« Grande – est une œuvre à compléter »


Rédigé par - Angers, le Samedi 15 Octobre 2016 à 08:00


Vimala Pons et Tsirihaka Harrivel, inclassables artistes du cirque, créent leur spectacle Grande- au Quai, les 17, 18 et 19 octobre, après un long travail de résidence.



Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons créeront "Grande-", au Quai, lundi 17 octobre. Crédit photo : Olivier Marty
Tsirihaka Harrivel et Vimala Pons créeront "Grande-", au Quai, lundi 17 octobre. Crédit photo : Olivier Marty
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A quel spectacle s’attendre avec Grande- : peut-on le situer entre le cirque et le music-hall ?
 
Tsirihaka Harrivel : "Le cirque, c’est l’art qui bat la mesure, et on a eu très envie de s’y atteler vraiment. On a commencé tout ce travail par la musique de cirque, qui est une musique descriptive, qui accompagne tout ce qui est au plateau. Le tube du cirque, c’est le roulement de tambour, et on a voulu surfer sur cette notion ultra spécifique : souvent dans la danse traditionnelle, les danseurs suivent la musique ; là c’est la musique qui suit ce qui se passe, arrangée par l’espace, les actes physiques.
On a rapproché cela du music-hall, parce que l’on fait aussi de la musique. Historiquement, la musique et le music-hall sont vraiment frères et sont nés en même temps, le music-hall acceptant beaucoup plus de choses que le cirque. Et ça nous intéressait de faire le grand écart entre des grandes attractions comme les casse-cous et les petites attractions comme Carl Bagessen, qui ne faisait que casser des assiettes."
 
Comment se passe le travail à deux ? Y’a-t-il une forme d’évidence, chaque fois où vous vous retrouvez ?
 
T.H : « Il y a toujours un gros travail d’organisation. Le socle, c’est un chaos organisé pour le plaisir des sens, une sorte de définition du cirque.
On sent qu’on a des centres d’intérêts qui sont multiples et du coup quand on se retrouve à deux, c’est comme si on venait avec un butin. Tout le travail, cette organisation, c’est en fait la manière de pouvoir restituer cela. Et non, ça n’est pas une évidence. Je dirai même que plus on avance, moins c’est une évidence. Mais en même temps, au fond on a quelque chose qui est dur comme du granit dans nos convictions par rapport au cirque, à l’art, à nos vies."
 
Qu’est-ce qui vous plaît l’un chez l’autre ?
 
Vimala Pons : "J’ai pas envie d’intellectualiser ça, parce que ça risque de ne plus me plaire ensuite... (long temps de réflexion). C’est dur comme question... Ton tronc, j’aime ton tronc, même si c’est une phrase empruntée au superbe compositeur Jacques Rebotier, c’est vrai : j’aime ton tronc."
T.H : "On est vachement complémentaires. On ne vient pas du même milieu."
V.P : "C’est vrai, moi j’ai plein de fric."
T.H : "Et moi je viens de la rue (rires). Plus sérieusement, nous n’avons pas du tout les mêmes influences, ni la même origine artistique, mais nos intuitions se rencontrent assez naturellement."
 
Y’a-t-il une part d’improvisation dans votre travail ?
 
T.H : "Pas du tout. Tout est extrêmement écrit, parce qu’il y a pas mal de dangers. Et c’est peut-être cela le rapprochement avec le précédent spectacle : ce sont des rythmes souvent rapides et assez millimétrés."

Dans quel état d’esprit êtes-vous alors que se présente la dernière « ligne droite » avant la création ?
 
V.P : "Angoissée. C’est affreux. Là, ça va pas du tout. Mais bon, on n’a pas le choix. On a commencé l’écriture dès le mois de janvier de cette année, en écrivant la musique avant d’écrire les actes, ce qui est assez étonnant. Puis on a écrit des actes, qui ont trouvé une espèce d’écrin dans lequel s’inscrire : celui de la revue. Du coup il a fallu réécrire la musique par rapport à cela, puis réécrire les actes, puis l’écrin. C’est une sorte de cercle j’espère vertueux, de couches : tu peins, puis repeins, puis repeins. On est encore dans cet instant où on a le nez dans la toile."
 
