujourd’hui tous types de rapprochement avec le privé."

Cela ne représente-t-il pas un risque en matière d’éthique scientifique ?
 
PS : « Si nous devenions complètement dépendant du privé, si cela représentait 80 % du budget de la recherche, cela présenterait un risque : celui que ces contrats pilotent l’orientation scientifique des unités de recherche. On est loin d’en être là.
Il ne faut plus fait le distinguo entre la recherche fondamentale (académique) et la recherche finalisée (collaborative). Il y a un continuum entre ce que l’on peut faire plus en amont, et qui n’a pas forcément d’application directe en termes de transfert et ce que l’on peut faire en recherche collaborative, qui sont de vrais projets qui nourrissent la recherche en amont.
 
AR : « Il faut rester conscient que la recherche collaborative est extrêmement encadrée sur le plan contractuel et sur le plan de la propriété intellectuelle. Il n’y a aucune forme de prostitution du public pour le privé, c’est clair et précis."

Les finances ou la recherche perpétuelle
 
S'il est un sujet transversal à chacune des équipes de recherche que nous avons rencontrées pour préparer ce dossier, c'est bien celui du financement de leurs activités.
Au grand dam de la plupart des enseignants-chercheurs et directeurs de recherche, une bonne partie du temps qu'ils consacrent à la recherche est en fait dédié à la recherche... de sous ! Montage de dossier, adaptation à l'administration, coordination avec les autres acteurs -parfois internationaux- des projets de recherche, "bruxellisation" des dossiers pour parvenir à toucher des financements européens...

Bref, la liste est longue des efforts à fournir pour être en capacité de chercher sereinement, et c'est un peu le serpent qui se mord la queue : les critères de financements des recherches s'appuient notamment sur les publications des équipes et leur rayonnement dans la spécialité (colloques, conférences...)... éléments qui prennent là aussi du temps sur celui du travail en labo ou sur le terrain.
Bancale, l'organisation du financement de la recherche en France ? Le débat agite le microcosme, jusqu'à mettre en péril, pour certains, la place de la France en la matière.

Reste que les sources de financement ont évolué, en même temps que les porteurs de projets. Initialement basé sur un principe de subventions récurrentes de l'Etat aux organismes de tutelle (les universités notamment, avec un très fort tropisme Paris-Lyon-Marseille), qui les redistribuaient ensuite aux laboratoires publics, le financement de la recherche se fait désormais majoritairement par le biais d'appels à projets lancés par l'Etat (Agence nationale de la Recherche, ANR), l'Europe ou collectivités locales.
Plus de sources de financements, donc, mais pas plus de projets financés ! A titre d'exemple, l'ANR n'a financé en 2014 que 8,5 % des projets soumis.
L'autre "tendance" du secteur, c'est l'augmentation substantielle, ces dernières années, des financements privés, par le biais d'entreprises, associations ou fondations, internationales ou non.
Une réalité qui pèse de fait sur la forme et le fond des projets de recherche.










1.Posté par gaignard le 01/11/2016 21:31 (depuis mobile) | Alerter
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Une précision à propos de votre introduction : la recherche est réalisée par des chercheurs (es) enseignants(es)-chercheurs(es), ingénieurs(es) techniciens(es) et thésards(es). Les étudiants(es) participent au travers de stages.

2.Posté par gaignard le 01/11/2016 21:41 (depuis mobile) | Alerter
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Suite : les unités mixtes de recherche associent des établissements de recherche et/ou des établissements de l''enseignement supérieur (universités, grandes écoles...). Votre dossier va éclairer les angevins.








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