"J'aime les rapports très intimes entre l'auteur, le personnage et le lecteur"


Rédigé par - Angers, le Jeudi 3 Décembre 2015 à 08:13


Originaire d'Angers, l'auteur de BD Thomas Gilbert est désormais installé en Belgique, où il trace un sillon très personnel, des illustrations de "Bjorn le Morphir" aux réalités adolescente des "Vénéneuses". Il sera ce week-end des 5 et 6 décembre au Centre des Congrès, en compagnie d'une cinquantaine d'autres auteurs, dans la cadre du festival Angers BD. Entretien.



Depuis Bruxelles, où il réside, l'Angevin Thomas Gilbert livre des albums d'une grande singularité, comme "Les Vénéneuses", paru début 2015, chez Sarbacane, dont voici une planche.
Depuis Bruxelles, où il réside, l'Angevin Thomas Gilbert livre des albums d'une grande singularité, comme "Les Vénéneuses", paru début 2015, chez Sarbacane, dont voici une planche.
la rédaction vous conseille
Thomas, vous revenez signer et présenter une exposition à Angers, d'où vous êtes originaire. Est-ce que venir présenter votre travail ici a une saveur particulière ?
 
"Il y a un plaisir à retourner dans une ville  aussi familière, bien que je commence à être plus Bruxellois qu'Angevin ! Recroiser des connaissances dans le cadre d'un festival est touchant, même si j'ai tendance à être concentré sur mes dédicaces : je m'excuse d'ailleurs par avance pour ceux que je ne reconnaîtrai pas dans l'instant..."
 
Vous êtes installés en Belgique depuis un moment. Est-ce que la perception de la bande dessinée est différente là-bas ? Influence-t-elle votre manière de travailler ?
 
"Ayant effectué mes études en Belgique, il me paraissait assez normal d'y travailler. J'y dessine en atelier avec des amis, auteurs eux aussi. Je ressens donc Bruxelles comme un lieu propice à la création de bande dessinée. De plus c'est une voie artistique qui est vraiment normalisée, ici en Belgique, vue de façon positive.
 
"J'aime à la fois le côté rassurant du travail à deux et la solitude et la sensation de démiurge qui peut me traverser quand je suis aux commandes"
Comment décririez-vous votre style ? Considérez-vous qu'il a évolué depuis votre "entrée dans le métier" ou y'a-t-il toujours la même trame ? Si oui, laquelle ?
 
"En tant qu'auteur, c'est difficile à dire. On peut dire que je suis très « nouvelle bd », mais c'est déjà un terme qui représente une génération d'auteurs plus âgés que moi. Je me sens aussi bien influencé par des auteurs tels que Blain ou Blutch, que l'invité d'honneur du salon de cette année, Andreas - je me réjouis de le rencontrer, même si ça m'intimide - que des auteurs japonais tel que Matsumoto.  Bien sûr, graphiquement, on évolue tout le temps, et heureusement. Par contre, narrativement, sur les albums dont je suis à la fois scénariste et dessinateur, j'essaie de faire en sorte que le lecteur soit très proche des personnages, qu'il puisse vraiment ressentir leur mode de fonctionnement. J'aime les rapports très intimes entre l'auteur, le personnage et le lecteur."

"Bjorn le Morphir" (à gauche), pour lequel Thomas réalise les illustrations, ou "Sauvage" (à droite) un projet personnel à paraître en 2016 : l'auteur angevin aime varier les plaisirs et les propositions.
"Bjorn le Morphir" (à gauche), pour lequel Thomas réalise les illustrations, ou "Sauvage" (à droite) un projet personnel à paraître en 2016 : l'auteur angevin aime varier les plaisirs et les propositions.
Comment fait-on le grand écart entre les univers d'"Oklahoma Boy" (retrouvez notre critique plus bas), de "Bjorn le Morphir" et des "Vénéneuses" ?
 
"Chaque album dont je suis aussi le scénariste est un divertissement par rapport aux albums que je réalise avec un scénariste... et vice versa ! J'aime à la fois le côté rassurant du travail à deux -et Thomas Lavachery, l'auteur de Bjorn le Morphir, est quelqu'un de formidable- et j'aime la solitude et la sensation de démiurge qui peut me traverser quand je suis aux commandes."
 
Où trouvez-vous votre inspiration ? Comment naît chez vous l'idée d'un dessin, puis d'une BD ?
 
"Question difficile... L'inspiration, c'est tout. Mon vécu, celui de proches, des lectures, des sentiments, des instants, mais aussi de la lecture, de la musique. Le tout se mélange avec une volonté forte liée à un thème que j'ai envie de traiter. C'est assez diffus comme sensation. Et parfois, cela part d'un dessin. Je n'ai pas percé le secret de cette alchimie. Et heureusement." 
 
