Hasta la Vista : Roulez jeunesse !


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Samedi 28 Avril 2012 à 11:11


Lars, Philip et Joseph sont handicapés. Ils savent que les femmes ne viennent pas vers eux instinctivement, alors, ils décident d'entreprendre un improbable voyage vers une nouvelle destinée : El Cielo, un bordel espagnol pour, comme ils disent en chuchotant: « les gens comme nous ».



Au premier plan Jozef (Tom Audenaer), derrière à gauche Larz (Gilles de Schrijver) et au fond à droite Philip                                                 			(Robrecht Vanden Thoren), les trois amis admirent le paysage espagnol.
Au premier plan Jozef (Tom Audenaer), derrière à gauche Larz (Gilles de Schrijver) et au fond à droite Philip (Robrecht Vanden Thoren), les trois amis admirent le paysage espagnol.
la rédaction vous conseille
Un ami de Philip lui avait parlé d'un établissement en Espagne, où des femmes pourraient s'occuper convenablement de lui et de ses deux meilleurs amis. Philip est tétraplégique. Il lui est impossible de manger seul, de se coucher seul, et de se laver seul. Lars, atteint d'une tumeur, est en fauteuil roulant, mais la maladie évolue vite, et ses chances de survie sont minces. Jozef enfin est quasiment aveugle, et comble de tout, ces trois hommes jeunes n'ont pas eu l'occasion de découvrir les joies de l'amour et du sexe. Ce n'est pas un tableau gai qui est ici dressé. Pourtant, ils décident tous les trois de partir en voyage, d'aller dans cette maison close espagnole. Faire croire à leurs parents qu'ils font la route des vins, voilà le plan. Leur parents acceptent puis refusent. L'état de Lars est trop critique. Cela ne freine pas les trois jeunes hommes, dans leur fureur de vivre. Ils trouvent un singulier chauffeur, qui doit aussi être infirmier, et partant. C'est ainsi que le road-movie se lance. On suit alors le périple de Lars, Philip, et Jozef, prêts à tout pour vivre comme si leur handicap n'existait pas.

La musique dans le film est peu présente, laissant plus de place aux dialogues. Des dialogues drôles, joués par des acteurs époustouflants. Lars se comporte comme le sage de la bande, Philip est le meneur, égocentrique avéré, et Jozef est drôle, plein d'auto-dérision : « Je voulais conduire, mais ils ont refusé de me laisser faire ». Ces acteurs inconnus en France nous vendent du rêve ! On rit avec eux, on pleure avec eux, on s'énerve quand ils sont énervés. Enfin, on voyage avec eux. « Hasta la vista » est un road-movie avec des airs de « Little Miss Sunshine ». Il est frais et enivrant, mais comme dans le film de Jonathan Dayton, on n'oublie pas le propos de départ qui n'est pas des moindres : le fait que les handicapés soient obligés d'aller dans un bordel pour «devenir des hommes », le fait, qu'ils ne puissent rien faire sans l'aide de personne. Et pourtant ce film est d'un optimisme fou. Ils ne deviennent pas des hommes grâce à « El Cielo », ils deviennent des hommes durant leur voyage, en découvrant, explorant, expérimentant. Et si voyager était la clé du bonheur ?

Geoffrey Enthoven, ce réalisateur méconnu en France, nous emporte. Nous ne sommes plus spectateurs, mais devenons les personnages. C'est un peu le documentaire d'une vie. Avant ce voyage, la vie des trois amis était morne, tout leur était interdit, mais cette expérience nouvelle leur a donné le bonheur. L'histoire est filmée à la manière d'un documentaire heureux. Sans chichi au premier regard. Au premier seulement. On retrouve beaucoup de panoramiques, afin de savourer le paysage en même temps que les personnages. Des gros plans nous font pénétrer dans leur intimité. Mais surtout, et pour montrer que le film est un film à trois, des plans semi-ensemble nous les exhibent tous les trois, heureux, en colère, perplexes, tristes. Dans tous leurs états si on veut, mais tous les trois. Soudés, non pas parce qu'ils sont handicapés, mais parce qu'une amitié sincère les lie, une amitié que seule la mort pourrait défaire. La question de l'amitié est en effet omniprésente. Est-ce qu'on a le droit de tout faire au nom de l'amitié ? Est-ce que l'amitié ne nous freine pas dans nos projets ? Ou au contraire, nous encourage-t-elle à aller au delà de la routine ? Un portrait juste de celle-ci est ici dressé. Dans ses bons comme ses mauvais côté, on n'oublie pas qu'elle est indispensable. Pour tenir, pour profiter, pour vivre.

Même les couleurs du film nous font voyager, le film a beau être tourné en numérique, on croirait revoir l'esthétique du road-movie « Thelma et Louise ».

Ce film n'est pas triste, il est émouvant, il n'est pas rigolo, c'est une bouffée de fraîcheur. C'est agréable de pouvoir voir un film duquel on sort en ayant envie de retourner le voir tout de suite après. De bons acteurs, un bon scénario, des plans magnifiques, une émotion omniprésente, font d' « Hasta La Vista » un anti-«Intouchables » de choc.

Clara.












Angers Mag