"Je n'ai pas envie que le secteur agricole devienne le textile de demain"


Rédigé par - Angers, le 18/08/2015 - 12:56 / modifié le 18/08/2015 - 12:56


Suspendu faute d'entente avec les gros opérateurs industriels du secteur, le marché du porc breton doit reprendre ce mardi. Sans garantie ni sur les prix, ni sur la présence des industriels en question, laissant le sentiment d'une crise systémique ici comme dans de nombreux autres secteurs agricoles. Questions à Emmanuel Lachaize, le secrétaire général de la FDSEA de Maine-et-Loire.



Emmanuel Lachaize au micro, lors d'une manifestation en novembre 2014 à Angers.
Emmanuel Lachaize au micro, lors d'une manifestation en novembre 2014 à Angers.
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Une réunion de négociation ministérielle sans les grands opérateurs industriels, une cotation qui reprend sans engagement... est-ce que l'organisation même du marché du porc n'est pas problématique ? Doit-on continuer à exporter autant ?

"J'ai entendu José Bové remettre en cause cela. Je veux bien mais si vous n'avez que les interlocuteurs du marché intérieur au marché du porc breton, il va y avoir rapidement un problème. Parce que nos entreprises agro-alimentaires font 30% d'exportation sur le porc et nous bénéficions d'échanges en contreparties d'importations d'autres productions. On est dans l'Europe, on est donc bien obligé de rentrer dans ce cadre de marché. Pour celui qui veut faire machine arrière, ce sera très compliqué."

Sauf que la loi d'offre et de la demande, sans régulation, ni équilibre, pose de vrais problèmes, non ?

"Oui. L'Europe fonctionne à 27 pays, avec 27 membres qui opèrent différemment et, grosso modo, n'ont en commun que leur monnaie. L'harmonisation est prônée constamment par la France mais je ne crois pas que les autres pays l'entendent de cette oreille. Résultat : nous, les agriculteurs français, on ne peut pas lutter dans ce libre marché. Deux solutions : ou l'Etat dit "on prend les mesures pour devenir compétitif !", ou alors, si on veut rester sur des prix corrects, il faut qu'il compense. C'était quand même le 1er objectif en 1992 de la Politique agricole commune : emmener les prix vers un cours mondial, au travers d'aides compensatoires sauf que ces aides, qui ont beaucoup changé, ne suffisent plus."

Etre compétitif, ça veut dire s'agrandir ?

"Il faut savoir à un moment donné ce que l'on veut. Qu'il y ait un marché pour des petites exploitations, positionnées sur des circuits courts, oui, bien sûr. Mais n'importe quel être humain peut comprendre qu'il ne peut pas y avoir que ça ! On défend notre place sur le marché international, on ne va quand même pas laisser des parts de marché en Inde, en Chine ou même des pays du Nord-Maghreb où il y a une demande."
"Pour moi, c'est le moment de ressortir le projet de TVA sociale."

N'y a t-il pas une fuite en avant derrière cette logique d'agrandissement ?

"Depuis plusieurs semaines, la FNSEA n'a jamais dit que les exploitations françaises n'étaient pas assez grosses. Ce qui me fait rire, c'est que sont plutôt certains journalistes qui nous demandent aujourd'hui, face à la crise, si ce n'est pas la taille de nos fermes qui est problématique. Ce n'est pas parce qu'une exploitation va faire plus de volume, qu'elle va gagner plus d'argent. On fait certes des économies d'échelle mais il y a des charges qui sont toujours là, il faut pouvoir agir sur d'autres leviers."

Lesquels ?

"Pour moi, c'est le moment de ressortir le projet de TVA sociale. A l'échelle de l'Europe, on vit dans un des pays où on est le mieux soigné, où on est le mieux remboursé et, lorsqu'on est confronté au chômage, où on est quand indemnisé même si on peut toujours dire que ce n'est pas assez. Je ne le remets pas en cause ce système, c'est un bien de la France sauf qu'on finit par ne plus savoir qui le finance. Sauf qu'en le faisant supporter seulement par le coût du travail, on va dans le mur. Et je n'ai pas envie que le secteur agricole devienne le textile de demain. Or la crise touche aujourd'hui la production dans tous les secteurs."

Dans quel état d'esprit sont vos adhérents aujourd'hui ?

"Ce n'est pas retombé du tout. Les agriculteurs ne croient plus dans la parole de nos responsables politiques. Et comment ne pas les comprendre ? Ils veulent du concret. Que se passe-t-il ? Vous sortez d'une table-ronde, il y a un engagement mais il n'est pas tenu 24 heures après. C'est ce qui s'est passé aussi pour le lait. Ce n'est quand même pas normal dans un pays comme le notre, d'arriver à une énième réunion au ministère pour s'entendre dire qu'on a pris la mesure de la gravité de la situation. Ma crainte, c'est qu'ils finissent par ne plus croire en la parole syndicale non plus. Ce n'est pas le cas en Maine-et-Loire, car on maitrise les choses, je pense, mais combien de temps pourra-t-on les faire patienter ?"




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