Hervé Brusini : "Et si le journaliste disparaissait au profit d’autre chose ?"


Rédigé par Tiphaine CREZE - Angers, le 15/01/2016 - 06:55 / modifié le 15/01/2016 - 08:01


Directeur en charge du numérique et de la stratégie au sein de la direction de l’information de France Télévisions, Hervé Brusini était mercredi à Angers pour parler d'éducation aux médias. Un an après les attentats de janvier 2015, la bataille d'images et les théories du complot qui ont suivi, près de 300 enseignants de toute la région se sont penchés sur le sujet à l'IUT de Belle-Beille (1). Interview.



Hervé Brusini : "Si vous n'apprenez pas à vous servir des réseaux sociaux, vous leur confiez votre être quelque part".
Hervé Brusini : "Si vous n'apprenez pas à vous servir des réseaux sociaux, vous leur confiez votre être quelque part".
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Les attentats de janvier 2015 ont-ils été un accélérateur ou un déclencheur en terme d’actions menées dans le domaine de l’éducation aux médias ?

« Ils ont été un accélérateur, pas le déclencheur. Un accélérateur parce qu’il y a eu cette forme de rejet du compte-rendu de ce qui s’était passé, un rejet des faits en quelque sorte. A cela s'est ajoutée une sorte de rébellion par rapport à la fonction sociale du caricaturiste ou le rejet de la judaïté. Ces deux éléments, tellement épouvantables, ont accéléré la prise de conscience, pour les médias, d’une nécessité de réfléchir sur leurs pratiques et de faire en sorte d’apporter des réponses à la défiance qui existe (avec la jeunesse en particulier), en faisant notamment en sorte que le travail sur le numérique soit encore plus développé.

Il s’agit aussi de réfléchir sur notre pratique même du journalisme et de l’expliquer. La réapparition de la figure du reporter (comme Martin Weil au Petit Journal) est une manière d’expliquer comment fonctionne le journalisme puisqu’on le voit à l’œuvre. C’est certainement un des moyens de vaincre la défiance qui existe entre téléspectateurs, internautes et médias. »
 
Qu’est-ce que l’on reproche aux journalistes ?

« On lui reproche le fait qu’on ne s’y reconnaît pas. Il a un discours qui ne nous concerne pas, il est vendu aux institutions, il est corrompu, il est élitiste… en gros, il est pourri. C’est un acte d’accusation qui est en cours d’instruction depuis 30 ans et cela se dégrade de plus en plus, accompagné d’une sorte de radicalité depuis quelques années du fait des jeunes générations et de l’apparition du web. »
 
"En fait, ce à quoi nous assistons, ce n’est pas à la mort du journalisme mais au contraire à son triomphe car chacun dit : « Je suis journaliste ». Derrière le rejet, il y a une appropriation collective du journalisme." - Hervé Brusini
 
Comment s’armer pour utiliser les réseaux sociaux ?

« Il faut déjà connaître leur fonctionnement, il faut les apprendre. De toute façon ils sont là et si vous ne les apprenez pas, vous donnez quelque part votre identité à ces réseaux, vous leur confiez votre être. Et c’est au péril de la mort : il y a parfois des enfants qui se retrouvent harcelés numériquement et qui en meurent. Il se joue quelque chose de capital. C’est tellement grave qu’il est nécessaire de pratiquer la pédagogie de ces réseaux sociaux. »
 
Il y a une bonne nouvelle…

« C’est que le citoyen a accueilli en son sein les techniques du journalisme. En fait, ce à quoi nous assistons, ce n’est pas à la mort du journalisme mais au contraire à son triomphe car chacun dit : « Je suis journaliste ». Derrière le rejet, il y a une appropriation collective du journalisme. »

Faut-il vraiment s'en réjouir ?

« Je me suis souvent demandé ce que ça donnerait à terme. Le journalisme n’a pas toujours été présent, il est né à la fin du 19e siècle : et s’il disparaissait au profit d’autre chose ? Après tout, on peut aussi avoir le sens de la relativité d’une fonction… même si elle est capitale en démocratie. Peut-être assistons-nous à la mutation de ce qu’est la production de l’information et, par voie de conséquence, à la mutation de la fonction de journaliste en société. »
 
Il faut donc que les journalistes se remettent sérieusement en question ?

« Ils le savent. Ils sont sous une douche froide depuis déjà pas mal de temps. »

(1) Cette rencontre s'inscrivait dans le cadre d'une convention signée en mars entre le Ministère de l'éducation nationale, France Télévisions et le Clémi (en charge de l'éducation aux médias au sein de l'éducation nationale). Cette journée angevine était la première d'une longue série dans le reste du pays.












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