Il était une fois en Anatolie : une réalité poétiquement correcte.


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Vendredi 25 Novembre 2011 à 09:55


En Anatolie, loin de la ville, un homme est porté disparu. Deux suspects sont interrogés par une équipe de policiers sur l’endroit où se trouve le corps, malheureusement ils n’ont aucun moyen de s’en souvenir. Au cours de cette longue enquête, la vie des personnages va peu à peu prendre le pas sur le meurtre.



L’équipe de policiers essaie de trouver le corps selon les indications du meurtrier.
L’équipe de policiers essaie de trouver le corps selon les indications du meurtrier.
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Une fenêtre donnant sur des vies. Voilà avec quelle image le cinéaste Nuri Bilge Ceylan commence son film. Des vies, c’est exactement l’image que diffuse le film. Là où on s’attendrait à un simple film policier, on est surpris de voir que le personnage principal n’est autre que le Docteur Cemal (Muhammed Uzuner). Indifférent quant à la recherche du corps, il s’intéresse surtout à la santé et à la vie des personnes qui l’entoure.

C’est en fait toute une dimension poétique qui se dégage du film. On se retrouve confronté à un mélange entre réalité et fiction. Une fiction, oui, mais orchestrée d’une manière poétique. Chacun des personnages incarne à merveille ce paradoxe. Un cadavre, oui, mais où est-il ? Finalement existe-t-il vraiment ? Le film lui-même le représente un début de nuit, semblable au rêve où peu est dit, rien n’est concret, mais, au fur et à mesure que le jour se lève, que l’histoire avance, on voit la réalité se confondre avec ce qui nous apparait depuis la première séquence du film tout en gardant cette vision poétique de la vie.

Les plans grandioses et truffés de détails nous représentent une vision globale de la vie des personnages et par la même occasion des décors naturels dignes des plus grands westerns. Le nom même du film rappelle "Il était une fois dans l’ouest" de Sergio Leone, mais la comparaison s’arrête là.

L’ambiance quant à elle est parfaitement décrite. Que ce soit par les détails des biens matériels comme un téléphone qui tient avec du scotch, des maisons qui semblent bien précaires ou alors l’exode de la population des villages vers les grandes villes, on reconnaît un pays en difficulté financière. La recherche du corps de nuit quant à elle peut paraître ennuyante, mais il se cache un véritable « C’est comme ça en vrai » qui serait envoyé en pleine figure des films d’actions nous présentant une violence gratuite et des scènes atroces. Ici, interdiction de frapper le meurtrier afin qu’il parle, c’est contraire aux règles.

Le jeu des acteurs est magistral. Ils représentent chaque émotion, même intérieure, à la perfection. Certains gros plans ou plans rapprochés sont d’ailleurs là pour nous le préciser. Que ce soit le problème du procureur ou l’ennui du docteur qui visiblement ne comprend pas pourquoi il perd son temps en pleine campagne d’Anatolie la nuit.

La lumière est pratiquement omniprésente et accentue la beauté de la nuit. Elle donne aussi au film la notion de temps qui se déroule de la soirée au matin. Par ailleurs, l’action du film est présentée de manière à ce que l’on se retrouve plongé avec les personnages, la nuit passée à se reposer est plus longue que la recherche du corps le soir et toute la partie de jour est encore plus longue. Le temps passé à regarder le film correspond au temps passé dans le film pour résoudre l’enquête et ce qui s’ensuit.

Ce chef d’œuvre du réalisateur déjà reconnu Nuri Bilge Ceylan nous présente une histoire sombre mélangeant humour, drame et poésie. Dans ce fait divers qui semble être le cœur de l’intrigue, la beauté de la vie, du naturel nous marque par son omniprésence.

En quelques mots, il s’agit d’un régal visuel.

Clément.












Angers Mag