Grégory Blanc (PS) : « Il faut revaloriser l’engagement politique »


Rédigé par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Angers, le 23/10/2014 - 08:19 / modifié le 22/12/2014 - 11:00


Elu –un peu par surprise- il y a deux ans à la tête de la Fédération socialiste de Maine-et-Loire, Grégory Blanc place le rassemblement de la gauche sur des idées communes comme la priorité de son mandat. Si le discours est (trop) bien rôdé, la conviction semble profonde. Rencontre avec un militant « acteur ».



Grégory Blanc, premier secrétaire fédéral du Parti socialiste depuis l'automne 2012, a fait son entrée au Bureau national du PS.
Grégory Blanc, premier secrétaire fédéral du Parti socialiste depuis l'automne 2012, a fait son entrée au Bureau national du PS.
la rédaction vous conseille
Commençons pas une actualité individuelle et politique : vous venez d’être nommé au Bureau national du Parti socialiste. Comment interprétez-vous cette nomination ?

« Comme une reconnaissance du travail effectué avec les adhérents depuis deux ans et mon élection à la tête de la Fédération. Cette entrée au Bureau national, en lieu et place de Matthias Fekl (secrétaire d’Etat au commerce extérieur depuis le 4 septembre NDLR), est tout de même significative : c’est la première fois dans toute l’histoire du PS 49 qu’un de ses membres siège au sein de cette instance. Ça veut aussi dire que, dans un parti parfois un peu cloisonné par ses débats de sensibilité, les choses bougent. Je porterai la voix d’une rénovation nécessaire des idées et des pratiques du PS. De ce point de vue, au-delà de l’accès à des ressources qui peuvent être utiles au territoire, ma nomination donne plus de force au combat qui est le mien. » (1)

Justement, quel est le sens de ce combat depuis deux ans ?

« Je n’ai pas été élu à la tête de la fédération en faisant une campagne de couloirs, mais en allant frapper à la porte des militants, sur le terrain. Le Parti socialiste, au niveau local et national, a eu trop tendance à être supporter, et pas acteur du territoire. Pendant dix ans, on a vécu avec facilité sur les vagues électorales successives, sans avoir trop besoin de savoir ce qu’était qu’être socialiste puisqu’il suffisait d’être contre la droite. C’est un peu court… Il faut remédier à cela en revisitant et en revalorisant le sens de l’engagement et pas seulement politique. Je suis dans une commune où 40% des foyers fiscaux gagnent moins de 15 000€ par an. Comment fait-on en sorte d’amener les membres de ces foyers à prendre réellement des responsabilités dans le vivier associatif ? Aujourd’hui, il faut mener un travail de fond tout en étant au pouvoir, dans un contexte de rapprochement entre la droite dure et l’extrême droite. Avec les Veilleurs, on a vu qu’on avait un mouvement puissant de rénovation idéologique autour de l’intégrisme catholique, avec des connexions qui s’opéraient autour de l’intégrisme musulman, pour apporter une idéologie clé en main à des partis républicains qui ne vont pas bien. »

"C'est une droite dure qui est au pouvoir à Angers"

Grégory Blanc (PS) : « Il faut revaloriser l’engagement politique »
C’est aussi vrai au niveau local, et plus spécifiquement pour Angers ?

« Mon souci premier, c’est que l’on travaille sur un projet qui nous rassemble. Pas uniquement pour répondre à des échéances électorales, mais aussi parce qu’une droite dure est arrivée dans les locaux de la mairie d’Angers. »

Pour vous, c’est une droite dure qui est au pouvoir à Angers ?

« Ce n’est pas une municipalité centriste, la mairie d’Angers. A l’intérieur de l’équipe municipale de Christophe Béchu, manifestement, il y a des éléments qui proviennent de le droite dure, des boutinistes (du nom de Christine Boutin, la fondatrice du Parti Chrétien Démocrate, NDLR)) avec des responsabilités importantes. Il y a des gens qui ont participé très activement à la Manif pour Tous et contribuent à remettre en cause le récit républicain. Et face à cela, au niveau national comme local, oui, certains commencent à comprendre qu’il faut se rassembler. Et pas que les socialistes mais tous ceux qui se reconnaissent dans le progressisme. »

C’est quoi être progressiste pour vous ?

« C’est vouloir travailler à la transformation sociale, penser que la solidarité dans les quartiers, c’est quelque chose d’important. Les progressistes, ce sont tous ceux qui considèrent que l’éducation est une priorité, que la culture n’est pas accessoire. Etre de gauche, c’est simple, c’est permettre l’émancipation : rien n’est écrit dès la naissance, valoriser le mérite et le travail, en luttant contre la rente et le conservatisme… »

"Qu'est-ce qu'on veut pour le territoire ?"

Ces grands principes sont-ils encore d’actualité, alors même qu’à gauche, on conteste la légitimité du PS à les porter ?

