Jean-Damascène Habarurema, l’émerveillé


Rédigé par - Angers, le 08/10/2014 - 19:18 / modifié le 22/12/2014 - 10:58


Vingt ans après le génocide rwandais qui a décimé sa famille, l’athlète angevin a terminé 13e du marathon aux championnats d’Europe à Zurich en août dernier. Et trouvé dans cette aventure sportive en bleu-blanc-rouge, de quoi alimenter sa quête existentielle.



Jean-Damascène Habarurema, l’émerveillé
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Mardi 2 septembre, 10h30. Le soleil donne à plein sur l’étang Saint-Nicolas. Au bout de la rue Saint-Jacques, veste de jogging tricolore sur les épaules, Jean-Damascène Habarurema est exact au rendez-vous. Son large sourire aussi. Depuis le retour de Zurich, au milieu des centaines de coureurs angevins qui arpentent chaque jour les chemins du parc, c’est ici que le fondeur franco-rwandais récupère du marathon disputé lors de la journée de clôture des championnats d’Europe, le 17 août.

Course le matin, course l’après-midi. Parfois seul, parfois en compagnie d’un ami, spécialiste du 10 000 m. « Ça va de mieux en mieux, glisse Jean-Damascène. Mais il faut quand même du temps au corps pour récupérer. » Ce n’est pas lui qui vous rappellera qu’il disputait en Suisse seulement le… deuxième marathon de sa carrière (après celui de Berlin en octobre 2013). En un mot, qu’il n’est « pas marathonien ». 13e en 2 heures 16 minutes et 4 secondes et deuxième français, le sociétaire de l’Entente Nord Anjou (ENA) a confirmé ses dispositions pour la distance et contribué à la très jolie deuxième place par équipe de la France sur l’épreuve.

« Equipe », « France »… les mots éclairent de suite le regard perçant de Jean-Damascène. Dans son appartement, mis à disposition par la Ville d’Angers non loin du parc Saint-Nicolas, le dossard suisse est resté collé au sac de sport. Pas par fétichisme. « Quand il a obtenu ses papiers il y a deux ans, il s’est entrainé encore un peu plus fort avec cette volonté de prouver qu’il avait sa place. Pour lui, c’est une fierté, sans doute » éclaire Daniel Beaudot le président de l’ENA.

« Quand je pense à la douleur et à la souffrance que demande le marathon et, en même temps, à la volonté de ne pas décevoir la France, le sélectionneur, soi-même, cette 13e place, ça va au-delà de mon existence » explique Jean-Damascène. Il parle d’ « émerveillement », dit que « la grandeur de l’homme, c’est le déchirement » et cite cet extrait de psaume qui l’habite : « O Seigneur, qu’y suis-je pour mériter ça ? »

"Si Dieu le veut..."

Novembre 2011 à l'arrivée du Cross du Courrier de l'Ouest qu'il remporte pour la deuxième fois.
Novembre 2011 à l'arrivée du Cross du Courrier de l'Ouest qu'il remporte pour la deuxième fois.
De l’Evangile aux sciences de l’éducation qu’il a étudiées à la Catho – il y a passé un Master -, il parle d’un cheminement naturel, « la parole » en guise de boussole d’une quête identitaire assumée. « Qu’est-ce que je veux faire de mon existence ? Où est ma place ? Mes questions existentielles fondent mon parcours et j’essaye de les transformer en travail intellectuel ».

« Si Dieu le veut », il terminera cette année une thèse sur le thème « Penser la reconnaissance au miroir de l’identité », un sujet qui fait bien évidemment écho à tout son être. Et qu’il espère mettre à profit pour, peut-être, enseigner, former. Daniel Beaudot confirme le plaisir qu’il prend à conseiller les jeunes athlètes du club.

En attendant, pour vivre, et parce que les primes de courses ne lui suffisent pas, Jean-Damascène assure le gardiennage de nuit dans un foyer. Une activité qui lui permet de s’entrainer le jour. Et le repos ? « Je récupère la journée et je sors peu. Au cinéma, je m’endors » sourit-il. Au Grand Ecran, il préfère la lecture de Saint-Augustin, d’Axel Honneth, de Paul Ricoeur et de la Bible, bien entendu. « Si Dieu m’aide, j’aimerais bien faire partie de l’équipe de France pour les prochains championnats du monde. » Tout le mal qu’on lui souhaite.

Bio Express
1976. Naissance le 4 décembre à Butaré au sud du Rwanda d’un père agriculteur et d’une mère institutrice.
1994. Le génocide le laisse orphelin de son père et de huit de ses frères et sœurs.
1997. Recueilli par les frères de Saint-Gabriel, il quitte l’Afrique pour rejoindre une communauté en Inde puis, en 2001, une autre en Thaïlande.
2003. Arrivée à Angers. Commence véritablement à courir.
2009. ]bRemporte son premier Cross du Courrier de l’Ouest dont il bat le record (9,660 km en 29 min 50 s).
2012. Obtient la nationalité française et dispute pour sa première sélection nationale les championnats du monde de semi-marathon à Budapest. Il termine 20e et premier européen !
2014. Termine 13e du marathon aux Championnats d’Europe à Zurich en 2h16mn04s.




Journaliste, rédacteur en Chef d'Angers Mag En savoir plus sur cet auteur





1.Posté par Stasi le 09/10/2014 09:56 | Alerter
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Très bel article sur une très belle personne, que j'ai eu le plaisir de voir courir au cross du Courrier de l'Ouest en 2009, et le plaisir de l'interviewer à l'arrivée de cette même course. Quand la course à pied dépasse le sport pour atteindre une dimension spirituelle.
Jean-Charles Stasi

2.Posté par Cd le 16/12/2014 20:52 | Alerter
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merci pour cet article qui parle d'un être exceptionnel. Jean possède le don de nourrir l'homme et de nous faire revenir a l'essentiel de l'existence. Il vous offre son sourire, sa simplicité, sa gentillesse simplement parcequ'il ne sait pas manquer de générosité. Bravo à l'homme de coeur et au grand champion. Bonne route Jean et MERCI !

3.Posté par HUBNER Patrick le 05/01/2015 14:48 | Alerter
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Formidable exemple mis en lumière par un reportage de Canal Plus. Et véritable quête de lumière illustrée par le parcours spirituel, intellectuel et sportif de cet être rescapé du sombre néant du génocide rwandais et qui fort de sa foi a accordé son pardon à l'assassin de sa propre sœur. On serait tenté de mettre en exergue cette fameuse parabole de l'Electre de Giraudoux :
Femme Narsès- [...] Comment cela s'appelle-t-il, quand le jour se lève comme aujourd'hui, et que tout est gâché, que tout...








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