Je Suis : Quand l'accident fait naître une nouvelle personne...


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Samedi 19 Mai 2012 à 18:51


Comment se remet-on d’un accident vasculaire cérébral ? Durant plusieurs mois, Emmanuel Finkiel a filmé le combat quotidien de trois patients, de leur famille et du personnel soignant au sein d’un centre de rééducation. Chronique sensible et émouvante de l'évolution de ces hommes et femmes sur un chemin qui les mènera à tenter de reconquérir leur conscience et leur identité.



Christophe, jeune père de famille, reçoit la visite de son fils.
Christophe, jeune père de famille, reçoit la visite de son fils.
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Est-ce que l'on est toujours quelqu'un, si l'on n'a plus la conscience d'être ? C'est la question que pose Emmanuel Finkiel dans son documentaire. Dans un centre de rééducation pour patients ayant subi un choc au cerveau (chute, accident vasculaire cérébral…), trois patients miraculés cheminent avec obstination vers le retour à la vie. A travers leur parcours, les deux Christophe et Chantal luttent pour retrouver cette conscience de soi.

L’un de ses trois patients a des difficultés à se souvenir de sa date de naissance et arbore un sourire de sphinx. Il était un souriant professeur de tennis avant son accident vasculaire cérébral. La seconde, Chantal, ancienne directrice d'agence bancaire, ne parvient plus à se souvenir des noms et de l'âge de ses deux filles, parle d’une voix fluette, parfois incompréhensible, et ne sait plus associer une image de lunettes au mot “lunettes”. Le troisième bave, a du mal à bouger ses bras, fait des efforts surhumains pour lancer une balle dans un seau placé à vingt centimètres. Avant de prendre le portique de ses enfants sur la tête, il était comptable.

Emmanuel Finkiel filme les exercices de ces accidentés, leurs maladresses, leurs efforts en de beaux plans, consistants, intenses. Dans ce film, le temps n'a pas d'importance, à l’intérieur de chaque scène mais aussi au fur et à mesure des saisons, car les micro-progrès d’un exercice s’additionnent en de sensibles améliorations sur le long terme. Ils ne reviendront peut-être jamais à leur état antérieur, mais ils auront courageusement réappris à redevenir des personnes.

Par leur dévouement, leur générosité et leur retenue émotionnelle dans un contexte extrêmement dur, les proches apparaissent eux aussi comme des héros du quotidien. Dans ce film, des parents expliquent que c’est grâce à leur croyance en leur fils que celui-ci a émergé d’un long coma. Le film est plein de ces modestes épiphanies qui bouleversent, mais sans jamais aller jusqu'à la profonde émotion.

Le réalisateur interroge la notion de mémoire et d'identité. La caméra se place au plus près des visages, celui impassible du Christophe, joueur de tennis, et celui ému du Christophe jeune papa .Et les mains, celles de Chantal, sont hésitantes et prennent une grande place dans le cadre. Bien que la caméra soit intime, elle n'est jamais indiscrète. Car ce qui a intéressé Emmanuel Finkiel, ce n'est pas tant de montrer la dégradation du corps et de l'esprit, mais c'est de dire et révéler comment la vie pourra reprendre ses droits chez ces personnes et leurs familles, à travers la naissance d'une nouvelle identité.

Dans cet univers dramatique, il y a place pour l’humour avec le trait burlesque inattendu. Le rire provenant souvent de corps inadaptés, il n’est pas anormal que ces êtres en décalage avec la société provoquent parfois le sourire. Un sourire certes vite étouffé par la réalité dramatique de leur condition, mais qui aide aussi à la surmonter. Tout comme ce film qui fait face aux douloureuses injustices de l’existence.

La mise en scène se fait discrète et seulement pour servir de passerelle entre les patients et nous. La musique est intemporelle, on reconnaît du Tchaïkovski. Tout est mis en place pour renforcer l'effet de miroir : les personnes que nous observons ne sont qu'un simple reflet de nous-mêmes, c'est notre propre identité que le documentaire questionne. Reste un documentaire bouleversant, qui fait inévitablement écho aux interrogations auxquelles chaque existence est confrontée.

Pierre-Yves.









1.Posté par Henry Lelievre le 21/05/2012 22:59 | Alerter
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TRES belle critique Monsieur Pierre-Yves pour un très beau documentaire. Je félicite et encourage cette action menée par des jeunes qui ont soif de cinéma. Cette analyse rejoint la qualité de celle pour La Terre Outragée, ou encore ultérieurement sur The Artist.
Encore bravo pour cette magnifique critique monsieur, en espérant que vos collègues m'épatent avec d'autres analyses aussi belles ! Vive le cinéma !
Henry Lelievre








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