Gaza, l'autre voix de 2 Peuples 2 Etats


Rédigé par - Angers, le 07/08/2014 - 16:26 / modifié le 02/09/2014 - 11:48


Créée à Angers en 2004, au lendemain des « Accords de Genève » qui ont permis pour la première fois à des personnalités politiques et militaires, israéliennes et palestiniennes, d’aboutir à un accord de paix, l'association 2 Peuples 2 Etats (1) ne partage pas les mots d'ordre de mobilisation du collectif angevin de soutien à la Palestine qui appelle de nouveau à manifester samedi. Son président, Marc Zerbib, s'en explique.



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Pourquoi avez-vous choisi de vous tenir à distance de la mobilisation organisée à Angers en soutien à la Palestine ?

"Ce n'est pas la première fois que nous ne nous y joignons pas, mais c'est la première fois que nous l'exprimons. Et je dois reconnaître que cela a provoqué quelques remous. C'est d'abord sur des raisons politiques et, ensuite, j'y reviendrai sur des raisons liées à l'importation du conflit, lesquelles étaient elles-aussi à l'origine même de la création de 2 Peuples 2 Etats."

Les raisons politiques donc ?

"Depuis dix ans, on exprime la volonté et le désir de voir les gouvernements israéliens et palestiniens aboutir à une solution politique. On s'est battu beaucoup autour de ça et j'aimerai commencer par dire que la responsabilité du gouvernement israélien sur cette recherche de solution, on ne la voit pas se dessiner. Il n'y a pas d'avancée, particulièrement ces derniers temps où on a pourtant vu la communauté internationale aller au charbon pour trouver les termes d'un accord. Cela étant dit, la responsabilité du Hamas ne peut pas être dégagée comme cela et ignorée. D'abord parce que si les roquettes qu'il envoie en Israël ne touchent pas leurs cibles, on ne le doit pas au grand cœur du Djihad mais au système de défense israélien..."

C'est l'absence de mise en cause du rôle du Hamas qui vous gêne dans la mobilisation actuelle en France ?

"Il y aurait eu des manifestations pour la paix engageant les deux responsabilités, nous n'aurions pas la même attitude. Mais là, on a vu des rassemblements appelant uniquement à la solidarité pour Gaza. Évidemment, on ne peut pas être insensible à 2000 morts, je comprends bien ça. Mais il y a bien la responsabilité du gouvernement israélien d'un côté, et celle du Hamas de l'autre. Ce différend entre nous et les organisations pro-palestiniennes n'est pas nouveau. Dès que nous avons des discussions sur le sujet avec eux, il y une forme d'atténuation de la responsabilité des Palestiniens globalement. Là où la responsabilité du gouvernement israélien est grande, c'est que Mahmoud Abbas aurait bien besoin d'un accord. Parce que lui, il n'est pas sur les positions du Hamas."

"Ce qui est territorial là-bas, devient religieux ici"

La seconde raison de vos réserves ?

"Pour être allé sur le terrain plusieurs fois - je ne dis pas que je connais à fond la caisse le sujet -, je constate que s'il y a une dimension religieuse indéniable dans la situation entre Israël et la Palestine, elle est liée y compris pour les plus extrémistes des deux camps, à des revendications toujours territoriales. Politiques donc. Pour les fondamentalistes palestiniens, c'est une volonté éradicatrice : qu'il n'y ait plus d'Etat d'Israël et que la terre nous reviennent à nous Palestiniens. Et pour les fondamentalistes israéliens, c'est un Grand Israël, les Palestiniens à la mer etc... Ce n'est pas, "vous êtes musulmans" ou "vous êtes des juifs". Or, ce que je remarque, c'est que dans ce que les gens appellent "l'importation du conflit", ça se métamorphose. Ce qui est violent, territorial là-bas, devient chez nous en France, religieux et, pour parler clairement, un conflit entre juifs et musulmans. Et même lorsque le Président de la République, sans doute à juste titre, convoque les communautés pour apaiser les choses etc... on est en droit de se demander ce que les communautés ont à faire là-dedans."

Comment avez-vous reçu les propos récents du conseiller municipal angevin
Abdel-Rahmène Azzouzi ?

"Cet exemple est assez intéressant. Abdel-Rahmène Azzouzi est un membre éminent du Cerdi (Centre de rencontre et de dialogue interreligieux), un volontaire militant du dialogue interreligieux, quelqu'un dont le parcours mérite vraiment le respect, et pourtant dans le contexte actuel, il a tenu des positions extraordinaires en convoquant l'antisémitisme. Je suis bien convaincu qu'il n'est pas antisémite mais c'est toute sa passion et toute sa culture musulmane qui s'est exprimée. Il y a un fondamentalisme antijuif musulman qui n'a rien à voir avec l'antisémitisme, qui a trait à l'Histoire. Les Juifs, eux, n'ont pas de problème cultuel avec les musulmans mais ils ont, dans leur expérience, la volonté éradicatrice de peuples du Livre dans le monde arabe et, en eux, la peur de la persécution vis à vis des musulmans. Et ça, ça créé des tensions. Particulièrement en France, avec d'un côté des Juifs qui reprochent aux musulmans de vouloir les éradiquer, et des musulmans qui reprochent aux Juifs d'être un peuple fier etc... Il y a cette transformation d'un conflit qu'il ne faut pas nier."

Mais ce conflit est-il vraiment plus prégnant qu'autrefois ?

"Oui, je pense que ça commence à prendre du poids. Je sais bien qu'il y a des casseurs de chaque côté mais il ne faut pas prendre prétexte de l'extrême, pour ne pas regarder ce qui se passe. Cette mutation là devrait interroger les gens sur la question "qu'est-ce que c'est qu'être juif pour un autre ?". Pour moi, c'est un retour du fait juif, prenant prétexte des événements israélo-palestiniens graves, qui n'est pas gommable. C'est plus prégnant aussi parce que les tensions religieuses le sont aussi."

Si on parle maintenant du conflit sur place, comment ne pas sombrer dans le pessimisme ? Qu'est-ce qui vous fait croire qu'une solution équitable et pacifiée est possible entre Israël et la Palestine ?

"Parce que j'en vois pas d'autre. Si non, c'est quoi ? Un seul Etat et donc l'Apartheid, et ce n'est pas tenable. Toute la communauté internationale est convaincue maintenant de la nécessité de deux Etats. Le cessez-le-feu actuel, qui a l'air de vouloir tenir, ne suffit bien entendu pas. Il faut vraiment que la situation s'éclaire d'un point de vue politique, qu'une paix soit signée, que deux Etats soient reconnus."

(1) Proche du mouvement La Paix Maintenant, l’Association regroupe des citoyens de tous horizons politiques et religieux et travaille à rendre compte de la complexité de ce conflit. Elle se mobilise également contre les risques d’importation du conflit et leurs dérives islamophobes et antisémites.




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