Gilles Mahé : "Sur le dossier Biopole, il faut se battre collectivement"


Rédigé par - Angers, le 16/10/2014 - 07:51 / modifié le 17/04/2015 - 08:40


En première ligne sur le dossier Biopole, eu égard à son mandat de vice-président de l'agglo en charge des déchets, de 2008 à 2014, Gilles Mahé (Europe écologie les Verts) appelle les élus communautaires à défendre l'intérêt collectif plutôt que de jeter des anathèmes aux uns ou aux autres sur un sujet plus complexe qu'il n'y paraît. "Il va falloir se battre" enjoint l'élu écolo, à la veille d'un conseil communautaire à huis-clos et qui devrait établir la stratégie à venir de l'agglo sur ce dossier sensible.



Gilles Mahé, conseiller communautaire EELV, a été vice-président d'Angers Loire Métropole en charge des déchets de 2008 à 2014.
Gilles Mahé, conseiller communautaire EELV, a été vice-président d'Angers Loire Métropole en charge des déchets de 2008 à 2014.
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Gilles Mahé, votre nom est indissociable de celui de Biopole depuis six ans. Et il est en première ligne ces derniers mois, à l'heure où l'agglo doit se positionner dans le contentieux qui l'oppose au concepteur-constructeur de l'unité (Vinci) et à son exploitant (Véolia). Comment réagissez-vous vis-à-vis de cela ?

"Je crois avoir dit dans un récent conseil communautaire qu'il ne fallait pas jeter le bébé avec l'eau du bain. En tout cas, l'heure est trop importante pour qu'on puisse utiliser ce dossier à des fins politiciennes, ou lancer des anathèmes comme ça a été le cas pendant la dernière campagne municipale. Sur le dossier Biopole, on a stigmatisé l'équipe sortante, en faisant passer le message que la construction de Biopole résultait de choix idéologiques ou faits par-dessus la tête, sous la pression des écolos. Il suffit de reprendre l'ensemble de l'historique et des éléments factuels d'Angers Loire Métropole depuis le début des années 2000 pour être persuadés du contraire. C'est fondamental, car il faut qu'au niveau de la collectivité, nous soyons le plus en cohésion possible : l'intérêt collectif doit absolument primer."

Avez-vous eu l'occasion d'échanger sur le sujet avec le président de l'Agglo, Christophe Béchu ?

"Dès le lendemain de notre défaite, j'ai sollicité un rendez-vous auprès de lui, pour évoquer deux sujets que je portais depuis des années : Biopole et l'Agence locale de l'énergie et du climat (Alec). Je n'ai pas eu de retour. C'est dommage, car j'ai notamment du dossier Biopole une connaissance très intime depuis 2008, et même avant..."

Revenons aux critiques dont vous faites l'objet : vous affirmez bec et ongle, depuis toujours, que le choix de construire Biopole n'était pas dogmatique ?

"Et les faits sont là pour le confirmer. Les racines de l'usine Biopole remonte à 2002 : à l'époque je n'étais qu'élu communautaire dans l'équipe Antonini, et la vice-présidence en charge des déchets était assurée par Philippe Bodard (alors maire de Mûrs-Erigné NDLR). De septembre 2002 à fin 2004, l'agglo -qui s'appuyait sur les travaux d'un comité de pilotage dont je faisais partie, ainsi, qu'entre autres, Christophe Béchu- était encore sur le principe du tout-incinération, en matière de traitement des déchets. La décision avait été prise le 13 septembre 2004 de construire une nouvelle usine d'incinération -en remplacement de celle de la Roseraie- sur le parc d'activités de Saint-Barthélémy. Lors du même conseil, le président de l'agglo, Jean-Claude Antonini avait souhaité la création d'un nouveau comité de pilotage pour poursuivre la réflexion sur d'autres modes de traitement des déchets."
 

"Toute innovation présente un risque"

Quand a été évoquée, pour la première fois, l'hypothèse du tri mécano-biologique ?

"Plus d'un an plus tard, le 10 novembre 2005. Devant les mobilisations monstres d'opposition à l'usine d'incinération, réunies autour du collectif Incinerator, et l'impossibilité pour la maire de Saint-Barthélémy de mettre à disposition le site, l'agglo a proposé en juillet 2005 d'élargir les possibilités de scénario pour le traitement des déchets. Le comité de pilotage créé à l'automne 2004 a balayé de nombreuses hypothèses, issues des expériences menées en France et en Europe. Lorsque la technique de tri mécano-biologique (futur Biopole NDLR) a été présentée au conseil communautaire, il n'y a eu aucune opposition au projet. Seulement une abstention et quatre conseillers qui n'ont pas pris part au vote, parmi lesquels Laurent Gérault (UDI). C'est d'ailleurs le seul qui peut se lever aujourd'hui et dire : "Je vous l'avais dit !"

Quels retours aviez-vous sur cette technique fin 2005 ? Cela représentait tout de même un risque ?

