Gaumont et 400 Coups : deux cinéphilies angevines

Angers, histoire[s] de cinéma #3


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le Jeudi 21 Janvier 2016 à 07:10


Premiers Plans ou pas, Angers est depuis longtemps partagée entre différentes approches du cinéma, symbolisées par deux institutions.



Avec 75 000 entrées comptabilisées lors du festival Premiers Plans en 2015, l'attente demeure toujours chez les cinéphiles angevins.
Avec 75 000 entrées comptabilisées lors du festival Premiers Plans en 2015, l'attente demeure toujours chez les cinéphiles angevins.
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La douceur angevine serait-elle propice à faire pousser la cinéphilie ? En 2014, le 400 coups a  comptabilisé 309 000 entrées, le Gaumont multiplexe, 958 000 et le festival Premiers Plans 73 000. Difficile pourtant de savoir si Angers est, plus qu’ailleurs, une terre de cinéphilie. Encore faudrait-il d’ailleurs définir quelle est cette espèce étrange que sont les dévoreurs de pellicules ?

Maryse Aubrière, 69 ans, a son idée sur la question. Lorsqu’elle s’est installée à Angers, il y a une vingtaine d’années, elle a ciblé le quartier du cinéma et a, depuis, vue sur la salle 5 du 400 coups depuis sa salle de bains. Cette retraitée s’y rend trois fois par semaine. Mais ce n’est pas à Angers qu’elle a fait ses classes : elle se souvient que, petite déjà, tout le village entier allait au cinéma le dimanche soir, sur l’Île d’Oléron. Alors que Maryse Aubrière fait son lycée à Rochefort, elle rate son bac la première fois : Jacques Demy tourne les « Demoiselles » la même année et elle fait le mur de l’internat pour se rendre sur le plateau. Ensuite, ce sera les ciné-clubs, le cinéma Jean Eustache à Bordeaux, le festival international du film de La Rochelle… « Le cinéma prend beaucoup de place dans ma vie ».

Celle qui avoue dans un sourire être « davantage groupie avec les critiques qu’avec les acteurs », a une définition très claire de la cinéphilie de « [s]a génération », (« je ne veux pas opposer les cinéphilies », tient-elle à préciser), inspirée par le critique Antoine de Baecque : « Elle nécessite la discussion autour des films, la mise en perspective, les débats. Elle se définit aussi par la politique des auteurs. Et enfin, ma cinéphilie passe par la salle de cinéma ». Maryse Aubrière n’a pas la télévision et avoue avoir « [s]a place dans chaque salle » avant d’ajouter, rieuse : « Tous les cinéphiles sont des maniaques ».

Rodolphe Huchet préfère dire qu’il a « [s]es habitudes ». A 33 ans, il s’offre un marathon de 7e art une fois par semaine au Gaumont multiplexe. Dès la première séance, il enchaine trois ou quatre films dans la journée, parce que « c’est pratique de tout combiner et on est dans l’ambiance de la salle de cinéma : grand écran, siège confortable, son impeccable… ». Rodolphe Huchet estime être « un peu » cinéphile car capable de « s’ouvrir à différents horizons avec un certain regard critique » et ce, même s’il n’a jamais mis les pieds au festival Premiers Plans et qu’il ne fréquente plus le 400 coups depuis qu’il a sa carte de fidélité au Gaumont, « question de budget ». D’ailleurs, selon lui, avec les plateformes (plus ou moins légales) de téléchargement existantes, « on n’est plus obligé d’aller au cinéma pour être cinéphile ».
 
En 1989, "Il y avait là un terrain préparé pour accueillir le festival Premiers Plans" - Bertrand Guyomar

Ce sont donc deux cinéphilies qui cohabitent sur la place angevine. Deux publics symbolisés par deux enseignes qui, toutes les deux, ont projeté Star Wars le jour de sa sortie nationale, sans doute pour des arguments différents.

Une distinction qui existait déjà il y a une trentaine d’années, selon Bertrand Guyomar, journaliste culturel fraîchement retraité après 30 ans passés au Courrier de l’Ouest, à Angers. . « L’Ariel était un cinéma au public assez jeune, qui projetait des films d’action. Les Variétés ciblait plutôt les familles. Et puis il y avait le 400 coups, dont le public lisait les journaux de cinéma. Il y avait là un terrain préparé pour accueillir le festival Premiers Plans ».

Tellement préparé que quand le journaliste se souvient de sa première séance au festival, en 1989, il semble encore s’en étonner. « C’était à la toute première soirée des films en compétition au festival Premiers Plans, en janvier 1989. On projetait ce soir-là, dans la grande salle "historique" des 400 Coups "Peaux de vaches", le premier film de Patricia Mazuy. Je suis arrivé pile à l'heure, un samedi soir, le premier samedi de la compétition. Plus un siège de libre dans la salle ! J'ai du m'asseoir par terre. Cette année-là, on sentait une vraie attente du public angevin, une envie forte de voir des films qu'on ne verrait pas forcément ailleurs. »

Avec 75 000 entrées comptabilisées lors de l’édition 2015, l’attente demeure toujours, plus de trente ans plus tard. Quel que soit le profil des cinéphiles qui fréquentent le Centre des Congrès.

crédit photo : Sandrine Jousseaume
crédit photo : Sandrine Jousseaume
L’école de la cinéphilie vue par Premiers Plans
 
« Semer la petite graine de la cinéphilie ». C’est très poétiquement que Véronique Charrat, chargée de l’action culturelle à Premiers Plans, évoque son travail. Cet engagement, notamment tourné vers les jeunes (voir notre article sur l’éducation à l’image), est un marqueur du festival, qui a fait le choix d’employer deux chargées d’action culturelle toute l’année… pour 10 jours d’évènement.  «  Toutes nos actions participent d’une volonté de Premiers Plans et des 400 coups de ramener les jeunes dans les salles de cinéma », confirme Emmanuelle Gibault, chargée du jeune public. « Aujourd’hui, la crainte est que les jeunes désaffectionnent les salles comme les 400 coups à cause de la diversification des écrans ou parce qu’une salle d’arts et d’essai est un univers inconnu. »

Véronique Charrat y voit tout l’intérêt de son action : « Ce qui m’anime dans cette mission, c’est d’emmener les gens voir des films qu’ils ne connaissent pas. Notre travail d’action culturelle, c’est justement d’aller chercher des spectateurs qui n’auraient pas spontanément eu envie de venir au festival. On travaille sur des petits groupes, de manière homéopathique. » Et si Véronique Charrat admet que les spectateurs scolaires « ne viennent pas dans une démarche volontaire », elle positive : « quelques années plus tard, ceux qui reviennent nous voir ont pour la majorité découvert Premiers Plans avec leurs professeurs ». Une école de la cinéphilie à l’angevine.












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