« Je suis prêt à discuter avec tout le monde. Lors des dernières élections municipales à Angers, j’avais des amis autour de Jean-Luc Rotureau, d’autres réunis autour de Frédéric Béatse : mais ils étaient tous militants dans les mêmes associations ! On ne construit rien sur des haines recuites. Dans un contexte où le PS fait de moins en moins de voix à mesure que les élections passent, il est indispensable de dépasser des moments qui ont été tendus. Mais c’est une petite musique qui commence à porter. »

N’est-ce pas un vœu pieu ? Une ligne jaune n’a-t-elle pas été franchie durant les élections ?

« Je vous ferai juste remarquer qu’après les dernières échéances électorales, le groupe de gauche n’a pas explosé au Conseil général… Ensuite, le réel échec de la gauche aux municipales, ça a été notre incapacité à porter un vrai projet d’agglomération, notamment sur la question des finances. Il y avait bien sûr un enjeu central sur Angers, mais dans un contexte national compliqué, on a eu tendance à organiser la réflexion à l’échelle de la commune, à un moment où l'agglomération a pris encore plus de poids encore. »

Avec du recul, comment expliquez-vous la lourde défaite de la gauche sur Angers ?

« Ça ne peut se résumer à une question de pédagogie. Il y a plusieurs éléments. Une problématique nationale, une division des socialistes au niveau local, et au sujet de laquelle il faut regarder ce qui s’est passé depuis 2008 (il cite La Rochefoucauld : « Les querelles ne dureraient pas longtemps, si les torts n’étaient que d’un côté »…). Et enfin, malgré une politique cohérente, une carence d’ancrage dans les quartiers. On en revient à la question des militants pas assez acteurs. » Mais encore une fois, on travaille, on avance. Devant nous, il y a un mur, et si l’on n’est pas en capacité de le franchir, on va vers des difficultés qui vont au-delà des petites ambitions des uns et des autres. »

Votre volonté de rassemblement doit s’accompagner d’un travail sur les idées ?

« Evidemment, nous travaillons sur le fond : qu’est-ce qu’on veut pour notre territoire. La priorité n°1, c’est l’emploi et le développement pour lesquels nous avons livré 30 propositions il y a un an. Nous sommes en train de finaliser le même travail sur l’enfance et la jeunesse. Notre objectif est de maintenir un investissement fort, mais utile économiquement et socialement. Ça veut dire dans le domaine des transports, des infrastructures, du logement, du numérique. Une collectivité n’est pas là pour subventionner les entreprises mais pour favoriser l’attractivité du territoire. De ce point de vue, je ne comprends pas que le Conseil général ne mette pas un rond dans la fibre optique, alors qu’il remet de l’argent dans Terra Botanica… »

"Je briguerai un second mandat de secrétaire fédéral"

Le Conseil général, justement, où vous siégez en tant qu’élu de l’opposition, a vécu un changement de présidence (Christian Gillet – UDI- a succédé à Christophe Béchu – UMP). Comment l’appréhendez-vous ?

« J’ai apprécié son désir de clarté sur les chiffres de Terra Botanica, même si je reste persuadé qu’il faut redimensionner le parc en fonction de son nombre d’entrées. Et qu’il n’est pas absolument pas une priorité pour le Conseil général. Nous allons voir les semaines à venir, mais je souhaite que Christian Gillet donne plus de place aux élus de l’opposition, ce qui n’est absolument plus le cas depuis 2008, date à laquelle Christophe Béchu s’est totalement refermé sur un cercle restreint. Ça veut aussi dire que le Conseil général doit se mettre en situation de travailler avec tout le monde, pour préparer l’avenir. »

Mais est-ce que l’avenir se joue dans les Conseil généraux quand François Hollande et Manuel Valls plaident pour leur disparition ?

« Ils ont dit que là où il y avait des métropoles, les départements avaient vocation a être supprimés. Pas dans les territoires ruraux. En Anjou, on est dans l’entre-deux, il faut donc un débat pour savoir ce qui va être le plus efficace et voir notamment si les agglomérations sont prêtes ou non à se saisir des compétences du département. Je n’ai pas de religion sur le sujet. »

Revenons au domaine des idées. Etes-vous en accord avec la politique menée par Manuel Valls ?

« Je suis en tout cas en désaccord total avec ce que font les « frondeurs », qui expriment des idées sur lesquelles on peut discuter, mais quand on fait partie d’un groupe, on en respecte les règles. D’une manière plus générale, je pense comme Manuel Valls que le redressement des comptes publics est une priorité absolue, mais qu’il ne peut être l’alpha et l’oméga d’un programme. »

Quelles sont vos ambitions politiques pour les mois et années à venir ?

« Quand on est engagé, dire qu’on n’a pas d’ambition, c’est mentir. Après, se projeter dans telle ou telle fonction, c’est présomptueux ou casse-cou, surtout dans cette période difficile pour les socialistes. Je n’ai jamais fait mystère de ma volonté de briguer un second mandat de secrétaire fédéral, car je considère qu’il faut deux mandats pour mener à bien la rénovation engagée en 2012. Mais depuis mon entrée en fonction, je prépare ma succession… »

… Comme Marc Goua prépare la sienne à la mairie de Trélazé et sur sa circonscription ?

