François-René Duchable, un pianiste hors-cadre en Anjou


Rédigé par - Angers, le Samedi 8 Août 2015 à 11:48


Eloigné volontaire des circuits traditionnels de la musique classique, le pianiste François-René Duchable est à l'affiche des Heures Musicales du Haut-Anjou ce samedi au château de la Lorie à Segré. En compagnie de son complice de scène, le comédien Alain Carré, Il y donne un concert-lecture dédié aux poètes Ronsard et Du Bellay. L'occasion d'un entretien loin des sentiers battus. Comme lui.



François-René Duchable, un pianiste hors-cadre en Anjou
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Que vous inspire le mot Anjou ?

"Moi qui suis assez passionné par l'Histoire, je pense à Charles d'Anjou, au Roi René, à la tapisserie de l'Apocalypse bien-sûr. Je pense aussi à un de mes premiers concerts en 1977, aux Greniers Saint-Jean je crois, c'était un gala privé pour une banque. Je repense aussi à mes premiers concerts avec l'Orchestre des Pays-de-la-Loire - un concerto en sol de Ravel - et au premier chef de l'orchestre à m'avoir invité pour une tournée en région : Marc Soustrot. C'est quelqu'un qui a toujours fait preuve d'audace pour encourager des jeunes. Voilà, il y a mes souvenirs et aussi un peu de tourisme, pour moi qui suis un amoureux de la nature et de patrimoine, l'Anjou est une merveilleuse région."

C'est la septième fois que vous vous produisez aux Heures Musicales du Haut-Anjou, quel rapport entretenez-vous avec ce festival pour y revenir si souvent ?

"Ce n'est pas moi qui décide ! On m'invite et comme je suis un professionnel et qu'on me paye, je viens. Maintenant, je viens aussi là où les conditions sont réunies et la première d'entre elle est de pouvoir m'y produire avec mon partenaire habituel, Alain Carré. C'est extrêmement important. Je crois aussi que Michel Poisson (le président du festival, NDLR) aime ce que l'on fait, il aime aussi la littérature et le cadre qu'il nous propose nous convient bien. Nous avons toujours joué dans la cour du château du Plessis-Bourré dont j'adore l'acoustique, mais il est en travaux cette année. Je vais découvrir le château de la Lorie que je ne connais pas."
" Il chante avec les mots et je fais de la littérature avec la musique. C'est ce qui explique que j'ai beaucoup de plaisir à travailler avec lui."

Cette fois-ci, vous répondez à une commande autour de Ronsard et Du Bellay. Que vous inspirent ces poètes ?

"Ronsard, c'est pour moi évidemment tous les poèmes aux belles femmes, et le souvenir du prieuré Saint-Cosme près de Tours où j'ai joué aussi avec d'autres partenaires. Je pense au jeune Ronsard et au plus vieux qui est revenu dans ce prieuré pour finir sa vie, épris des femmes tout en étant toujours d'une grande spiritualité, mystique et religieuse. Quant à Du Bellay, je le connais honnêtement très peu et je vais découvrir une partie des textes ce samedi soir même. C'est Alain qui les a choisi. Ces textes ne seront pas juxtaposés avec la musique cette fois-ci mais alternés. Il y aura environ 45 textes et pour les accompagner, les Carnavals de Schumann et des préludes."

Comment choisissez-vous les musiques qui accompagnent ces textes ?

"On n'a pas peur des anachronismes parce que le secret, me semble-t-il, de notre réussite, ce sont les charnières. C'est à dire les points de de rencontre entre les texte et la musique. Tout repose sur l'oreille musicale du comédien. J'ai travaillé avec beaucoup d'entre eux, tous n'ont pas le rythme musical d'Alain Carré qui est infaillible. Il n'est pas très médiatisé, pas très connu, contrairement à beaucoup de comédiens que s'adjoignent certains collègues, mais avec lui, il y a une vraie rencontre musicale. Il chante avec les mots et je fais de la littérature avec la musique. C'est ce qui explique que j'ai beaucoup de plaisir à travailler avec lui et j'espère que ce plaisir sera partagé ce samedi."

Vous avez abandonné en 2003 votre carrière internationale de concertistes. Pourquoi ?

"Pour une question de survie... Je déteste sortir de France et notamment prendre l'avion. Deuxièmement, je déteste les répétitions où je m'ennuie, c'est pour cela qu'on répète très peu avec Alain Carré. Je déteste aussi les studios d'enregistrement, sans lesquels aucune carrière moderne ne peut se faire, ce qui ne m'a pas empêché de réaliser un DVD avec Alain récemment. Quatrième raison, je ne supportais pas les publics convenus, snobs ou hystériques, c'est à dire connaisseurs mais ultra-cérébral et sans la ferveur de l'estomac. Maintenant, je les accepte volontiers aujourd'hui parce qu'ils sont noyés dans un autre public plus large, pas forcément plus jeune, mais qui s'intéresse à la littérature, aux lumières, au vrai spectacle. Et la cinquième raison, élément essentiel du rejet de ma carrière passée, c'est la lumière blanche des salles de concert : c'est insupportable et absolument anti-théâtral. Et pour moi, un bon concerto, on doit changer de lumière pour chaque mouvement."
"Si je suis passionné de quelque-chose, c'est de la vie dans son ensemble mais certainement pas de la musique, de l'art ou de la culture."

Que trouvez-vous dans ces chemins de traverse, que vous ne trouviez pas avant ?

"D'être d'abord en accord avec moi-même, ce qui n'est pas une mince affaire ! Il faut dire que l'activité professionnelle n'est pas l'essentiel de ma vie. A 63 ans, j'arrive dans la dernière tranche de vie, celle où on est en quête de sagesse, ce qui n'exclut pas un engagement intense. Si je suis passionné de quelque-chose, c'est de la vie dans son ensemble mais certainement pas de la musique, de l'art ou de la culture. Si j'aime ça, il ne s'agit que d'une partie de ma vie qui ne peut pas s'y limiter. A vrai dire, c'est une réconciliation inespérée avec les oeuvres que j'interprète qui n'ont plus du tout le même ressenti pour moi. Les ballades de Chopin, les sonates de Beethoven etc... elles sont nettoyées, purifiées de ce passé très lourd et je les ressens avec beaucoup plus d'amour et de bonheur pour les jouer."

Dernière question, qu'écoutez vous avec plaisir en ce moment ?

"J'écoute principalement de la musique dans ma voiture, selon les envies du moment. Mais le moins possible de piano... Comme disait un pianiste du début du XXe siècle, je n'écoute jamais les autres pianistes car s'ils jouent moins bien que moi, ça m'ennuie, et s'ils jouent mieux, ça m'emmerde (rires). J'écoute des opéras, italiens notamment compte tenu de mes origines; de la musique française avec Debussy en tête, le compositeur avec lequel j'aimerai mourir si j'ai la chance de mourir lentement. J'écoute aussi Mozart car il y a un Mozart pour chaque instant de la vie. Bach, c'est plus lourd, plus totalitaire. J'aime aussi la chanson française entre 1930 et 1970 : Aznavour, Brel, Brassens, Ferré, Trénet, Piaf, Lucienne Delil... J'écoute ça avec nostalgie. Après 1970, c'est beaucoup trop moderne moi."

François René-Duchable et Alain Carré, "L"Angevin et le Vendomois", aux Heures Musicales du Haut-Anjou ce samedi à 21h, château de la Lorie à Segré. Visite guidée du château à 19h30.

www.lesheuresmusicales.fr


 




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur








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