Quel est votre rapport à la couleur ? On vous sent très attaché à la colorisation (souvent marquante) de votre travail…

"Effectivement, la colorisation est une forte part de mon travail. Pour moi, la couleur raconte autant que les dialogues ou les personnages, il est important d'être juste. De plus j'essaye de faire évoluer les couleurs par rapport au scénario, d'explorer jusqu'où on peut aller dans la liberté de la palette. Mais je changerai sûrement d'idée au prochain projet..."
 
Quelles sont aujourd'hui vos envies de dessinateur et d'auteur ? Plus concrètement, quels sont vos projets des mois et années à venir ?
 
"Les envies, en tant qu'auteur, elles sont multiples ! La principale serait de construire une série d'albums qui seraient un vrai tour d'horizon de ma « psyché ». Concrètement, je suis sur plusieurs albums en ce moment. Je dois finir un album noir et blanc qui se nomme "Sauvage", un gros livre de 300 pages qui sort l'année prochaine. J'ai en cours un autre projet bien avancé sur "Les Sorcières de Salem", que j'espère pouvoir réaliser.
Et bien sûr des envies plus diffuses. Ha ! J'oubliais ! Je termine aussi, évidemment, le prochain tome de "Bjorn le Morphir"... et il me restera les deux dernier à réaliser !"
"Si  vous connaissez des paléontologues qui cherchent des dessinateurs, c'est avec plaisir que je travaillerai avec eux !"

Souhaitez-vous explorer des univers différents que celui de la BD (cinéma, BD reportage...) ?
 
"Pour l'instant, je suis bien ici, merci ! Parfois, l'animation me taraude, mais bon…
Ha si ! Si  vous connaissez des paléontologues qui cherchent des dessinateurs, c'est avec plaisir que je travaillerai avec eux !
 
Quelles sont vos lectures du moment ? Et les indispensables de votre BDthèque ?
 
Alors en ce moment, je ne lis pas énormément de bd : c'est la malédiction de l'auteur, il me semble. Je découvre, un peu tard, les roman de Ian Mc Ewan que je dévore un à un.
Niveau bd, je ne préfère pas me prononcer, trop peur d'en oublier ! Bon, récemment, le "Pocahontas"  (ed. Sarbacane) de Loïc Locatelli, mais c'est de la triche, c'est un copain...

Planche extraite de l'album "Oklahoma Boy", réédité en 2013 chez Vide-Cocagne.
Planche extraite de l'album "Oklahoma Boy", réédité en 2013 chez Vide-Cocagne.
Oklahoma, terre de Dieu et de mythes
C'est un ouvrage singulier que livre là Vide Cocagne, la maison d'édition nantaise. Et c'est à un Angevin exilé en Belgique, Thomas Gilbert, que l'on doit le déroutant "Oklahoma Boy". Soyons clair, ce n'est pas une BD à mettre entre toutes les mains. Violents, sanglants, dérangeants, le récit, les traits et les couleurs de Gilbert, qui retrace trois épisodes de la vie d'Oklahoma Boy, ne laissent pas insensibles.

Fils d'un fanatique religieux dans l'Amérique rurale de la fin XIXe, aumônier devenu boucher sanguinaire lors de la Grande Guerre, Oklahoma Boy est un être à part, perdu dans le labyrinthe de l'Amérique d'après-guerre, et finalement broyé par le monde moderne. Son seul refuge ? la mythologie, revisitée de manière onirique par Thomas Gilbert. Un talent à découvrir. (Critique parue dans le mensuel Angers Mag du mois d'octobre 2013)
 
Ed. Vide Cocagne, 24,90 €

L'affiche du festival Angers BD 2015, signée Andreas.
L'affiche du festival Angers BD 2015, signée Andreas.
Le festival ANGERS BD
Thomas Gilbert rejoint ce week-end, au Centre des Congrès, une cinquantaine d'autres auteurs, dans le cadre du festival Angers BD. L'ensemble de la programmation, c'est ici, mais Angers Mag a repéré quelques immanquables.

Dans le rayon expos, Thomas Gilbert (son tumblr...) sera à la médiathèque de Mûrs-Erigné, en compagnie de Léonie Bischoff. A ne pas rater, également les expos de Téhem (retrouvez notre entretien avec lui), à la médiathèque de Sainte-Gemmes, ou celle de Cédric Liano ("Amazigh", chez Steinkis), au Centre des Congrès.

Côtés auteurs, impossible de tous les citer. L'auteur de l'affiche, Andréas, sera évidemment présent ; mais on retrouvera également Fabrice Erre, collaborateur encore ce mois-ci de l'excellente Revue Dessinée et auteur au printemps d'un non moins excellent "Guide Sublime " chez Dargaud.

A noter, enfin, la présence de l'auteur angevin Erik Juszezak. En attendant le prochain tome de la série "Dantès " (de. Dargaud), on vous conseillerait bien, pour ravir les amateurs de BD, de glisser sous le sapin l'intégrale de la saison 2 d'Empire USA, parue ces jours-ci...

Angers BD - 5 et 6 décembre au Centre des Congrès d'Angers - 10h-18h30
Entrée : 4€ - Pass 2 jours/6€ - gratuit pour les - 10 ans
www.angersbd.fr




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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