François Morel : "Je suis un petit garçon qui aime les récitations"


Rédigé par - Angers, le Samedi 28 Juin 2014 à 09:06


Comédien de théâtre et de cinéma, chanteur, chroniqueur sur les ondes de France Inter, l’ex-Deschiens François Morel clôturera cette année la 65e édition du Festival d’Anjou avec l’un de ses spectacles musicaux, « Le soir, des lions ». L’occasion d’évoquer ici sa carrière, ses goûts, ses projets et ses coups de gueule. Rencontre avec un artiste aux multiples facettes, simple et passionné…



François Morel : "Je suis un petit  garçon qui aime les récitations"
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Vous allez clôturer le Festival d’Anjou, le 5 juillet, avec votre spectacle « Le soir, des Lions », pouvez-vous nous le présenter ?
« Je l’ai créé à La Rochelle, il y a déjà quelques années. C’est un spectacle de chansons monté avec le musicien Antoine Sahler et mis en scène par la chanteuse Juliette. C’est mon deuxième spectacle musical, le premier que j’avais d’ailleurs joué à Angers lors de l’inauguration du Quai était lui dirigé par un metteur en scène et non un chanteur. Ce qui m’a permis de me mettre réellement dans la peau d’un chanteur. »

Vous êtes un artiste multi-casquettes : comédien de cinéma, de théâtre, chroniqueur radio… Mais d’où vous vient ce goût et ce rapport à la chanson ?
« Oh, ça ne date pas d’hier. Mon affection pour la chanson remonte à un concert de Georges Moustaki au cinéma Le Viking à Flers (Orne), en compagnie de mon frère et ma sœur au début des années 1970. Jusque là, je m’étais surtout intéressé à Jean-Marc Thibault et Roger Pierre, à Jacques Bodoin et sa table de multiplication. Et à partir de Moustaki, la chanson a pris une place importante dans ma vie, plutôt la chanson à texte. J’étais d’ailleurs assez doué à l’école pour les récitations et les rédactions et l’écriture de ce chanteur m’a tout de suite beaucoup plu. Ensuite, je me suis penché sur Brassens, Barbara et tous les autres. De là m’est venu ce goût profond pour la chanson et plus particulièrement pour la chanson poétique.»

Vous venez de citer Brassens, Barbara, Moustaki, avez-vous d’autres maîtres en la matière ?
« Oui, il y en a plein d’autres ! Pour l’écriture et la légèreté, Pierre Perret. Mais j’aime aussi certains auteurs de la chanson actuelle, comme les premiers textes de Vincent Delerm. J’adore aussi Alain Souchon qui, selon moi, a réellement inventé une autre façon d’écrire des chansons. “Ton héritage” de Benjamin Biolay reste une chanson sublime… Bref, je suis tellement pas doué pour les langues étrangères que je suis obligé de me raccrocher aux textes et j’aime bien quand ça raconte des choses »

Le plaisir de chanter sur scène est-il différent de celui d'interpréter un personnage dans une pièce ?
« En fait, je ne suis pas si loin de l’interprétation d’un personnage lorsque je chante. Chaque chanson est presque une petite pièce de théâtre et je n’oublie jamais d’être comédien quand je suis chanteur. »

Votre côté touche-à-tout, c'est une passion ou de la boulimie ?
« Quand mes proches vont lire cet entretien, ils vont sans doute sourire car ils connaissent tellement bien toutes mes incompétences : en sport, en bricolage, je suis une catastrophe ! Alors, disons que je fais du spectacle et que je suis concentré essentiellement là-dessus. J’écris et je joue. Parfois, j’écris des chansons, des chroniques, des pièces… Je fais toujours un peu la même activité et je suis toujours ce petit gars qui était doué pour les récitations et les rédactions. Et puis, c’est tout ! C’est pas si énorme que ça. »

Mais, tout de même, lorsque l’on voit le nombre de spectacles que vous avez créés et que vous jouez toujours, il y a chez vous une forme d’activité intense ?
« Ce que je peux dire, c’est qu’il existe un fond d’inquiétude chez moi, avec cette crainte de l’imposture. Et quand on est sur scène, qu’on a cette espèce de prétention à monter sur un plateau en se disant : ”Je vais être intéressant devant vous pendant une heure et demie”, il faut travailler un minimum. Et je trouve normal que cette présence soit soutenue par une inquiétude vive. Et quand on perd l’inquiétude, je pense que l’on peut devenir, soit paresseux, soit ringard. En clair, il faut éviter d’être trop content de soi. Et pourtant, à chaque fois que je joue, je me dis : ”Ouah, c’est bien !”, notamment quand le public apprécie. Mais pour un nouveau spectacle, j’ai toujours ce manque d’assurance qui m’oblige à travailler. »

