Huguette Arthur Bertrand : une peinture colorée, soutenue ou dramatisée


Rédigé par Catherine NEDELEC - Angers, le Vendredi 25 Novembre 2011 à 22:25


Huguette Arthur Bertrand (1920-2005), appartient à cette jeune génération d’artistes de l’après-guerre, qui ont développé un langage abstrait, lyrique et libre. Le musée des Beaux-arts d'Angers expose une vingtaine de ses nombreux tableaux, dessins et tapisseries.



L’exposition s’organise autour de la donation par la famille Bertrand de la tapisserie Ciel de vent, tissé par l’atelier 3.
L’exposition s’organise autour de la donation par la famille Bertrand de la tapisserie Ciel de vent, tissé par l’atelier 3.
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Sa peinture est colorée, dramatisée par des traits noirs qui traversent la toile, soulignant les couleurs souvent diluées, « tâches » plus ou moins lisibles de tons de rouge et d’ocre, ou de bleus ; couleurs que l’on retrouve souvent dans son œuvre qui laisse néanmoins la place à des créations sur papier, au ton plus dramatique, presque exclusivement peintes de noirs et de gris, relevés d’un peu de rouge, de bleu ou d’ocre. Telle est la peinture de Huguette Arthur Bertrand, une orientation vers un langage abstrait, lyrique et libre, choisi au cours de l’été 1949. Huguette Arthur Bertrand peint alors des paysages bretons puis se lance dans l’abstraction géométrique.

Cette même année, Michel Ragon la fait participer à la première exposition collective « Les Mains éblouies », dont il est le créateur et commissaire. D’elle, il dira qu’elle est « un peintre du dynamisme de la vie intérieure, de la vie secrète, avec ses élans et ses rétractations… une coloriste subtile et expressive». Plus tard, elle intègre la jeune galerie Arnaud. Jean-Robert Arnaud est aussi fondateur de la célèbre revue « Cimaise » qui défend ardemment l’abstraction.

Huguette Arthur Bertrand expose beaucoup et fait évoluer sa peinture ; le geste se libère « ce n’est plus l’imperceptible mouvement », dit-elle, « mais le mouvement du bruit et de la fureur ». En 1963, le peintre se tourne vers le collage de papiers et chiffons où dominent l’ocre, le gris et le noir. Cette nouvelle recherche est un pas de plus vers la tapisserie qu’elle travaille à partir des années 70. Elle trouve là une liberté et une audace nouvelles, utilisant le grand format avec une matière très présente et mobile, allant jusqu’à la transcription du tableau peint à la tapisserie, que l’on retrouve dans Canabeu et l’Ile rousse.

Ciel de vent, tissage atelier 3, Paris1975. Donation Bertrand 2011 ©musées d'Angers, photo P.David
Ciel de vent, tissage atelier 3, Paris1975. Donation Bertrand 2011 ©musées d'Angers, photo P.David
C’est souvent une simple gouache ou une aquarelle qui sert de modèle. Le carton est mental. Elle demande aux liciers de pénétrer dans son univers intérieur pour transcrire son œuvre gestuelle, exécutée au pinceau, au doigt, au bâton, à l’éponge. Elle est très présente auprès des liciers, n’hésitant pas à vivre à leurs côtés : elle habite au-dessus de l’atelier 3 à Paris, près de Frédérique Bachellerie et de Péter Schönwald, puis elle s’installe dans l’atelier Legoueix à Aubusson… Cette attitude lui vaut en 1975 une exposition à la célèbre galerie de tapisseries contemporaines « La Demeure » à Paris.

L’œuvre de Huguette Arthur Bertrand est tournée vers la forme et l’espace, elle suggère. Artiste atypique et rigoureuse, elle a laissé une œuvre superbe que seules ses « Notes de parcours » sont en mesure de donner nombre d’indications sur son travail. De son œuvre en constante évolution, on apprécie la simple beauté ou l’on peut aller plus loin, avec des clefs. Evoquant le « jeu mince des lignes induites », Huguette Arthur Bertrand nous explique : « sur le silence du fond la trajectoire doit s’épurer ».

Jusqu’au 26 février 2012
Du mardi au dimanche, de 10 à 12 h et de 14 à 18 h
Au musée des Beaux-arts, cabinet d’arts graphique
Entrée gratuite












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