Grand théâtre : sous les ors, les ombres singulières


Rédigé par - Angers, le Mercredi 21 Décembre 2016 à 08:00


C’est l’un des monuments les plus emblématiques d’Angers : mais au fond, les Angevins connaissent-ils si bien leur théâtre et ses coulisses, une fois le rideau baissé ? Pas si sûr…



A 17 mètres au-dessus du sol, le gril et son plancher à claire-voie surplombent la cage de scène.
A 17 mètres au-dessus du sol, le gril et son plancher à claire-voie surplombent la cage de scène.
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C’est une petite artère angevine, coincée entre la rue Saint-Julien et la congestion automobile du carrefour Rameau. Baptisé en hommage au journaliste et écrivain Louis-René de Romain, fondateur de l’Association artistique des concerts populaires, la rue dessert quelques pépites historiques angevines, parmi lesquels la façade de l’Hôtel Continental ou l’ancien entrée du cinéma Le Palace.

Elle cache, aussi et surtout, l’Entrée des Artistes du Grand Théatre d’Angers. Une porte vitrée, discrète, bien loin du clinquant de la façade d’apparat, qui plonge sur la Place du Ralliement. Du Grand Théâtre d’Angers, les autochtones connaissent souvent le hall d’exposition, la salle principale, ses balcons et les fauteuils rouges où ils assistent, de temps à autres, aux spectacles qui s’y donnent tout au long de l’année. Et puis la scène, bien sûr, et son plancher noir, qui voit passer les musiciens de l’ONPL, les tournées Baret ou les plus grands espoirs des planches françaises, lors du Concours des Compagnies du Festival d’Anjou. Bref, l’endroit du décor.

Mais savent-ils seulement que son envers couvre peu ou prou la même surface. En un mot comme en cent, on appelle ça les coulisses, une sorte de labyrinthe sans fin, pour qui s’y faufile pour la première fois. « En fait, c’est assez simple, plus que le théâtre Le Quai, par exemple », assure Jean-Yves Le Dû, régisseur général des lieux, 27 ans de maison. « Il y a des couloirs, tous alignés les uns au-dessus des autres, et les coursives, de la même façon ».
De La Rotonde, quelques pas suffisent à rejoindre les toits du Grand théâtre : ce sont Mary Poppins et Les Aristochats qui se rejouent alors, le profil des immeubles se découpant dans la nuit.

Dit comme ça… Ce qui frappe de suite lorsque l’on passe les portes de l’entrée des artistes, c’est que le lieu respire les arts, jusque dans ses recoins les plus sombres. Sur chaque mur, du sous-sol au plafond, des affiches ou photographies retracent la grande et la petite histoire des comédiens, chanteurs, musiciens et artistes de tout crin qui se sont produits ici.

La Rotonde : c’est là où, jusqu’au début du XXe siècle, sévissaient les décorateurs du théâtre. Le nom de certains d’entre eux est gravé sur le mur circulaire de l’enceinte.
La Rotonde : c’est là où, jusqu’au début du XXe siècle, sévissaient les décorateurs du théâtre. Le nom de certains d’entre eux est gravé sur le mur circulaire de l’enceinte.
Le Grand Théâtre, depuis près de 150 ans et sa reconstruction après un incendie ravageur en 1865, est avant tout un lieu de culture. Et les quelque 40 personnels municipaux qui y fourmillent chaque jour sont là, au service de ceux qui la servent. Certes les métiers de théâtre ont changé, certaines professions ont disparu et la plus grande qualité des équipes techniques réside aujourd’hui dans leur polyvalence et leur capacité d’adaptation aux contraintes qui leur sont posées. Ils sont agents municipaux, mais parlent la même langue que les artistes qu’ils accueillent. « Eux veulent quelque chose de fonctionnel et de tranquille », assure Jean-Yves Le Dû. La visite des deux loges « Prestige » vient ponctuer le propos : un espace privatif sans ors ni chichis, qui donnent sur la rue Louis de Romain.

En coulisses, chaque espace est utilisé, à chaque étage, du sous-sol au 17 mètres de plafond de la structure, là où le gril et son plancher à claire-voie surplombent la cage de scène. A l’étage au-dessous, sur la passerelle de commandes, des leviers rouge reliés à des contrepoids servent à actionner les éléments de décor. Tout près du ciel, c’est la partie immergée de l’iceberg, l’ombre, celle qui plonge les artistes dans la lumière.

D’autres arcanes de ce Grand théâtre ont plus trait à son histoire et à sa singularité. Tout en haut de la façade qui donne sur la place du Ralliement, la Coupole abrite une grande salle de répétition, plus guère usitée, mais très utile lors des Accroche-Cœurs. La nuit tombée, ses hublots offrent un regard imprenable sur la cathédrale illuminée. D’ici, toujours sous la lumière sélène, quelques pas suffisent à rejoindre les toits du Grand théâtre : ce sont Mary Poppins et Les Aristochats qui se rejouent alors, le profil des immeubles se découpant dans la nuit.

Direction La Rotonde, tout en haut : c’est là où, jusqu’au début du XXe siècle, sévissaient les décorateurs du théâtre. Le nom de certains d’entre eux est gravé sur le mur circulaire de l’enceinte. Quand les moindres recoins parlent, ils disent aussi le théâtre d’avant, celui des accessoiristes. Au cœur des coulisses, deux réserves témoignent de leur existence, qui regroupent mousquets, hallebardes bustes ou tableaux pour l’une, chaises, fauteuils et mobiliers pour l’autre. « Seules les compagnies qui connaissent leur existence s’en servent parfois », concède Jean-Yves Le Dû dans un sourire.

Lui et tous ceux qui peuplent le théâtre, en coulisses, de 7 h du matin à la nuit pleine sont ici « à la maison », du quai de déchargement des décors au vertige du poulailler, en passant par le foyer et sa rosace centrale, à l’écho parfait. Ils leur arrivent parfois encore, une fois les fauteuils vides, de lever les yeux au ciel, jusqu’au lustre central et à la coupole qui l’accueille, l’œuvre d’un certain Jules-Edouard Lenepveu. Une fresque qui représente les quatre éléments : l’eau, l’air, la terre, le feu. Au faîte de ce lieu de culture singulier.





Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par Pascal le 21/12/2016 08:55 (depuis mobile) | Alerter
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Beau reportage sur un monument patrimonial de notre ville. Il s'est peut-être glissé une erreur, le cinéma qui était proche du théâtre, s'appelait " Le Palace' et non le "Colisée".








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