Jean-Paul Saint-André : « L’université n’est pas une fabrique à chômeurs »


Rédigé par Yves BOITEAU - Angers, le 21/09/2013 - 08:34 / modifié le 22/09/2013 - 19:44


20 900 étudiants devraient rejoindre cette année les rangs des facultés et instituts de l’Université d’Angers à Belle-Beille et Saint-Serge, soit une progression de +7% des inscrits. Au sortir d’une année ponctuée de tensions budgétaires et à la veille de la mise en œuvre de la régionalisation des universités, son président, Jean-Paul Saint-André, fait le point sur ses projets et ses ambitions.



Le président Jean-Paul Saint-André devant la Fac Saint Serge à Angers
Le président Jean-Paul Saint-André devant la Fac Saint Serge à Angers
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200 étudiants de plus sont accueillis en première année à l’Université d’Angers, une surprise ?
« Nous avons une démographie positive dans la région, en particulier au niveau des jeunes. Et le taux de suivi dans l’enseignement supérieur y est inférieur à la moyenne nationale. De fait, dans les dix ans, nous allons faire face à une augmentation significative des effectifs. Maintenant, 200 étudiants de plus sur 2 000 primo-entrants, ça représente 10 % de progression (2 220 inscrits très précisément - ndlr) et ce niveau-là d’augmentation, non, on ne s’y attendait pas. »

Les inscriptions sont closes ?
« Non. On ne parle là que des inscriptions des bacheliers de juin dernier. Comme chaque année, c’est le 15 janvier que nous remonterons nos inscriptions au ministère et que nous serons en mesure de connaître les effectifs globaux. Ils étaient de l’ordre de 19 500 l’an passé, nous approcherons donc probablement les 20 000 étudiants. »

Quels projets porte l’Université d’Angers cette année ?
« En terme de formation, nous en avons deux importants qui sont en réalité des adaptations de l’existant. Le premier, c’est celui d’une école polytechnique universitaire qui engloberait plusieurs filières de formation autour de l’Istia(1), notre école d’ingénieurs, dont nous avons inauguré les nouveaux locaux au printemps. L’idée serait de délivrer un diplôme d’ingénieurs à des gens formés chez nous dans les domaines du génie-civil, de la santé et des bio-produits ou encore de l’immobilier. »

Polytechnique, c’est quoi ? Une marque ? Un label ?
« Polytechnique, ça veut dire qu’on délivre un diplôme d’ingénieurs dans une école qui propose plusieurs spécialités et fait partie d’un réseau baptisé Polytech. On a déposé notre demande fin juillet à la commission des titres d’ingénieurs. Le dossier est en cours d’évaluation et normalement, si l’avis est positif, les nouvelles formations démarreront à la rentrée 2014. On espère la réponse pour janvier. »

Quelle ambition sous-tend ce projet ? C’est une question de notoriété ?
« L’image et la notoriété de l’université comptent. Celle de notre école d’ingénieurs aussi, qui sera beaucoup plus importante, si on y propose plusieurs formations. Et puis il y a la valeur ajoutée d’un diplôme d’ingénieurs par rapport au diplôme universitaire classique, au niveau de l’insertion professionnelle. »

L’autre « grand projet » ?
« Il concerne l’entrée dans les métiers de santé – médecine, pharmacie, sage-femme, pôle oncologique... – pour lesquels la loi a permis l’expérimentation d’alternatives à la première année commune aux études de santé. Nous souhaitons proposer quelque chose d’unique en France, la création d’une licence qui permette de sortir du système actuel de sélection par l’échec. Elle permettra d’entrer dans des formations de santé mais aussi dans de nombreuses autres. Nous voulons garder à l’université ces excellents bacheliers scientifiques qu’on recrute en première année et qu’on rejette massivement après deux années d’études. On va leur proposer de faire une licence complète avec la possibilité de mener des études de santé, d’entrer dans des formations d’ingénieurs ou dans d’autres formations universitaires. »

"L’aide d’urgence obtenue du ministère, avec l’appui des collectivités locales, nous a permis de résoudre globalement les problèmes de locaux à la faculté des Lettres et à l’IUT pour faire en sorte qu’ils soient de nouveau utilisables."

