Jacques Dutronc, quarante ans plus tard


Rédigé par Michel Barini - Angers, le Mercredi 17 Mars 2010 à 14:31


Pas de cactus dans la tournée que Dutronc effectue à travers son tour de France. Sans avoir l’air d’y toucher, nonchalance en avant, le dandy des années yéyé remplit invariablement les salles de concert, comme hier soir à Angers, dans un Amphitéa tout acquis à sa cause.



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À l’époque, il chantait « 700 millions de Chinois, et moi… et moi… » C’était dans les années 70. C’était au siècle dernier. Quarante ans après, ils sont 1 milliard 300 millions, et lui… et lui, il revient comme si de rien n’était, avec sa silhouette de jeune homme, sa mèche rebelle, son rictus malicieux. En frondeur qui s’assume, il refuse de réviser les chiffres de la démographie aux dépens d’un texte qu’il maintiendra par défi. C’est d’ailleurs sur ce tube au succès fulgurant qu’il ouvrira son récital dans une tempête d’applaudissements.

Dans un décor noir et blanc habilement éclairé par un jeu de lumières, juste agrémenté par de grands miroirs coulissant verticalement ou horizontalement au gré des situations, le projecteur éclaire de son halo un fauteuil club. Sans son éternel cigare qui fait fulminer les anti-tabac, chaussé de lunettes fumées qu’il ne quittera pas, l’artiste se présente tout de noir vêtu, des chaussures à la veste de cuir (qu’il troquera dans le final pour un perfecto). Confortablement installé dans son siège, évidemment ! Tout est conforme à l’image de l’affiche qui annonçait sa tournée.

La retenue est de rigueur pour ce concert. Pas de lumières flashy, pas d’assistance vidéo, pas d’extravagance, le spectacle ne se trouve pas dans le visuel, juste dans la sobriété d’une mise en scène classieuse. Dutronc, il est ailleurs, dans l’interprétation de son incroyable catalogue de tubes ou il puise allègrement de sa voix singulière. Et toujours avec ces trémolos dans le timbre qu’on accepterait mal venant d’un autre. Chez lui, c’est un signe de distinction qui s’accorde parfaitement à son style minimaliste, corrosif, parfois cabot.

En dépit d’une réputation d’oisif savamment entretenue, Dutronc ne s’est pas fait prier pour une visite guidée de ses succès. Tout y était : « Les playboys », « On nous cache tout, on nous dit rien », « Les cactus », « J’aime les filles », « Il est cinq heures », « Les opportunistes », « Gentleman cambrioleur », « La fille du Père Noël »… « La chanson qui va suivre est de 1966, je n’ai rien d’autre. Pourquoi écrire de nouvelles mélodies, rien n’a changé. » prévient t-il à un moment.

Tantôt pudique ou insaisissable, parfois discret ou maladroit face aux caméras ou aux interviews qu’il évite, l’homme, en revanche, ne compte pas ses interventions à l’adresse des spectateurs. À l’évidence, la scène, il préfère. Toujours quelques petits mots entre deux interprétations, et quand il enchaîne deux chansons consécutives, c’est sans doute pour rompre la routine et surprendre son monde. Econome de ses gestes, il ne l’est pas de ses calembours qu’il distille entre deux titres, dans une dérision qu’il manie à l’envi. Plutôt bavard, lui le taiseux !

Espiègle, au moment de se désaltérer avec de l’eau, lui le buveur de bon vin (« Y a pas de photographe, j’espère ? J’ai une réputation »), caustique, en expliquant son absence de cigare (« On m’interdit de fumer. Sur scène, oui, dans la vie, non. Je comprends les gens et les associations, mais font chier quand même »), taquin, à propos d’un couplet qu’il chante avec sa jolie choriste (« Ce duo, je vais le faire avec elle. Attention, elle est Belge, ne l’applaudissez pas tout de suite, elle pourrait croire que le morceau est fini »).

On aura quand même le droit à un final échevelé avec un danseur de claquettes aux allures de parrain latinos, une danseuse naine sortie d’un univers fellinien avec cuissardes et robe à froufrous, un corps de « balais » masculin, des tambours, un lancer de sifflets dans la foule, des guitares déchaînées. Un faux départ, puis un retour avant que le roi de la dérision n’accroche sur son micro une affiche griffonnée au feutre : « A demain ». La salle est debout, c’est fini.



Michel Barini
Michel Barini
Contributeur Angers Mag - pour le secteur des Ponts de Cé et Murs Erigné. Collabore à la rédaction... En savoir plus sur cet auteur








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