Her : un système d’exploitation, un amour.


Rédigé par cinéma-audiovisuel Lycée Renoir - Angers, le Lundi 31 Mars 2014 à 07:39


Spike Jonze nous avait présenté un film sur l'ardent désir de devenir quelqu'un d'autre avec Dans la peau de John Malkovich (1999) et c'est un nouveau débat passionnant qu'il nous présente avec son dernier film, Her. Ce film nous conte l'histoire d'un homme, Théodore (Joaquin Phoenix), dans un futur proche, ayant du mal à faire face à une séparation douloureuse et à une solitude toujours plus croissante. Un jour, il décide d'acheter un OS, un système d’exploitation qui va complètement bouleverser sa vie et avec lequel il va nouer une étonnante histoire d'amour.



Her : un système d’exploitation, un amour.
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Nous sommes à Los Angeles dans un futur proche. Théodore Twombly, un homme sensible et complexe excelle dans son travail : écrire des lettres pour divers clients en peine d'annoncer une demande en mariage, déclarer leur flamme, ou écrire un discours d'anniversaire. 1984 de Georges Orwell se laisse entendre, en écho, à ces scènes de Théodore au travail, utilisant les pouvoirs de transcription d'un ordinateur ultra-performant. Ainsi, Théodore prononce ses phrases et les mots s'écrivent seuls sur l'écran. Malgré son talent et sa réussite, il reste inconsolable suite à sa rupture amoureuse, et craint de ne plus pouvoir ressentir le bonheur, sauf peut-être une pâle copie de ce dernier.

Ce personnage nous rappelle celui de Lenny Nero dans Strange day de Kathryn Bigelow, qui, fuyant de nouveaux sentiments, se réfugie dans les enregistrements de ses souvenirs.

Théodore erre dans sa solitude comme dans son appartement trop grand, dans lequel il est filmé en plan large, ou encore dans une ville pourtant immense qui nous est parfois montrée par des plans aériens. Mais quand il achète un nouveau système d’exploitation, tout change. Il fait alors la rencontre de Samantha, voix intelligente toute droite sortie de son ordinateur, capable de lire un livre en 1/2000 de seconde. De là, naît une romance hors du commun, touchante et passionnante.

Le personnage de Samantha (Scarlett Johanson), sans enveloppe corporelle, ne peut communiquer avec Théodore qu'avec sa voix, qui paraît très naturelle et sensuelle. On nous présente alors un personnage drôle, touchant, rassurant, préventif, intelligent, qui représenterait presque l'image de la femme parfaite, excepté le fait qu'elle n'a pas de corps. Malgré cela, Samantha est très touchante, elle s'interroge sur sa condition, les sentiments qu'elle éprouve, ses limites, son évolution. Ressentir des émotions et des sentiments, n'est-ce pas être humain ? Samantha est donc une sorte de Pinocchio moderne, et en elle, il y a aussi du David, petit garçon robot qui s'interroge sur sa part d'humanité dans le film de Steven Spielberg, Intelligence artificielle.

La psychologie des personnages est très approfondie et nous pouvons pleinement en profiter en étant directement plongés dans leur intimité.Grâce à des éléments très astucieux de mise en scène, nous sommes donc projetés dans l'intimité de Théodore et de Samantha. Des gros plans sur le visage de Théodore nous font vraiment ressentir ses sentiments appuyés par des caméras à l'épaule qui ont pour but de nous rapprocher du personnage.

Le montage sonore est vraiment très important, dans un monde où l'on peut tout savoir depuis son oreillette (mail, météo, informations...). Lors des conversations avec Samantha, on est avec eux, on vit leur histoire : quand ils parlent, quand Samantha choisit ou compose une chanson pour Théodore, les bruits extérieurs sont atténués, quitte à disparaître complètement.
Cette intimité avec les personnages est accentuée par des caméras subjectives qui nous montrent ce que peut voir Samantha, matérialisée par la caméra placée sur le dispositif électronique de Théodore, type téléphone portable. Des montages cut nous montrent l'évolution constante de la relation amoureuse des personnages.

De plus, le superbe jeu d'acteur de Joaquin Phoenix nous ferait presque oublier qu'il est majoritairement seul dans les plans où il apparaît. Son jeu lui a d'ailleurs valu une nomination pour le meilleur acteur aux Oscars 2014.

La musique et l'image sont remarquables dans Her, et donnent une dimension extrêmement poétique au film. Que ce soit avec les couleurs très douces et pastel, où avec des musiques aux tempos plutôt lents qui privilégient des instruments caressants comme le piano, le violoncelle ou encore le banjo. Nous sommes donc immergés dans un mélange de poésie et de romance très émouvant. C'est l'effet que produit par exemple la chanson The moonsong, de Karen O, magnifiquement reprise par Scarlett Johanson dans le film, dont vous n'oublierez, messieurs, pas la voix de sitôt.

Avec Her, Spike Jonze ne renouvelle cependant pas les codes de la comédie romantique, mais réussit à la transcender avec un scénario plutôt original, qui s'interroge sur les valeurs et les influences des hautes technologies d'une société toujours plus individualiste, qui pourrait bien devenir prochainement la nôtre.

Joinita












Angers Mag