"Mais un risque lié à toute innovation ! Jean-Claude Antonini l'avait rappelé à plusieurs reprises à l'époque. Nous n'avions pas encore de retours sur l'efficience de ce choix technologique. La plus vieille unité de ce type se trouvait à Amiens. Une autre démarrait à Montpellier et deux autres se construisaient à Lille et Calais. Notre projet a suivi son cours, bien accueilli par l'ensemble des acteurs du territoire, jusqu'à l'attribution du marché à la Sodemel, pour la maîtrise d'ouvrage, le 14 septembre 2006."

A ce moment-là, le nom du concepteur-constructeur du futur Biopole -en l'occurrence Vinci- est déjà connu ?

"Oui, il a été choisi à l'issue d'un dialogue compétitif. L'un des reproches qui nous est fait aujourd'hui est d'avoir dissocié le contrat de conception-construction de celui de l'exploitation. C'est vrai que ça aurait mis l'entreprise choisie face à ses contradictions et que ce serait sans doute plus simple aujourd'hui, mais c'est toujours plus facile de l'analyser a posteriori..."

"Faire autrement ou mieux ? Je ne vois pas"

Avez-vous aujourd'hui des regrets par rapport à des décisions que vous auriez prises durant cette période ?

"Lorsque j'ai pris mes responsabilités à la vice-présidence de l'agglo, le projet était déjà parti. Et honnêtement, depuis, je ne vois pas ce que j'aurais pu faire autrement ou mieux. Surtout, avec le président de l'Agglo, nous avons toujours fait preuve d'une grande transparence, tant dans la phase de chantier qu'après la mise en service du Biopole, quand les niveaux de performance de correspondaient pas à ce que l'on en attendait."

Tout de même, le référé de Véolia, l'exploitant, s'engouffre dans une faille juridique ?

"C'est vrai. Il y a trois phases dans le démarrage de l'exploitation. La première est la mise en service industrielle du site, qui correspond à la montée en charge et en puissance de l'unité, afin qu'elle atteigne les performances pour lesquelles Vinci nous a vendu son usine. La seconde est la phase probatoire, dans laquelle on confirme sur une certaine durée les niveaux de performance. Et sur demande de Vinci, nous avons forcé les choses pour passer dans cette phase, alors que les niveaux de performance attendus n'étaient pas atteints. C'est là que s'est engouffrée la filiale de Véolia qui exploite le Biopole pour poser son référé."

Pourquoi avoir franchi cette phase ?

"Parce qu'il y a très peu de différence entre la première et la deuxième phase. La phase décisive, c'est celle de la réception. Et celle-ci, nous ne l'avons jamais franchie. Toujours est-il que Véolia a déposé un référé en juillet 2012, et que l'expert judiciaire a rendu son rapport en juillet 2014."

"Valoriser la matière a du sens"

Vous avez eu connaissance de ce rapport ? Christophe Béchu a déclaré lors du conseil communautaire de septembre qu'il n'était "plutôt pas défavorable à l'Agglo"...

"J'en prendrai connaissance lors du conseil à huis-clos de vendredi soir. Mais s'il confirme, dans la répartition de la responsabilité entre l'Agglo, Véolia et Vinci, le pré-rapport qui m'avait été destiné lorsque j'étais encore vice-président, je serai encore plus persuadé que l'Agglo doit se battre, notamment sur le terrain judiciaire, pour défendre ses intérêts légitimes. Si c'est le sens que Christophe Béchu donne à cette réunion, je l'appuierai de toute ma conviction. Lors de ma dernière intervention devant l'Ademe en tant qu'élu en charge des déchets, j'avais dit ma colère et ma déception devant les résultats du Biopole. Soit le process fait la démonstration de son efficacité, soit on constate qu'il induit un coût d'exploitation tel que vous ne pouvez décemment pas le vendre à des collectivités."

Avec un peu de recul, vous croyez toujours au Biopole ?

"Il y a plein de choses à revoir, il faut certainement plus de moyens, mais l'unité peut fonctionner. Et elle fonctionne ! Sur les parties méthanisation et production d'électricité, les niveaux de performance sont atteints. La partie en amont, de tri des déchets, fonctionne également, mais il faut revoir les nuisances qui y sont liées et le fait qu'elle génère beaucoup plus de refus qu'attendu. Le gros point noir, c'est le compost. Ça ne fonctionne pas et c'est cet échec qui fait aussi augmenter le coût d'exploitation."

Le tri mécano-biologique a donc encore un avenir, selon vous ?

"Aujourd'hui il y a une majorité d'opposants à cette technique. Mais personne ne veut non plus de centres d'enfouissement ou d'usines d'incinérations. A partir de là, quand on est aux responsabilités, on en fait quoi des ordures ménagères ? On peut agir sur les bonnes pratiques, ce que nous avons fait durant six ans en réduisant de 10 000 T/an les déchets sur l'agglo. Mais sur le reste, je suis persuadé que nous avons fait le bon choix en se dotant d'un outil de valorisation de la matière. Avec cette usine, on était dans le sens du Grenelle. J'y crois encore."

Lire aussi sur le sujet :

"Biopole : une "erreur" qui agite encore et toujours l'agglo" (09/09/2014)
"Biopole : un bras de fer négocié qui pourrait coûter cher ?" (17/06/2014)




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