A quoi sert le travail de résidence final, au Quai ?
 
V.P : "La résidence à Angers nous permet d’arriver à prendre les cinq pas de recul pour voir ce que le spectacle peut donner dans son ensemble. Le spectacle est plus ou moins écrit, mais c’est un texte à trous. Selon les séquences, l’état d’avancement de l’écriture est très différent. La résidence, c’est un travail de précision sur les séquences que l’on a un peu délaissées, un travail particulier sur les morceaux de cette grande fresque. On les travaille un par un, puis on enchaîne les séquences, en accélérant le processus pour au final avoir l’ensemble de la face d’une cassette audio.
Ce qui est difficile par rapport à d’autres formes de spectacles, c’est que nous avons finalement quatre spectacles à inclure dans la mémoire, entre le conduite technique, celle des actes, celle du son et la lumière. Il faut que l’on superpose ces couches-là dans notre mémoire interne, car notre seule aide extérieure est une amplification du son.
Mais c’est ce qui est intéressant : tout ce qu’on n’est pas capable de faire, on ne le fait pas. C’est une limite artistique à explorer. L’essentiel est que nous avons essayé de remplir les choix que nous avons faits de vitalité, de férocité et d’humour."
 
L’humour, c’est une composante essentielle de votre travail ?
 
V.P : "Le spectacle est très triste, donc on espère qu’il a de l’humour. En tout cas on a fait une grosse recherche sur ça. J’aime bien la formule d’André Breton qui dit que l’humour (noir NDLR) est « la révolte supérieure de l’esprit ». On a fait la chasse à l’absurde, au burlesque, en se décollant de tout ce qui nous englue dans la vie."
 
Qu’aimeriez-vous que l’on dise de Grande- une fois sorti ?
 
V.P : "Les spectacles qui me touchent ne sont pas forcément ceux que je préfère en allant les voir en direct, mais ceux qui font œuvre en moi ensuite. C’est beau quand ça t’aide à vivre après, quand l’idée dépasse le seul spectacle."
 
Est-ce à dire aussi que le spectateur est impliqué dans ce spectacle ?
 
T.H : "D’une certaine manière, oui, même s’il ne s’agit pas d’un spectacle collaboratif. Le tiret qui suit le titre Grande à une signification : c’est un titre à compléter. La forme du music-hall, c’est la revue. Aujourd’hui, on connaît plus les grandes revues, mais à la base, les revues étaient des revues d’actualité. On y fait des listes, des inventaires, et comme toute liste est incomplète, notre titre l’est aussi, pour inviter les spectateurs à compléter le poème qu’on leur livre. Ça n’est pas une œuvre inachevée, mais une œuvre à compléter."

Repères

A 30 ans, Vimala Pons a été formé aussi bien au Cours Florent, qu’au Centre national des arts du cirque. Artiste de cirque et comédienne, elle a notamment créé au sein du collectif Ivan Mosjoukine, « Notes on the circus », donné au Quai en 2013.
Au cinéma, on l’a récemment vu dans « Comme un avion », de Denis Podalydès, « Elle », de Paul Verhoeven ou « La Loi de la jungle », d’Antonin Peretjatko.
 
Tsirihaka Harrivel est né à Madagascar. Formé à l’Ecole nationale des arts du cirque (Enarc), il fait partie, avec Vimala Pons, du collectif Ivan Mosjoukine. En octobre 2015, il présente lors de Nuit Blanche à Paris, "All Night Revue : Revue 1 à 6", une performance en boucle dans les dépôts SNCF de la Chapelle, toujours avec Vimala Pons. Tsirihaka Harrivel a également participé à des projets de Christophe Huysman, Mathurin Bolze et Dominique Dupuy.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur




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