Islam : "Organiser des choses pour contribuer à apaiser le climat"


Rédigé par - Angers, le 09/04/2016 - 10:35 / modifié le 09/04/2016 - 10:35


L'une propose régulièrement à Angers depuis 2012 des rencontres autour de penseurs et d'intellectuels musulmans. L'autre fédère des musulmans issus des communautés comoriennes de la ville. Les associations Falsafa et Qualam El Nur organisent ce samedi une série de conférences autour du thème "Engagement et vivre ensemble", salle Daviers. Questions à Radouan Frikach et Omar Ali Amani, leurs responsables.



Omar Ali Amani de l'association Qualam El Nur et Redouane Frikache (Falsafa), les organisateurs des conférences de samedi, salle Daviers.
Omar Ali Amani de l'association Qualam El Nur et Redouane Frikache (Falsafa), les organisateurs des conférences de samedi, salle Daviers.
Qu'est-ce qui vous motive à débattre autour de l'engagement et du vivre ensemble ?

Radouane Frikach : "Cette rencontre est née d'un souhait commun de partager des réflexions, de susciter le débat dans un cadre convivial. L'actualité internationale et les événements de Bruxelles nous ont obligé à affiner les thèmes abordés pour que l'on puisse parler d'actualité mais aussi de questions que se posent beaucoup d'entre nous, musulmans, non musulmans, agnostiques, sur le vivre-ensemble, avec des intellectuels qui se situent dans le mouvement de réforme actuel de la pensée islamique."

Pourquoi ?

R.F : "Parce qu'ils sont capables, selon nous, à travers leur expérience, leur richesse intellectuelle, d'offrir des pistes de réflexion et d'expliquer par des mots simples ce qui est en mouvement en France et à l'étranger, derrière les phénomènes de radicalisation notamment. Ces sujets nous interrogent et il nous paraît important de pouvoir les aborder dans un cadre fraternel. On ne peut pas nier qu'il y a une atmosphère anxiogène autour de l'islam en France et il est nécessaire d'organiser des choses pour contribuer à apaiser ce climat."

Omar Ali Amani : "Le but, c'est aussi d'éclairer nos compatriotes qui, s'ils comprennent ce qu'est l'islam, j'en suis sûr, en ont aussi peur du fait des événements que nous avons connu ces derniers mois et années. L'idée, c'est de se retrouver pour débattre et échanger, et essayer de comprendre ce qu'est véritablement l'islam."

Pour vous, dont les associations revendiquent leur attachement aux questions spirituelles, est-ce que ce dialogue s'est amélioré sur Angers depuis un an ?

O. A.A : "Si j'en juge par la dernière conférence organisée autour de Nabil Ennasri (le 11 mars dernier, salle Daviers déjà), autour de la radicalisation, oui. Dans la salle, il y avait comme une tension durant les débats mais en sortant, beaucoup de participants nous ont fait part de leur soulagement et de leur satisfaction. Parce qu'échanger leur a fait du bien. Maintenant, il demeure un problème de communication sur l'ensemble du territoire entre l'islam de France et les citoyens français. Un problème d'organisation aussi."

R.F. : "Une très grande majorité des intervenants que nous invitons défendent un islam indépendant, financièrement, politiquement, spirituellement, de tout pouvoir étatique étranger. Personne ne vous dira qu'il est partisan du financement de mosquées par l'Algérie, la Tunisie ou je ne sais quel autre pays... Nous sommes Français, vivons sur ce territoire et pensons qu'il faut respecter le cadre de la laïcité, tout simplement. Et ne pas accepter ce que le gouvernement de François Hollande fait, en envoyant le Premier Ministre vanter les écoles de formation des imams de Rabat (un institut de formation officiel, créé et soutenu par le roi du Maroc, Mohamed VI, NDLR)."
"Il demeure un problème de communication sur l'ensemble du territoire entre l'islam de France et les citoyens français. Un problème d'organisation aussi" Omar Ali Amani
Et si on revient à ma question, trouvez-vous que le dialogue s'améliore ou pas sur Angers ? 

R.F. : "Du point de vue de notre association, les choses sont paradoxales. On rencontre beaucoup de monde qui apprécient ce que nous faisons. Mais nous sommes aussi beaucoup critiqués. A la fin de l'année dernière, peu après les attentats de novembre, je me suis fait tagger le mur de ma maison avec une croix gammée et un message personnel, ça fait un peu bizarre."

Qu'est-ce qui vous est reproché ? De vouloir parler de la place de l'islam dans la société française ? 

R.F. : "Non, parmi les reproches, on s'entend dire que nous invitons "des gens qui ne sont pas bien". Et que par conséquent, on serait d'un mauvais côté. Dès qu'il y a une critique, nous avons un principe : c'est d'inviter à l'échange."