Où en est ce projet ?
« Il est soumis au ministère. Nous aurons la réponse en octobre et là aussi, on a de bons espoirs qu’elle sera positive. En fonction de l’état d’avancement, nous la mettrons en place soit pour la rentrée 2014, soit pour la rentrée 2015. ». La bonne nouvelle est arrivée le lundi 9 septembre, par la ministre de l'enseignement supérieur Geneviève Fioraso en personne.

Et pour cette rentrée-ci, pas de nouvelle formation ?
« Nous sommes dans l’adaptation de ce qui existe et notamment l’ouverture à l’apprentissage. Deux formations s’ouvrent à cette forme d’enseignement : une dans le domaine informatique pour les Masters 1 et 2, et l’autre dans le domaine du végétal avec une licence professionnelle ”agriculture biologique” ».

Je reviens à l’insertion professionnelle. Depuis votre arrivée à la présidence de l’université, vous insistez fortement sur ce sujet. Pourquoi ?
« Parce que le rôle de l’université, c’est d’accompagner les jeunes dans la période transitoire entre le lycée et leur vie citoyenne et professionnelle d’adulte, ce qui comporte l’acquisition des connaissances et des compétences pour trouver un métier. Et contrairement à la rumeur, notre taux de réussite est excellent : les chiffres du ministère donnent, pour les Masters, des taux de 80 à 97 %, d’insertion. Ça nous fait toujours mal d’entendre dire que l’université est une fabrique à chômeurs quand on voit que sur l’ensemble des universités françaises, les Bac +5 sont à plus de 80 % d’insertion à six mois, ce qui est très au-dessus des BTS qui, eux pourtant, ont une réputation d’excellence. »

Comment expliquer alors les préjugés qui entourent encore l’université ? Est-ce un problème de communication ?
« Je crois surtout que c’est une méconnaissance de nous-mêmes. Ça ne fait pas si longtemps qu’on mène des enquêtes sur l’insertion professionnelle de nos étudiants et qu’on communique nos chiffres. Longtemps, ça n’intéressait pas trop les universités de savoir ce que devenaient leurs étudiants. La bascule, c’est aussi 2007 et la loi de réforme des universités (LRU). Elle a mis l’insertion professionnelle dans nos missions alors que culturellement, on avait plutôt tendance à former des gens pour l’enseignement et la recherche, en négligeant les autres canaux de développement. Au sein même du personnel universitaire et notamment du corps enseignant, les choses changent sur ce point. »

Un bon taux d’insertion mais aussi le meilleur taux de réussite de France pour l’obtention de la licence en trois ans. Pour autant, vous restez l’une des universités les plus sous-dotées financièrement : c’est de l’injustice ?
« Oui. Notre dotation est une forme d’injustice et ça pose un problème d’équité de traitement entre les étudiants des différentes universités. Je l’ai dis au ministère en pointant le risque de découragement des enseignants et en indiquant aussi qu’à cause de cette sous-dotation, nos résultats en recherche étaient bons mais pas à la hauteur de ce qu’ils devraient être. Tout simplement, parce que nos enseignants consacrent d’abord leur activité à l’encadrement des étudiants. »

Avec le recul, quel regard portez-vous sur le compromis budgétaire trouvé avec le ministère ?
« L’aide d’urgence obtenue, avec l’appui des collectivités locales, nous a permis de résoudre globalement les problèmes de locaux à la faculté des Lettres et à l’IUT pour faire en sorte qu’ils soient de nouveau utilisables. Le ministère nous a accordé des crédits qui ont permis de réduire considérablement notre déficit par rapport aux prévisions.

Et puis, nous avons un plan de retour à l’équilibre qui s’accompagne de l’affectation de 35 postes non seulement sur 2013 mais avec la promesse que ce soit sur plusieurs années. Ça nous permet d’envisager l’avenir de façon un peu plus positive mais ce n’est pas suffisant. Nous avons fait beaucoup d’efforts. La discussion que nous avons aujourd’hui avec notre tutelle porte sur l’augmentation de ce plafond d’emplois, pour nous permettre de revenir à un niveau acceptable. »

"Lorsque nous avons été reçus ensemble au ministère début juillet, c’est la première chose que nous avons dite : “Ne comptez pas faire des économies par notre rapprochement !"

