Jilali Hamham, fieffé lettré


Rédigé par - Angers, le Mercredi 22 Mars 2017 à 07:30


Avec "93 Panthers", son roman noir publié au sein de la prestigieuse maison d'éditions Rivages, l'Angevin, élevé à Verneau, confirme un talent d'écrivain révélé dès son premier livre, "MachiAdam". Le tout verni d'une gouaille nourrie au sein de ses identités.



Jilali Hamham, fieffé lettré
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Le livre est sorti sans qu'on s'y attende, depuis la petite sacoche noire qui ne le quitte jamais. Au milieu de la discussion, Jilali Hamham a fait jaillir Les Contemplations de Victor Hugo : les mots du grand homme, dégainés comme une arme d'instruction massive, pour justifier son goût de la langue, autant que celui du risque.

Il y a quelques années, le désormais trentenaire issu du quartier de Verneau, à Angers, avait déjà dégainé d'autres écrits -les siens- devant le pape français du roman noir, François Guérif. Débarqué, rive gauche, dans les bureaux cossus de la maison d'édition Rivages -celle d'Ellroy, Lehanne ou Westlake pour ne citer qu'eux- en prétextant la création d'un fanzine, Jilali a présenté à l’imposante stature du commandeur le manuscrit de son premier roman, MachiAdam. Culot ou inconscience ? On miserait sur la première solution : pour arriver à ses fins, le jeune Verneausien avait compulsé toute la littérature, les vidéos et extraits audio existants sur Guérif.

Reste que c’est bien le contenu des lignes présentées par le jeune homme qui a convaincu Guérif de le publier. MachiAdam, fort de dialogues savoureux dans une langue peu vue dans le roman français et qui ne l’est pas moins, garantit à Jilali un succès d’estime. « Fils de modestes et d’illettrés, élevé dans l’oralité », le bonhomme a su coucher sur le papier la musique des mots de son quartier. Et séduire Saint-Germain-des-Prés. « J’ai toujours eu le sentiment d’appartenir à plusieurs cercles et d’être à l’aise dans chacun d’entre eux », explique Jilali. C’est vrai depuis l’enfance et l’adolescence. D’abord à l’école Gérard-Philippe, puis au sein du collège Californie, « où on n’était pas arabe ou noir, mais verneausien. Là-bas s’est construit un vrai roman local. C’est ce qui manque à l’échelle de la France : la construction d’un roman national. En ce moment, on a plutôt droit à une succession de petites nouvelles, mises les unes à côté des autres. »
"A Verneau, s’est construit un vrai roman local. C’est ce qui manque à l’échelle de la France : la construction d’un roman national. En ce moment, on a plutôt droit à une succession de petites nouvelles, mises les unes à côté des autres"

Jilali Hamham, fieffé lettré
Est-cela que Jilali a voulu raconter dans son deuxième roman, 93 Panthers ? « J’ai voulu raconter les fureurs de l’urbain et du rural, qui se rejoignent », appuie-t-il. Sans colère, ni ambition d’apporter des réponses aux problèmes actuels. « Juste l’envie de poser les bonnes questions ».
La Rue de la Paix en feu, l’indépendance –« une revendication très française »- de la Seine Saint Denis imposée par les 93 Panthers, la tentative de coup de force menée par Vendée 93, le château d’Angers réexploitée en prison secrète… la plume d’Hamham se promène avec aisance dans le roman noir avec, parfois encore, l’envie de prouver qu’il est légitime dans le concert des écrivains français.

Depuis ses premières razzias enfant, dans la bibliothèque de quartier jusqu’à sa rencontre dédicace récente, à la librairie Richer, où il a fait chavirer l’assistance en rendant un vibrant hommage à son instituteur de CP, « Monsieur Haerty », présent dans la salle, pierre après pierre, Jilali bâtit son histoire. Littéraire, avec l’ambition d’une œuvre : « Je ne veux pas faire de coups, mais une carrière ». Personnelle, ensuite, en menant une réflexion profonde sur l’identité. « J'ai une trinité identitaire, généalogique -je suis berbère- géographique -mon pays de naissance- et géosélective -les fragments d'identité que l'on se choisit. »

Guidée par « le poison sucré » de l’écriture, ainsi va la vie de Jilali : à la fois hâbleur et modeste, volubile et pudique –« peu importe qui je suis et d’où je viens, ce qui importe c’est ce que je fais et ce que je crée »- ;  le trentenaire s’en est allé, Hugo en poche et plein d’idées.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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