Il est vrai que Falsafa a invité, parfois, des personnalités très critiques à l'égard, par exemple, de l'école publique française (l'imam toulousain Abdelfattah Rahhaoui, NDLR) ?

R.F :
"Nous l'avons invité à plusieurs reprises, on ne partage pas forcément les mêmes opinions mais ça reste, de notre point de vue, une personnalité respectable. On ne peut pas lui reprocher quoi que ce soit. Même si ça avait fait beaucoup de bruit. Mais c'est aussi notre choix de faire un peu de buzz."

Du buzz ou de la provocation ?

R.F. : "Non, pas de provocation. Je revendique la stimulation intellectuelle, mais pas la provocation. On essaye de faire les choses de manière carrée, soit sur le ton de l'ironie s'il s'agit d'actions, soit en invitant des personnalités y compris controversées. Mais pour nous, le débat doit avoir lieu. On ne peut pas se dire "Charlie" et derrière censurer le débat, sous prétexte qu'une personne pense différemment."

C'est un raisonnement qui vaut aussi pour les salafistes ?

R.F. : "Il faudrait d'abord se demander ce que l'on entend par ce terme, avant de pointer une partie de la communauté musulmane, comme l'a fait le gouvernement. C'est un mouvement contemporain qui prône une pratique orthodoxe de l'islam. J'en connais à Angers ou à Trélazé, ça reste des personnes avec qui je peux avoir une relation amicale, cordiale, fraternelle, mais c'est clair qu'on ne va pas pouvoir débattre sur certains sujets."

O.A.A : "Moi, le salafisme, c'est ici en France que j'ai pour la première fois entendu parler de ce mouvement. Je viens des Comores, je suis nourri par la pensée musulmane, par la culture française, et les questions d'endoctrinement, nous ne connaissions pas. L'islam a toujours été, pour nous, un islam modéré vécu dans une relation fraternelle avec les chrétiens, par exemple. C'est ici, sur le territoire, que j'ai commencé à entendre ces mots que je ne connaissais pas."
"On ne peut pas se dire "Charlie" et derrière censurer le débat, sous prétexte qu'une personne pense différemment." Radouane Frikach

J'en reviens au dialogue entre les citoyens musulmans d'Angers et leur ville, êtes-vous optimistes quant à l'avenir ?

R.F. : "Moi, je suis inquiet. Avec le sentiment que seul le tissu associatif parvient à créer de l'espoir et à tisser de la fraternité. Quand un gouvernement dit "de combat" cible les musulmans, compare les femmes voilées à des nègres et tend à islamiser tous les problèmes, ça me fait peur. Pas tant de ce gouvernement au passage, que de ce qui peut arriver après. 

O.A.A : "Je rejoins Radouan avec la crainte que les politiques vont, en ces temps de crise, focaliser un peu plus encore leur attention sur les problèmes d'identité. Mais je reste optimiste pour Angers. Même si les dernières élections ont été marquées par une forte poussée du FN, on trouve beaucoup de gens, très fraternels, avec qui il n'y a pas de soucis pour échanger et vivre ensemble. Il faut continuer à travailler sur ce vivre ensemble."

"Engagement et vivre ensemble" - Conférences ce samedi de 11h à 17h30, salle Daviers, avec Ousmane Timera ("Spiritualité et citoyenneté dans l'espace européen, 11h-12h30), Safia Zennou ("La jeunesse face au défi de la société, 14h30-15h30) et Omero Marongiu-Peria ("Le vivre ensemble", 15h30-16h). 




 



Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur








Angers Mag















Angers Mag : Au comptoir de Mathilde... et de Catherine: Depuis la fin du mois d'octobre, la rue... https://t.co/wkV9xA1N3F https://t.co/6yuEQFFF5o
Mercredi 7 Décembre - 08:00
Angers Mag : A l’Ecole démocratique, on fait ce qu’on veut… ou presque: Basée sur la liberté... https://t.co/j0ywJZAzgI https://t.co/jEK0S9wvGs
Mercredi 7 Décembre - 07:31
Angers Mag : RT @LeQuai: N'oubliez pas d'aller voir #AdishatzAdieu ce soir. Vous nous remercierez demain. #Theatre #JonathanCapdevielle #Angers RESA 02…
Mardi 6 Décembre - 13:55
Angers Mag : A Angers, Montessori a pris racines: Porté par des éducateurs convaincus, les méthodes... https://t.co/bXNDdgyLpz https://t.co/nar3Qs6vye
Mardi 6 Décembre - 07:30


cookieassistant.com