Gatsby le Magnifique (The Great Gatsby) : the great adaptation


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Jeudi 30 Mai 2013 à 11:15


Le New-York des années 1920, observé par un jeune écrivain, fasciné par le strass, les paillettes, et l'insouciance insolente des nouveaux riches.



Jay Gatsby - Daisy Buchanan - Nick Carraway - Tom Buchanan (Leonardo DiCaprio, Carey Mulligan, Tobey Maguire, Joel Edgerton)
Jay Gatsby - Daisy Buchanan - Nick Carraway - Tom Buchanan (Leonardo DiCaprio, Carey Mulligan, Tobey Maguire, Joel Edgerton)
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Après Roméo + Juliette et Moulin Rouge, Baz Luhrmann endosse les rôles de réalisateur, scénaristes et producteur pour réaliser avec Gatsby le Magnifique son cinquième film. Une histoire tirée du roman du même nom, de Francis Scott Fitzgerald.

L'intrigue se déroule au cœur des années 1920, Nick Carraway (Tobey Maguire), apprenti écrivain, quitte son Middle West pour venir s'installer à New York. Il parvient à louer une petite maison entourée de deux énormes et luxuriantes villas dans West Egg, ville de nouveaux riches de New York. De l'autre côté de la baie se trouve la bâtisse de sa cousine Daisy (Carey Mulligan) et de son époux, le milliardaire Tom Buchanan (Joel Edgerton), tandis que la villa, voisine à la maison de Nick, n'est autre que celle du jeune milliardaire Jay Gatsby (Leonardo DiCaprio). Bien vite, le jeune Nick devient le témoin privilégié des préoccupations des milliardaires et décide de s'inspirer de cette histoire pour écrire un livre.

Nick rencontre pour la première fois Gatsby lors d'une soirée donnée chez ce dernier. En effet, tous les week-ends, le milliardaire organise de grandes fêtes dans lesquelles se retrouvent nombre de personnes célèbres : vedettes de cinéma, de chant, de danse, mais également de nombreux jeunes gens ordinaires qui viennent uniquement profiter du luxe qu'offre la villa. Baz Luhrmann profite de ces instants de chaos pour dénoncer une confusion, toujours actuelle, entre être et paraître. Les excès en artifices dont use chacun pour paraître plus riche, plus beau et ainsi meilleur que son voisin ne passent pas inaperçus. L'apparence est primordiale. Le réalisateur pousse tout à l'excès, pour marquer la futilité de cette idée. Ainsi, le film excède en figurants qui eux-mêmes excèdent en maquillage, en chapeaux, en luxuriances et babioles, la bâtisse excède en proportions, l'allée, en voitures de luxe etc... Cependant, on comprend bien vite que les personnages dissimulent, derrière leur richesse et leur apparence, leurs douleurs et leurs souffrances.

Est-il possible d'imager plus explicitement le célèbre proverbe « l'argent ne fait pas le bonheur » ? L'argent est en effet un sujet bien présent au cœur du long métrage. La proximité entre les villas et la banlieue semble aberrante et souligne le contraste entre les deux milieux. Baz Luhrmann s'arrange ainsi pour traiter également de l'exploitation de la main d’œuvre ouvrière, notamment noire. En effet, ce monde ouvrier est constamment présent grâce à la plate-forme pétrolière que les personnages doivent inévitablement traverser pour se rendre à New-York. Le contraste provoqué entre les voitures riches et brillantes et la misère du lieu est inéluctable et démesuré. Il est aussi rappelé par de nombreuses superpositions d'images qui présentent des ouvriers au travail sur un fond de richesse et de luxure. Les ouvriers sont noirs, c'est bien de racisme dont il est question. En effet, la période se prête au thème puisque la première moitié du XXème siècle est marquée par l'immigration massive de la population noire, en quête de travail. Si l'homme Noir incarne l'ouvrier, la femme Noire n'en est pas moins réifiée, elle devient le jouet, voire l'objet sexuel des Blancs. « On ne va pas commencer à mélanger les races » dit Tom Buchanan marquant ainsi le dédain et l'arrogance des hommes Blancs. Cependant, cette immigration massive s'accompagne également d'un transfert culturel important : le Jazz, le Blues, que Luhrmann ne manque pas d’insérer dans son film. Il mêle par ailleurs une musique jazzy à une musique plus moderne, plus électrique, conférant ainsi à son long métrage une atmosphère plus actuelle.

On ne peut également qu'admirer le travail fourni pour la composition de l'image, chaque détail est traité avec minutie. Ainsi, de la couleur du carrelage à la matière des rideaux, tout s'accorde avec harmonie et provoque ainsi un véritable délice visuel. Les couleurs et lumières tiennent également une place primordiale. Au cours de la dispute entre Jay Gatsby et Tom Buchanan, l'espace restreint de la pièce est encombré de nombreux objets volumineux tels que les canapés ou le piano à queue, auxquels s'ajoutent les teintes rouges des murs : le spectateur est aussitôt plongé dans une ambiance angoissante et tendue.

Baz Luhrmann parvient à maintenir le spectateur en haleine du début à la fin. Une intrigue qui prend fin laisse aussitôt place à une autre, et l’atmosphère oppressante qui règne ne s’arrête véritablement que lors d'un mystérieux coup de feu... Ainsi, les deux heures vingt de film annoncées sur l'affiche qui pouvaient sembler bien longues se révèlent alors trop courtes ! De plus, le réalisateur parvient à mêler avec justesse et talent de nombreux procédés cinématographiques. Certains moins utilisés que d'autres surprennent, telle l'ellipse au début du film. L'utilisation de la 3D n'est également pas à négliger, elle offre aux images une profondeur encore toute nouvelle et ancre le spectateur plus profondément encore dans l'histoire. Ainsi, de nombreux procédés confèrent au film une esthétique soignée, les figures de montages sont variées : jump cut, flash back, ellipses.

Le jeu des acteurs est également sensationnel, si Tobey Maguire ne se fait pas sa place dans le film grâce à son texte, il la fait grâce à son jeu. Sa présence est élémentaire, ses gestes sont justes et naturels, ainsi, le spectateur s’identifie sans peine à ce personnage quelque peu désorienté dans cet univers qui semble, au premier abord, plus un rêve qu'une réalité. Leonardo DiCaprio, quant à lui, n'a plus rien à prouver, il s’impose par ses jeux de regards.

Gatsby le Magnifique est ainsi empreint d'une vérité et d'une réalité qui, inconsciemment et intérieurement, nous révoltent. La beauté de l'image n'empêche pas les dénonciations faites par Luhrmann à la suite de Fitzgerald avant lui. La mise en scène rappelle quelquefois celle de Roméo + Juliette, il est évident que Gatsby-DiCaprio conserve une part de Roméo en lui. De plus, le message des deux films est le même : ne jamais cesser de lutter pour ses rêves.

Julie.












Angers Mag