Islam à Angers : des associations à foison

[Dossier] Angers et l'Islam : à la croisée des chemins #2


Rédigé par Yves BOITEAU et Sébastien ROCHARD - Angers, le 10/03/2015 - 07:30 / modifié le 10/03/2015 - 10:02


Deux mois après les attentats djihadistes de Paris, le choc provoqué par leurs auteurs continue de propager ses ondes à tous les niveaux de la société française, compliquant, qu'on le veuille ou non, l'indispensable dialogue du pays avec ses citoyens musulmans. Un dialogue d'autant plus nécessaire à Angers que viennent d'être lancés les travaux de terrassement de la grande mosquée dans le quartier des Hauts-de-Saint-Aubin. D'autant plus nécessaire aussi que le nombre d'associations d'obédience musulmane à caractère cultuel ou culturel s'est multiplié ces dernières années.



Le 15 février dernier, une partie des associations musulmanes d'Angers avaient appelé à manifester contre l'islamophobie, place du Ralliement.
Le 15 février dernier, une partie des associations musulmanes d'Angers avaient appelé à manifester contre l'islamophobie, place du Ralliement.
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Si l’Association des Musulmans d'Angers (AMA) est l’organisation représentative « historique » des musulmans sur Angers, ses dissensions ont contribué à faire naître depuis la fin des années 2000, d’autres associations parfois « concurrentes ». C’est le cas de l’Association culturelle des musulmans de La Roseraie (ACMR) –créée en mars 2009-, celle-là même qui marchait en tête du grand rassemblement républicain du 11 janvier dernier, à Angers, après les attentats terroristes de Paris.

A sa tête, Mostafa Essalah, un ancien responsable de l’AMA. On le dit discret depuis un an : il n’a pas souhaité répondre à nos questions, ne souhaitant pas « polémiquer ». C’est désormais Aadil El Makhfi qui s’affiche publiquement comme il l’a fait le 11 janvier. Mais lui non plus ne trouve pas grâce aux yeux des responsables de l’AMA, qui considèrent qu’il s’est « autoproclamé imam ». Entre les deux associations, le torchon brûle d’autant plus que l’ACMR occupe et récupère l’argent du culte de la salle de prière de la Roseraie, alors que la convention de mise à disposition a été signée entre la Ville et… l’AMA. Un différent qui n'est pas sans poser problème également du côté de la municipalité.

C’est principalement autour du coût jugé « faramineux » du projet de mosquée porté par l’AMA que s’est constituée, en septembre 2011, une autre association : l’Union des musulmans d’Angers (UMA), autour, notamment, de Radouane Frikach  et… du Professeur Abdel-Rahmène Azzouzi. L’UMA a proposé un « contre-projet » de mosquée "indépendante et à prix raisonnable", comme elle l'avait expliqué en lançant alors une pétition contre le projet actuel. Mais elle n’a jamais réellement réussi à faire entendre sa voix autrement que par ses individualités.
 
"On est des adultes et des citoyens. Chacun de nous est capable de se faire sa propre opinion" Radouane Frikach (Falsafa)

Radouane Frikach, que l’on retrouve à la présidence d’une autre association, Falsafa, très active en conférences et identifiée sur le territoire. "Nous n'avons pas prétention à gérer le culte. Notre objet, c'est la lutte contre le racisme, l'islamophobie et toutes les formes de discriminations" insiste-t-il d'entrée. C'est Falsafa qui a pris ainsi l'initiative du rassemblement contre l'islamophobie organisé place du Ralliement le 15 février dernier, avec le soutien de l'AMA mais aussi de l'Association culturelle des musulmans de Trélazé, créée elle en 2008. C'est elle aussi qui, en octobre 2012, avait offert ironiquement un pain au chocolat blanc à Jean-François Copé lors de sa venue à Avrillé.