Les Deschiens resteront une expérience formidable car j'y ai appris mon métier

François Morel : "Je suis un petit  garçon qui aime les récitations"
La troupe des Deschiens vous a révélé au grand public, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette expérience ?
« Ça restera une expérience formidable car j’y ai appris mon métier. Nous avons fait de très belles choses. D’ailleurs, les spectacles de théâtre nous occupaient beaucoup plus que les Deschiens qui nous ont popularisés à la télévision. à cette époque, notre travail portait surtout sur les pièces de Jérôme Deschamps et Macha Makeïeff. On travaillait beaucoup. Et c’est sans doute pour cette raison là que j’ai gardé cette habitude de jouer longtemps mes propres spectacles. Avec les mêmes gens et le même désir. Maintenant, sur le fond, les Deschiens ont toujours fait confiance à l’intelligence et la sensibilité du spectateur, en le laissant s’inventer ses propres histoires. Ce qui est très bien. Et puis, c’est une troupe dans laquelle on riait beaucoup, une belle troupe de comédiens avec qui, pour la plupart, je suis toujours en lien aujourd’hui. Des liens d’amitié, notamment avec Yolande Moreau, Olivier Saladin, Olivier Broche, Jean-Marc Bihour, un Angevin, un acteur de talent et une personne formidable. »

Justement vous parlez de votre ami angevin Jean-Marc Bihour, mais que connaissez-vous de l’Anjou ?
« Je crois que l’on y fait des petits vins qui ne sont pas désagréables (rires). Sinon, je connais comme je vous l’ai dit le théâtre du Quai pour l’avoir inauguré, je connais Pascal Rabaté pour avoir fait un livre avec lui. J’ai d’ailleurs déjeuné chez lui plusieurs fois. Et puis, j’ai déjà joué au Festival d’Anjou du temps de Jean-Claude Brialy, il y a une quinzaine d’années. »

Quel souvenir gardez-vous du public angevin ?
« J’en garde un très bon souvenir puisqu’à chaque fois ça s’est bien passé. »

Et quelle image avez-vous d’Angers et de sa région ?
« Je pense que je vais tomber dans les clichés les plus éculés, si ça ne vous dérange pas. Non, mais j’ai toujours du plaisir à y aller pour sa douceur angevine qui est bien réelle. Le climat y est très agréable et c’est très verdoyant comme la Normandie, ma région natale. Enfin, j’y connais des gens très agréables que je prends toujours plaisir à voir. Mais, il y a plein de régions de France que j’aime bien, je suis assez ouvert comme garçon !»

Vous évoquiez votre participation au Festival d’Anjou sous la direction de Jean-Claude Brialy, vous connaissez ce festival ?
« Oui, j’y suis venu plusieurs fois. Sous Brialy effectivement avec toujours en mémoire une soirée magnifique lors de laquelle il nous racontait ses souvenirs et ses anecdotes sur Edwige Feuillère et Jean Marais. C’était un homme extrêmement drôle et cultivé. Puis, j’y ai rejoué quelques années plus tard, pour la pièce ”Les habits du dimanche”, à l’époque de Francis Perrin. Cette année-là, je me souviens avoir assisté, en plein air, à ”Monstres sacrés” avec André Dussollier. Une pièce aux textes fabuleux, notamment ceux d’André Frédérique, un humoriste des années 1950, très peu joué mais que j’affectionne particulièrement.»
 

BIO EXPRESS

1959. Naissance le 10 juin à Flers (Orne).
De 1993 à 2000. Il est Monsieur Morel dans les Deschiens sur Canal + .
1995. Il joue aux côtés de Michel Serrault et Eddy Mitchell dans « Le bonheur est dans le pré » d'Etienne Chatiliez.
2006. Il entame une carrière de chanteur avec son spectacle « Collection particulière ».
Entre 2007 et 2009. Il joue « Les Diablogues » de Roland Dubillard avec Jacques Gamblin, au Théâtre du Rond-Point et en région.
Depuis septembre 2009. il fait une chronique sur France Inter tous les vendredis matins dans le 7-9 de Patrick Cohen.
 

