Guerre syndicale ou vrai malaise chez les policiers d'Angers ?


Rédigé par - Angers, le 20/11/2012 - 22:00 / modifié le 21/11/2012 - 09:46


Un policier angevin, responsable syndical, vient de porter plainte contre X pour injure, diffamation et harcèlement moral. Un épisode de plus dans la lutte fratricide que se livrent les deux principales organisations professionnelles de la police sur Angers. Mis en cause, le directeur départemental de la sécurité publique relativise le "malaise".



Les deux principaux responsables du syndicat SGP Fo Police - Benoît Renault (à gauche) et Philippe Boussion, qui a porté plainte - dénoncent l'absence de dialogue social au sein de la police à Angers
Les deux principaux responsables du syndicat SGP Fo Police - Benoît Renault (à gauche) et Philippe Boussion, qui a porté plainte - dénoncent l'absence de dialogue social au sein de la police à Angers
Au sein des services de police à Angers, la concurrence syndicale a pris, depuis des années, la forme d'une bataille acharnée dont les médias locaux, régulièrement pris à témoin, se font tant bien que mal le relais. Pas simple en effet d'y voir clair dans un milieu professionnel où la discrétion est érigée, assez naturellement, en règle d'or.

Un fait est acquis : les deux principales organisations professionnelles - Unité SGP Police (liée à Force Ouvrière) d'un côté, Alliance Police Nationale (liée à la CFE-CGC) de l'autre - se détestent cordialement. Pour ne pas dire qu'elle se détestent tout court. Majoritaire, la première reproche souvent à la seconde sa proximité avec le pouvoir politique et la hiérarchie, quand la seconde dénonce régulièrement l'activisme de la première.

Ce mardi après-midi, le différend syndical a pris une autre tournure que la rituelle bataille de communiqués de presse. Responsable local de SGP Police, Philippe Boussion est allé porté plainte contre X pour injures, diffamation et harcèlement moral au tribunal de grande instance d'Angers. Contre X, ça signifie un peu contre personne. Mais aux journalistes, l'intéressé n'a pas fait mystère de ceux qu'il visait à travers sa démarche, sans précédent, connu du moins, à Angers.

En cause donc, un tract interne récent "d'une autre organisation syndicale", qu'il juge "diffamant" à son égard, mais dont, faute de l'avoir vu, Angers Mag est bien incapable de vous livrer la teneur. "La lutte syndicale prend des proportions que je n'ai jamais vu à Angers. Je ressens une volonté destructrice de s'en prendre à ma personne et, à travers moi, aux adhérents du syndicat que je représente" explique Philippe Boussion, qu'une vingtaine de fonctionnaires en civil est venue soutenir devant le tribunal.

"Dialogue social excellent" selon le directeur départemental de la sécurité

Selon SGP Police, une réunion récente portant sur les avancements (de carrière) a mis le feu aux poudres. "Dès que l'on propose quelqu'un, on nous discrédite. L'étiquette SGP devient une tare pour ceux qui réclament un avancement" détaille Benoît Renault, l'adjoint de Philippe Boussion. Lequel pointe du doigt, une nouvelle fois, "l'absence de dialogue social" au sein de la police à Angers.

"Tout s'est encore compliqué depuis l'arrivée de la nouvelle direction il y a un an et demi. On ne tient pas compte de nos avis et le management est incompréhensible" appuie le responsable syndical.

"Le dialogue social au sein de la police d'Angers est excellent. Et le dialogue, c'est aussi de savoir dire non, si on n'est pas d'accord. Il y a des tensions entre syndicats, c'est une réalité, mais j'essaye de parler de la façon la plus apaisée possible avec chacun" conteste fermement Francis Wetta, le directeur départemental de la sécurité publique.

Arrivé il y a un an et demi, le patron de la sécurité dans le département dément aussi formellement le favoritisme que lui prête SGP FO à l'égard d'Alliance : "Je ne regarde pas qui appartient à tel ou tel syndicat. J'ai des tâches autrement plus importantes et je rappelle que ma mission est d'assurer la sécurité sur la zone police."

Alliance prend acte

Interrogé par Angers Mag, le bureau départemental d'Alliance Police Nationale du Maine et Loire a réagi via un communiqué mardi en fin d'après-midi, prenant acte "des déclarations médiatiques et de la plainte déposée par le syndicat Unité SGP FO 49 en la personne de son représentant".

"Alliance estime que ce n’est certainement pas ce type de message que les policiers souhaitent entendre, poursuite ce communiqué. En conséquence, Alliance 49 restera dans son rôle qui consiste à défendre sans relâche les policiers. Ils exercent aujourd’hui dans des conditions de plus en plus difficiles et méritent à ce titre notre attention et une autre considération que celle véhiculée par certains syndicalistes."

En somme, la querelle de chapelles a encore de beaux jours devant elle.



Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur















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