Guinguettes : patrimoine liquide et art de vivre


Rédigé par - Angers, le 13/05/2017 - 07:55 / modifié le 16/05/2017 - 13:27


Un coin de soleil, un bout d'eau, un horizon dégagé : il n'en faut souvent pas plus pour voir fleurir, en Anjou, une guinguette, le printemps venu. Reste à faire vivre ces lieux où le mot "accueil" résonne d'une manière singulière. Hier comme aujourd'hui.



8 mai 2017. Deux semaines après son ouverture, la guinguette du Héron Carré, parc Balzac à Angers, affiche complet en ce long week-end de post-élection.
8 mai 2017. Deux semaines après son ouverture, la guinguette du Héron Carré, parc Balzac à Angers, affiche complet en ce long week-end de post-élection.
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Quatre planches, une tireuse à bières ou un verre de rosé, un cours d’eau, quelques brins d’herbe et le tour est joué ! A l’heure où le soleil prend timidement le pas sur les cieux maussades et où l’envie de chiller au grand air devient irrépressible, se poser dans une guinguette apparaît comme une évidence. Et en ouvrir une l’enfance de l’art.
 
Dites seulement cela à la dizaine de joyeux zigues amarrés à la terrasse de Port Gogane –la guinguette de Rochefort-sur-Loire- en ces derniers jours d’avril, et vous verrez se lever les yeux au ciel et naître les sourires en coin. En clair, gérer une guinguette, la faire tourner au mieux en contenant à la fois ses clients et son banquier relève d’un exploit chaque année renouvelée. « On est ouvert six mois de l’année, mais c’est un travail de fous », image Delphine, qui tient Port Gogane depuis 5 ans. « C’est un vrai métier de restauration. Ceux qui pensent pouvoir s’en affranchir tombent de très haut. Et très vite », enchaîne Sébastien, qui gère avec Valérie la Guinguette de Pruillé, dans l’ancienne maison du passeur de bac, pour la deuxième année consécutive.
 
Autour de la table, il y a aussi Edita, de la guinguette de La Rainette à Montreuil-Juigné, ainsi que Vincent, trois ans de Héron Carré et qui inaugure cette saison, avec le renfort de Toufik, En Rouge et Loire, près du site de Rives d’Art, aux Ponts-de-Cé. Dans la discussion qui s’instaure naturellement, Domé et Didier ne sont jamais loin, figures tutélaires du « métier », installés respectivement à La Possonnière et Blaison-Gohier.
"On est là pour que les gens se posent, profitent d’un cadre convivial et amènent leurs discussions propres"

On n’est pas dans le monde des Bisounours, mais la guinguette est tout de même une grande famille en Anjou, avec une filiation assez forte autour d’un certain art de vivre. Et de canons communs, propres au Val de Loire. Ici, on n’est pas en bord de Marne. « On est tous à peu près de la même école, dans le service ou l’accueil », appuie Vincent.

Toufik, Sébastien, Vincent, Valérie, Edita et Delphine réunis chez cette dernière, à Port Gogane (Rochefort-sur-Loire) le temps d'un échange sur l'art de la guinguette.
Toufik, Sébastien, Vincent, Valérie, Edita et Delphine réunis chez cette dernière, à Port Gogane (Rochefort-sur-Loire) le temps d'un échange sur l'art de la guinguette.
Les temps et les clients ont changé depuis que le landernau fait vivre les guinguettes, mais la volonté « d’accueillir l’autre, dans une ambiance détendue, avec un horizon dégagé et en mettant en valeur notre patrimoine liquide » n’a pas changé. Et Sébastien, 20 ans de guinguette au compteur, de conter l’origine du « phénomène » : « Saint-Saturnin, l’actuel Guinguette Chez Jojo. Maurice avait installé une simple pagode où il vendait son vin aux pêcheurs qui arrivaient. » De fil en anguilles, la buvette se restaure et les promeneurs du bord de Loire avec. La musique arrive naturellement, puis la danse. Pendant des lustres « c’est P’tit Cochon qui assure bon an mal an l’accordéon ».
Si aujourd’hui les mix ou les musiques actuelles ont parfois remplacé le musette, l’esprit demeure, « même si on est peu à avoir un parquet de danse ».
 
Dans l’assiette itou, la donne a changé : anguilles, sandres ou autre poissons de Loire et fritures se sont raréfiés (même si l’on en trouve encore, notamment du côté de Bouchemaine), et ont laissé la place qui à la cuisine exotique, qui aux cuisses de grenouilles, à des assiettes de charcuterie… à chacun de trouver sa marque de fabrique !

Car si Vincent, Sébastien, Edita ou Delphine revendiquent la même filiation, leurs établissement sont bien distincts, qui reflètent la personnalité et les réalités de chacun : certaines guinguettes sont en dur, d’autres à monter et démonter en un temps record, à chaque début et fin de saison. Mais là encore, les témoignages se rejoignent : « Tout n’est pas fait de bric et de broc, mais une guinguette, c’est aussi du système D. On est tous des bricoleurs dans l’âme, des débrouillards », lance fièrement Sébastien.
 
Des débrouillards, donc, qui font aussi œuvre de société, tout au bord des eaux angevines. Quelques-uns proposent une prog socio-culturelle de très bon niveau, mais au-delà de ça, « on est là pour que les gens se posent, profitent d’un cadre convivial et amènent leurs discussions propres », insiste Vincent. « On les reçoit un peu dans notre jardin », complète Edita. « Dans l’accueil et le rapport au client, on n’est pas plus intrusif, mais plus détendu, plus personnel. »
Comme en famille ?




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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