L’Anjou, c’est aussi l’affaire de la banane adressée à Christiane Taubira dont vous avez fait écho à deux reprises sur les ondes de France Inter lors de votre billet hebdomadaire du vendredi. Pourquoi avez-vous évoqué cette affaire en deux temps ?
« Parce qu’entre mon premier billet et le deuxième, j’étais précisément à Angers, chez mon ami Jean-Marc Bihour. Lors de ce week-end, j’ai lu la presse locale, notamment l’interview du père de cette fillette qui avait brandi cette banane. Et en la lisant, j’ai compris que je n’avais pas bien mesuré les faits. Et donc, je me suis dit que cette première chronique provenant d’un type comme moi – qui vient d’avoir 55 ans et qui parle sur une radio nationale – était décalée, notamment sur le fait qu’elle désignait et montrait du doigt quelqu’un qui n’est pas majeur, qui a fait une connerie monstrueuse. Car lorsque j’ai écrit ce billet, je pensais qu’il y avait une quinzaine d’adolescentes à montrer une banane et j’avais réagi à ça. En fait, il n’y en avait qu’une. Je ne suis pas un justicier, et je n’allais quand même pas appeler au meurtre… Et c’est là que finalement, je me suis rendu compte que ma chronique était trop violente par rapport aux faits. Je me suis senti mal à l’aise en pointant du doigt une seule personne. Maintenant sur le fond, je n’ai en rien changé ma façon de penser, mon attitude, ma position, ni le dégoût et le rejet qu’a provoqués cette affaire chez moi, mais en même temps, je devais m’excuser auprès de cette petite fille qui, à 12 ans, avait la chance de pouvoir évoluer. Du moins, je l’espère pour elle. Cette deuxième chronique ressemblait donc plus à un message d’apaisement. »

François Morel : "Je suis un petit  garçon qui aime les récitations"
Vous l’a-t-on reproché ?
« Pour cette deuxième chronique, j’ai reçu beaucoup de messages positifs. Pas mal de gens ont accompagné mon sentiment : ils étaient d’accord avec la première et se sont un peu rangés à mon apaisement lors de la deuxième. D’ailleurs, je n’utilise pas la radio nationale pour insulter les gens. Mais avec le recul, je pense que c’est un peu comme dans la vraie vie. On peut aller très loin sur le coup de la colère et ensuite on calme le jeu, on s’apaise pour tenter de rendre le monde un peu moins moche. »

Retour à votre actualité, comment se passe votre dernier spectacle « La fin du monde est pour dimanche » avec lequel vous êtes en tournée actuellement ?
« C’est un spectacle assez récent puisque je l’ai créé à La Rochelle l’année dernière. Je crée tout dans cette ville, ils m’aiment bien et moi aussi. Le spectacle se passe pas trop mal : j’ai eu un prix l’an dernier et je suis nominé cette année aux Molière. D’ailleurs, j’aimerais bien un jour le jouer à Angers. »

La fin du monde est-elle réellement pour dimanche ?
« Oui, mais je ne sais pas quel dimanche donc ça laisse un peu de liberté ».

Vous avez joué au cinéma avec de grands acteurs, y a-t-il un rôle qui vous fait rêver aujourd’hui ?
« J’en sais rien ! Jusque-là, j’avais toujours dit le ”Bourgeois Gentilhomme” et notamment M. Jourdain, mais je l’ai joué donc je suis embêté. Et j’ai réfusé des grands rôles parce qu’ils sont très bien interprétés par d’autres. Comme Cyrano de Bergerac par exemple. C’est un très beau rôle, c’est magnifique, mais Depardieu l’a tellement bien joué et d’autres aussi, notamment Philippe Torreton actuellement à l’Odéon. Et, en l’acceptant, mon interprétation n’aurait été qu’une de plus alors que “La fin du monde est pour dimanche” ou “Le soir, des lions”, je suis le seul à pouvoir jouer ça (rires). »

François Morel clôturera le Festival d’Anjou, le 5 juillet à 21 h 30 au château du Plessis-Macé.
Plus d’infos sur
festivaldanjou.com
 

François Morel façon Proust

Le bonheur parfait selon vous ?
« C'est ne plus se poser la question du bonheur ».

Le trait de caractère dont vous êtes le plus fier ?
« Mais qui m'est précieux, c'est l'entêtement ».

Votre qualité préférée chez une femme ?
« L'intelligence ».

Et chez un homme ?
« L'intelligence ».

Votre personnalité préférée ?
« Daniel Cohn-Bendit. Un homme politique avec qui on peut être parfois en désaccord mais jamais convenu et pas accroché au pouvoir. Une rareté. »

Votre artiste préféré ?
« Georges Brassens, une adéquation parfaite entre l'homme et l'œuvre ».

Votre film culte ?
« “La vie est belle”, de Franck Capra ».

Le livre qui a changé votre vie ?
« Un annuaire artistique qui, au début des années 1980, faisait mention de l'ENSATT, l’école de théâtre de la rue Blanche à Paris ».

Votre chanson préférée ?
« Elle est est changeante. C'est celle qui est la plus belle du monde à mes yeux pendant quelques jours, quelques heures, “L'heure du Thé” de Vincent Delerm, “Ton héritage” de Benjamin Biolay ou encore “La Folle Complainte” de Charles Trenet ».

Votre plat préféré ?
« Celui préparé par un ami ».

Que détestez-vous le plus au monde ?
« L'arrogance des puissants ».

Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
« La lenteur. “La vie est trop courte pour aller vite”, dit mon amie Juliette ».
 




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