« Ça n’est pas le moment. La question à Trélazé est de savoir comment on fait, avec un grand maire, pour réussir ce mandat, consolider tout ce qui a été mis en place. Avec 40 % de logements sociaux, la ville joue le jeu de la solidarité, mais cette solidarité ne peut pas être payée par les seuls Trélazéens. La priorité, c’est la mutation du site ardoisier, Adhéneo, bref, l’ancrage sur le territoire. »

(1) À côté du Conseil national, le bureau national du Parti socialiste assure la direction du mouvement. Il est composé de 54 membres élus au prorata des motions votées lors du congrès national du PS, et de 18 membres désignés parmi les secrétaires fédéraux, comme Grégory Blanc donc.

Bio Express

1980. Naissance le 1er décembre à Angers.
1986. Départ d’Angers vers Châteauneuf-sur-Sarthe.
1994. Retour à la Roseraie dans le sillage du papa, concierge au collège Jean Vilar.
1998. Bac ES au lycée David d’Angers. Commence à travailler comme surveillant en collège et lycée. Adhère au PS, le jour de ses 18 ans, et au SGEN-CFDT.
2005. DEA de régulations sociales. Ingénieur de recherche dans une PME.
2007. Devient conseiller général du canton d’Angers-Trélazé.
2008. Entre au conseil municipal de Trélazé dont il est toujours le 1er adjoint.
2012. Elu 1er secrétaire fédéral du Parti Socialiste de Maine-et-Loire
2014. Entre au bureau national du PS.









1.Posté par GUERIN le 23/10/2014 12:40 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Basé sur l’analyse d’informations fiables. Mon avis a pour premier objet de questionner chacun sur la représentation qui est aujourd’hui faite par Grégory BLANC, représentation qui relève d’une vision réductrice, aveugle à la finesse d’analyse, à l’intelligence et à l’innovation de Christophe BECHU, qui se démarque d’ores et déjà de la bouffonnerie du PS.
Cette représentation idéologique de BLANC constitue aussi un déni de la réalité et de la gravité de la menace qu'un parvenu inutile - utili...

2.Posté par FERNAND NAUDIN le 24/10/2014 06:57 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
En résumé , rien de nouveau de ce coté la non plus .Encore et encore une histoire de "pédagogie ".
Le mépris du réel et la suffisance sont a l ' oeuvre .

3.Posté par iroq le 25/10/2014 11:36 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Pour Angers et le département du Maine-et-Loire, la possible suppression ou la perte de compétences du Conseil général en matière de développement économique n'est pas une bonne nouvelle. Recentrer toutes les compétences économiques au sein de la Région, c'est-à-dire à Nantes, ne permettra plus d'avoir les mains libres pour développer notre territoire. Ainsi, la Région veut imposer son aéroport à NDDL alors que les habitants et entreprises de quatre départements de la région (Maine-et-Loire, ...

4.Posté par Daniel Fleury le 25/10/2014 14:30 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
"Revaloriser l'engagement politique". Dans la bouche d'un militant ça sonnerait comme un appel à s'engager pour défendre des idées et promouvoir l'humain contre l'économie prédatrice... Mais là, ça sonne comme une revendication de politique professionnel, au moment où la machine à fabriquer des carrières politiques de la rue de Solférino tombe en panne. Comment penser revaloriser le politique quand quelques mois après les élections européennes, droite et sociaux démocrates se partagent les po...

5.Posté par Plusdeprécisions le 29/10/2014 10:17 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Pour GUERIN :
quand vous parlez de l'innovation de BECHU, on attend toujours. Quant à sa finesse d'analyse et son intelligence, elle a été fatale au département qui se trouve lourdement endetté grâce à son oeuvre. Mais on est sans doute endetté intelligemment et finement, avec innovation.















Angers Mag











Angers Mag : Au comptoir de Mathilde... et de Catherine: Depuis la fin du mois d'octobre, la rue... https://t.co/wkV9xA1N3F https://t.co/6yuEQFFF5o
Mercredi 7 Décembre - 08:00
Angers Mag : A l’Ecole démocratique, on fait ce qu’on veut… ou presque: Basée sur la liberté... https://t.co/j0ywJZAzgI https://t.co/jEK0S9wvGs
Mercredi 7 Décembre - 07:31
Angers Mag : RT @LeQuai: N'oubliez pas d'aller voir #AdishatzAdieu ce soir. Vous nous remercierez demain. #Theatre #JonathanCapdevielle #Angers RESA 02…
Mardi 6 Décembre - 13:55
Angers Mag : A Angers, Montessori a pris racines: Porté par des éducateurs convaincus, les méthodes... https://t.co/bXNDdgyLpz https://t.co/nar3Qs6vye
Mardi 6 Décembre - 07:30



cookieassistant.com