Quand on l'interroge malgré tout sur l'organisation du culte à Angers, Radouane Frikach rejoint A-R.Azzouzi sur la nécessité, selon lui, "d'une organisation indépendante politiquement, financièrement et spirituellement". Il estime que le schéma d'organisation de l'actuel Conseil Français du Culte Musulman "n'a pas d'avenir". Il affirme aussi que "l'esprit de la loi de 1905 a été trahi"  en France au détriment des citoyens musulmans et souhaite que "l'islamophobie soit reconnue comme un délit".

Certains des intellectuels invités lors des conférences de Falsafa se montrent autrement plus critiques encore sur la question de la laïcité, à l'image d'Abdelfattah Rahhaoui, imam et directeur d'un groupe scolaire privé musulman à Toulouse, qui était intervenu à l'automne dernier à la mosquée de la Roseraie sur la question de la "Théorie du genre". "Les critiques m'ont fait rire. On est des adultes et des citoyens. Chacun de nous est capable de se faire se propre opinion" écarte Radouane Frikach.
 
"La première question que je me pose en tant qu'élue quand je suis interpellée pour un soutien, c'est : "Quel travail mène l'association avec son quartier ? Dans quelle logique de coordination s'inscrit-t-elle ?" Michelle Moreau, 1ere adjointe au maire d'Angers

A l'échelle de l'agglo angevine, de nombreuses autres associations sont actives à l’image d’Averroès, fondée en 2010 par Miloud Belarbi, éducateur spécialisé, qui s'est donné pour objectif notamment de "faciliter le travail et la coopération entre les structures associatives musulmanes"  et de "développer une compréhension de l’Islam du juste milieu : ses valeurs d’ouverture et de tolérance, son éthique ainsi que sa morale" . Averroès s'était fait remarquer fin 2013 en invitant à Angers le controversé Hani Ramadan. Un choix assumé pour cette association qui se revendique comme "chatouilleur de consciences".

D'autres structures d'obédience musulmane se sont créées autour d'objectifs para-scolaire (soutien), culturels ou éducatifs. Une profusion qu'observe avec une prudence critique, Michelle Moreau, la première adjointe au maire d'Angers en charge de la vie associative et des quartiers, très sollicitée. "On ne s'improvise pas soutien scolaire comme ça. La première question que je me pose en tant qu'élue quand je suis interpellée pour un soutien, c'est : "Quel travail mène l'association avec son quartier ? Dans quelle logique de coordination s'inscrit-t-elle ?"

Chez la première adjointe d'Angers, la prudence vaut aussi pour les cours d'apprentissage de l'arabe : "On n'apprend pas l'arabe avec le Coran", tranche-t-elle fermement, rappelant que la Vile n'a pas pour vocation de soutenir et loger tout le monde. "Ca veut aussi que ces associations doivent aussi discuter et chercher à mutualiser leurs demandes."

L’unité des turcs musulmans
Un lieu de culte spécifique depuis 1998 (rue Parmentier), 330 familles adhérentes, près de 500 personnes à la prière le vendredi et « une très forte solidarité communautaire »… l’Association culturelle turque d’Angers affiche sa solide unité. Rattachée au consulat et à l’Etat turc, c’est elle qui fédère depuis 1980 les musulmans originaires de Turquie, greffant à son calendrier religieux, certaines fêtes nationales comme la Fête des Enfants (23 avril).

Autonome, elle est restée en contact avec l’AMA dont « on soutient le projet de mosquée à 100% », indique Dindar Ayici, son président, tout en reconnaissant « à titre personnel, qu’un projet plus modeste aurait peut-être permis de la voir se réaliser avant ». Quand on l’interroge, sur l’organisation d’un islam de France, il abonde « à l’idée d’une réunion autour d’un socle commun » mais reconnait la difficulté y compris au sein de sa propre communauté à dialoguer, plus particulièrement parmi les derniers arrivés sur le sol angevin : « Le manque de vivre ensemble se joue aussi à notre échelle. Aller vers les autres est une question de volonté. »
 












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