Quel est l’enjeu ?
« Que l’université d’Angers tienne toute sa place dans l’espace régional. »

On y vient. La création d’une université régionale regroupant Nantes, Angers et Le Mans est dans les tuyaux. Où en est-on ?
« Cette régionalisation est inscrite dans la loi et il y a une volonté politque forte de la région d’avancer sur le sujet. Ça se fera sous la forme d’un rapprochement du pilotage de la formation et de la recherche dans le respect de l’indépendance des trois universités. Juridiquement parlant, chacune conservera sa personnalité morale, son président, son conseil d’administration mais une structure chapeautera l’ensemble et donnera un certain nombre de grandes orientations en formation et recherche. »

A quelle échéance ?
« Sur la plan juridique et administratif, c’est deux ans. Sur la plan opérationnel, c’est un processus de longue haleine. »

Quels espoirs fonder dans cette régionalisation des universités ?
« Il y a en a d’abord un qu’il ne faut pas avoir, c’est qu’elle soit source d’économie. Parce que les trois universités sont sous-dotées. Lorsque nous avons été reçus ensemble au ministère début juillet, c’est la première chose que nous avons dite : “Ne comptez pas faire des économies par notre rapprochement !”. La Région et les trois agglomérations étaient présentes et ont repris ce discours. Maintenant est-ce qu’on peut-être plus efficient ? Sûrement. Est-ce qu’on peut être plus lisible à l’international ? Sûrement aussi. Parce qu’en nous regroupant, on sera présent sur l’ensemble de la formation et de la recherche dans tous les domaines de l’enseignement supérieur. »

Il va vous falloir maintenant convaincre vos équipes et les étudiants. Comment appréhendez-vous cela ?
« Ce travail est commencé. D’abord parce que notre politique de communication interne va dans le sens d’une transmission de l’information au fil de l’eau. Ensuite parce que lors de la préparation de la discussion de la loi, se sont tenues des Assises de l’enseignement supérieur avec des assemblées générales qui ont permis de communiquer sur ce projet. Lors de cette rentrée, j’en parlerai aussi et nous organiserons certainement une assemblée générale en cours d’année. Il s’agit de faire passer l’information sur la pertinence et la nécessité de ce projet, tout en assurant que l’Université d’Angers continuera d’exister en tant que tel. Un objectif pour nous est de faire valoir notre capacité à porter des projets au nom de cette structure régionale, je pense à l’expérimentation en offre de santé. »


[BIO EXPRESS]

1949 : naissance à Angers.
1978 : docteur en médecine, spécialiste en anatomie pathologique.
1989 : professeur d’anatomie pathologique à la faculté de médecine d’Angers.
2001 : doyen de la faculté de médecine d’Angers.
2012 : président de l’université d’Angers.


Façon Proust

Jean-Paul Saint-André : « L’université n’est pas une fabrique à chômeurs »
Le bonheur parfait selon vous ?
« Cela n’existe pas ».

Le trait de caractère dont vous êtes les plus fier ?
« La ténacité ».

Votre qualité préférée chez une femme ?
« La droiture ».

Et chez un homme ?
« La droiture (je ne comprends pas que la réponse puisse être différente) ».

Votre personnalité préférée ?
« Martin Luther King ».

Votre artiste préféré ?
« Maria Callas ».

Votre film culte ?
« “Meurtre dans un jardin anglais” de Peter Greenaway ».

Le livre qui a changé votre vie ?
« “Le Pavillon des Cancéreux” d’Alexandre Soljenitsyne ».

Votre chanson préférée ?
« “Göttingen” de Barbara ».

Votre plat préféré ?
« Une tarte aux pommes ».

Votre meilleur souvenir professionnel ?
« Le jour où la faculté de médecine d’Angers a été classée première faculté française pour les résultats de ses étudiants à l’internat ».

Que détestez-vous le plus au monde ?
« La lâcheté ».

Le défaut qui vous inspire le plus d’indulgence ?
« La paresse ».












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