Gerontophilia : le défi d’une histoire d’amour atypique


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Mercredi 2 Avril 2014 à 08:22


Différent de ses précédents films (Hustler White ou L.A Zombie, films à caractère pornographique), le canadien Bruce Labruce réalise Gérontophilia, un film qui frappe par sa douceur et sa sensualité sur un sujet complètement assumé : une relation homosexuelle entre un jeune homme et un vieillard. En effet, ce film nous raconte l’histoire de Lake, 18 ans, garçon plutôt ordinaire qui vit avec une mère névrosée et sort avec une fille de son âge, un peu excentrique. Mais il se découvre un penchant de plus en plus fort pour les personnes âgées. Embauché dans une maison de retraite pour l’été, il tombe sous le charme de M. Peabody, un séduisant patient de 82 ans.



Lake (Pier-Gabriel Lajoie) et son amant (Walter Borden) © Epicentre Films
Lake (Pier-Gabriel Lajoie) et son amant (Walter Borden) © Epicentre Films
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C’est une bande sonore où l’on devine le bruit de baisers répétés qui ouvre le film. L’image n’apparaît qu’ensuite dévoilant Lake (Pier-Gabriel Lajoie) et sa petite amie, Désirée (Katie Boland) s’embrassant sans relâche. Entre chaque baiser la jeune fille déclame le nom de femmes célèbres. Dès cette première scène, on perçoit l’excentricité de ce personnage féminin. Puis un travelling suit le héros se déplaçant en skate dans les rues enneigées d’une petite ville canadienne. Près d’un passage piéton, son regard s’attarde longuement sur le vieil homme chargé de sécuriser la traversée. Un long ralenti accompagne ce regard presque attendri.

La beauté angélique de l’acteur Pier-Gabriel Lajoie et sa pureté nous touchent et nous font adhérer à cette histoire immorale sur un thème rarement montré au cinéma. Le spectateur est plus habitué à ce qu’une personne d'un certain âge tombe amoureuse d’une jeune personne comme dans  Lolita de Stanley Kubrick. Dans Gérontophilia, le lien entre Eros et Thanatos n’a jamais été aussi fort. En effet, le jeune Lake découvre sa vraie sexualité en tombant amoureux d’un vieillard et Mr Peabody vit cette dernière liaison sans frein, aggravant fatalement son état de santé.

Gérontophilia est donc un film original, par son sujet et par la façon presque classique de le traiter. Il est parsemé de ralentis le plus souvent présents dans les moments cruciaux ou les plus sensuels. Les scènes à caractère sexuel ne sont pas choquantes, car esquissées et pleines de tendresse.

En plus d’être un film sentimental, Gérontophilia peut être aussi quelques fois cocasse. C’est en sauvant un vieillard de la noyade, que Lake découvre pour la première fois grâce à une excitation bien visible, son fétichisme pour les personnes âgées.

Les différentes musiques de ce film renforcent les moments sans dialogues : comme des notes de piano s’égrènent sur les ralentis, les rendant plus bouleversants.

L’omniprésence du corps esthétise le film, et, telle une œuvre d’art, les contrastes physiques de la vieillesse et de la jeunesse se complètent et forment un tout. Quand Bruce Labruce filme Lake en train de faire la toilette de M.Peabody (Walter Borden), les gros plans sur ses mains sont comme des caresses. La lumière chaude, le ralentit sur ses doigts glissant sur le grain de la peau font de ces plans un moment de douceur et de sensualité. Et le regard de Lake lorsqu’il croque, sur son carnet secret, le corps des vieillards endormis est, lui aussi, plein d’émotion.

Bruce Labruce signe une œuvre sincère, interprétée avec justesse par Pier-Gabriel Lajoie et Walter Borden qui apportent un vent de romantisme dans cette histoire immorale. Les figures féminines (la mère névrosée, la copine « révolutionnaire ») donnent un côté loufoque à ce film d’amour atypique. Chacune réagira d’une façon différente face à cette liaison qui ne les laissera pas indemne. Ce film est avant tout une histoire d’amour, sur la différence. Il nous séduit par son originalité et son romantisme.

Emma














Angers Mag