"Je ne demande pas l'impossible, mais de vivre de mon métier correctement"


Rédigé par - Angers, le 06/08/2015 - 07:51 / modifié le 15/10/2015 - 08:18


La crise agricole n'est pas finie. Prolongement plus apaisé des opérations menées ces dernières semaines, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs, les deux principaux syndicats du département, organisent un pique-nique familial ce jeudi midi dans le jardin du musée des Beaux-Arts d'Angers. Des femmes agricultrices rencontreront aussi le préfet à 10h. Installée depuis 2008 en élevage laitier au Vieil-Baugé à l'est d'Angers, Francine Meunier, 36 ans, témoigne.



Francine Meunier et François, son mari, conduisent une exploitation de 75 ha pour 400 000 hl de quota laitier. Un plaisir, une passion mais aussi des contraintes et "un manque de reconnaissance".
Francine Meunier et François, son mari, conduisent une exploitation de 75 ha pour 400 000 hl de quota laitier. Un plaisir, une passion mais aussi des contraintes et "un manque de reconnaissance".
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Nous sommes installés avec François, mon mari, sur une exploitation de 75 hectares en lait et vaches allaitantes, avec un quota de 400 000 litres. Mon installation remonte à avril 2008. Auparavant et pendant huit ans, j'ai exercé le métier de technicienne dans une structure de conseil aux exploitations laitières, un emploi que j'ai quitté pour réaliser mon rêve. Depuis l'âge de 13 ans,  mon objectif était de travailler à mon compte en élevage. On a d'abord cherché à s'installer à deux avec François, sans y parvenir dans un premier temps. François s'est donc installé seul d'abord en 2004 pendant que j'assurais les arrières en attendant l'opportunité de le rejoindre. On a lancé un atelier de vaches allaitantes et ajouté 70 000 litres de lait au quota de l'exploitation pour cela. Je ne regrette rien même si les temps sont durs. C'est une passion à la base, il faut la vivre. Après, il faut pouvoir en vivre."

Rêves et réalité
"Dans mon esprit, l'idée était de travailler à échelle humaine, en réussissant à conjuguer vie de famille et vie professionnelle. Aujourd'hui, je m'aperçois que plus ça va, plus on doit en faire, ce qui nous oblige à nous interroger sur la forme à donner à notre développement. Il faut évoluer, vivre avec son temps et si on veut être compétitif, avoir un volume de production conséquent. Concrètement, ça veut peut-être dire demain un robot de traite. Avec 200 000 litres autrefois, on arrivait à vivre. Aujourd'hui, on est à 400 000 litres. C'est passé par des investissements et donc des annuités à rembourser. Après, on ne vit pas dans un stress permanent mais on aimerait bien avoir un peu plus de reconnaissance. Cette année, ça fait mal : on nous met la tonne de lait à 300 € contre 370 € l'an passé. A 0,07 € de différence du litre de lait, le calcul est vite fait : c'est 28 000 € en moins pour l'exploitation et nos deux salaires qui y passent.  On ne peut pas partir au boulot, en se disant, on n'aura pas de revenus cette année. Avec les contraintes de travail, ça passe pas."
"A 0,07 € de différence du litre de lait, le calcul est vite fait : c'est 28 000 € en moins pour l'exploitation et nos deux salaires qui y passent."

La crise de l'été
"Je la trouve pire que les dernières fois. C'est peut-être le fait qu'elle touche toutes les productions, que le climat hyper sec a ajouté à la pression, mais c'est sans doute aussi le sentiment de ras-le-bol qu'elle véhicule. C'est fatiguant, d'être toujours obligé de se battre pour se faire entendre. On a l'impression de tourner en rond. On nous dit, "on va faire" mais au final, rien ne bouge. J'ai le sentiment que transformation et distribution ne veulent pas changer leurs façons de faire : pourquoi leur faudrait-il abaisser leurs marges s'ils peuvent taper sur les producteurs ? Quand ils nous disent "on vend le lait en Allemagne à tel prix, on ne peut pas vous payer plus", très bien. Mais pourquoi lorsque ce prix augmente, ne peuvent-ils pas nous payer plus ? Si ce n'est pas donnant-donnant, où est la logique ?"

Les prix
"Pour moi, le prix reste le nerf de la guerre. Nous sommes les premiers maillons de la chaine, on draine nombre d'emplois par notre activité mais il n'y a pas de valorisation de notre travail. Notre crainte, c'est que l'an prochain, ils se basent sur les prix de cette année, ce qui signifierait pour nous deux ans de difficultés de trésorerie. Je veux bien croire qu'il y a plus compétitif que les exploitations françaises mais nos voisins ont-ils nos contraintes sociales, sanitaires et environnementales ? C'est énormément de temps et d'énergie, on produit de la qualité mais personne ne veut y mettre le prix. Quelques centimes de plus pour nous, c'est un impact fort. La grande distribution, c'est 40 % de marge sur le lait.

Les revenus
Nos revenus sont les mêmes depuis 2004 : 1200 € pour chacun d'entre nous, c'est le SMIC. Mais depuis mars, il n'y a qu'un salaire prélevé. Les années passent et on n'a pas fait évoluer les choses. Quand on discute avec des amis ou des gens d'autres milieux sociaux, c'est pas toujours facile à vivre. Après, on l'a choisi notre métier et on savait où on allait. Et on n'oublie pas la dimension plaisir et liberté du métier. Je préfère être bien dans ma peau, bien en famille avec un peu moins, ça reste le principe de base. Après je ne demande pas l'impossible, mais de vivre de mon métier correctement, à la juste valeur de notre produit.
"C'est énormément de temps et d'énergie, on produit de la qualité mais personne ne veut y mettre le prix. Quelques centimes de plus pour nous, c'est un impact fort."

Les enfants, la vie de famille
Nos trois enfants sont dedans tous les jours, ils nous entendent même si le discours financier, je pense, les dépasse un peu pour le moment. Ils voient bien que ce sont des heures et des heures de travail, mais je fuis les discours de découragement. Ca reste un métier de plaisir et de passion. On vit au rythme des saisons, on a toujours l'adrénaline des périodes de semis, la fierté de ce que l'on fait. Et puis, en tant que mère, c'est la satisfaction de pouvoir être avec mes enfants pendant les vacances, de leur montrer ce qu'on est capable de faire aussi. Enfin, on travaille avec du vivant, c'est la petite flamme du matin. Les vacances ? Depuis dix ans, on prend chaque été une semaine à laquelle je tiens comme à la prunelle de mes yeux. On n'a plus de contraintes horaires, on coupe, on casse le rythme, c'est un temps essentiel pour nous."




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur








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