"Joseph Wresinski appréhendait les très pauvres par leur être, pas par leurs manques"


Rédigé par Baptiste Quiniou - Angers, le 10/02/2017 - 07:40 / modifié le 11/02/2017 - 15:32


Angers célèbre ce week-end le centenaire de la naissance d'une figure de son histoire, le père Joseph Wresinski. L'occasion de rappeler au grand public le parcours du fondateur d'ATD Quart Monde, dont la vie a été consacrée à la lutte contre la pauvreté. George-Paul Cuny, biographe et ami personnel de Joseph Wresinski, répond à nos questions avant la conférence qu'il donnera ce dimanche à Angers.



Le père Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart Monde, lors d'une interview à France Inter. Crédit photo : ATDQM
Le père Joseph Wresinski, fondateur d'ATD Quart Monde, lors d'une interview à France Inter. Crédit photo : ATDQM
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Quelles sont les origines sociales de Joseph Wresinski ?

George-Paul Cuny :  "Il vient d’un milieu qui est tombé dans la misère,  né d’un père polonais et d’une mère espagnole qui avaient immigré en France. Quand la guerre a éclaté, la famille s'est faite arrêter car son père avait un passeport allemand. Il a d'abord été emprisonné au fort de Saumur, puis  à Angers dans l’ancien séminaire pendant toute la guerre, dans des conditions d’insalubrité totales. Joseph Wresinksi est né dans ces conditions, en 1917. A la sortie de la guerre, ils ont été libérés mais la vindicte française a continué quand son père a du trouver un travail. Il est donc parti et a abandonné sa mère, avec ses deux fils, dans des conditions familiales très dures. Joseph, dès quatre ans, devait faire la messe tous les matins au Bon Pasteur, pour ramener des sous et cela a duré jusqu’à ses quatorze ans. Ils habitaient une forge désaffectée rue Saint-Jacques, qui était également insalubre. Il s’est ensuite mis à travailler et est devenu pâtissier. Il était très fier de son métier. Au même moment, il a adhéré au Parti communiste."
 
Qu'est-ce qui dans sa jeunesse l'a poussé à ses premiers engagements, religieux en particulier ?

"Quand il est devenu pâtissier, il a notamment abandonné la messe . Les moments qu’il avait connus l’avaient marqué et il a toujours pensé qu’il fallait détruire la misère. Il ne voulait pas seulement l’entretenir mais l’éradiquer. En tant que prêtre, il n’était pas riche mais sa qualité de vie était convenable. En fait, il n’a pas supporté d’abandonner le milieu d’où il venait. Un jour, on lui a parlé d’un appel de l’Abbé Pierre qui avait fondé un camp de sans logis, à Noisy-le-Grand..."
"Joseph Wresinski s’est rendu compte que personne ne voulait de la misère et que par conséquent, son message pouvait prospérer"

En quoi cela le pousse-t-il à fonder le mouvement ATD Quart Monde en 1956 ?

"Quand il s’est rendu sur le camp, il s’est dit qu’il avait retrouvé les siens. Les autorités ecclésiastiques l’ont incité à ne pas s’installer là, car ce n’était pas digne d’un prêtre. Il voulait vivre parmi ceux qu’il voulait sauver, c’est-à-dire les très pauvres. C’est comme cela qu’il a créé ATD Quart Monde. Il a changé la sensibilité chrétienne vis-à-vis des pauvres. Ce mouvement se manifeste d’abord par de la présence auprès des très pauvres, pas par la fourniture de moyens de base, comme le Secours populaire par exemple. Il cherchait à appréhender les très pauvres par leur être pas par leurs manques.

Joseph Wresinski dans le bidonville de la Campa (aujourd'hui les cités de la Courneuve). Crédit photo : Loïc Prat.
Joseph Wresinski dans le bidonville de la Campa (aujourd'hui les cités de la Courneuve). Crédit photo : Loïc Prat.
Comment s'y est-il pris pour développer continuellement le mouvement, en France et à l'étranger ?

"Des gens sont venus avec lui pour l’accompagner dès 1956, qu'il a écoutés puis formés. En 1957, il a fondé l’association « Aide à toute détresse », pour pouvoir avoir une action de sortie collective de la misère, et des volontaires sont venus vers lui. Dans d’autres pays on l’a appelé pour que des volontaires viennent s’installer. Il s’est rendu compte que personne ne voulait de la misère et que par conséquent, son message pouvait prospérer. En France ou à l’étranger, il y a notamment eu la création d’universités populaires. Le mouvement a été secondé par des gens de la bourgeoisie qui se mettaient au service des pauvres. L’exemple le plus connu est celui de Geneviève de Gaulle Anthonioz (la nièce de... NDLR), qui a même été la présidente du mouvement."
 
En quoi son engagement a-t-il influencé les politiques de lutte contre la pauvreté jusqu'à aujourd'hui ?

"D’abord, il y a eu l’action auprès des personnes très pauvres qui se sont sorties de la misère. Il a réussi à intéresser les politiques à cette question. Il a même été nommé par le Président de la République, Valéry Giscard d'Estaing en tant que personne qualifiée sur ce sujet ; Philippe Seguin (ancien haut responsable du RPR, ancien président de l'Assemblée nationale et de la Cour des Comptes, notamment NDLR) et Michel Rocard (ancien Premier ministre de François Mitterrand et Premier secrétaire du Parti socialiste NDLR) étaient ses amis... C’est avec ce dernier qu’il a initié le RMI (Revenu minimum d'insertion, en 1988, remplacé depuis juin 2009 pat le RSA NDLR) ; la Couverture maladie universelle (CMU, entrée en vigueur en 2000 et remplacée depuis le 1er janvier 2012 par la Protection universelle maladie NDLR) est également une initiative du mouvement, tout comme le droit au logement.
Aujourd’hui, on a une expérimentation du dispositif «  Territoire zéro chômeur », afin d’avoir un regard sur les emplois utiles à la société qui ne sont pas remplis. Le but est de voir comment les gens peuvent travailler et se réinsérer dans la société. Son message est toujours d’actualité car la misère n'est pas éradiquée, loin de là, est une destruction de l’homme."

"Le monde à l'envers du père Joseph Wresinski", conférence de Georges-Paul Cuny, ce dimanche à 16h30, lycée Joachim du Bellay 1, avenue Marie-Talet, Angers. Entrée libre.

Le programme des animations liées au centenaire de la naissance de Joseph Wresinski à télécharger ci-dessous. 

wresinski_15x21_bd.pdf wresinski_15x21_bd.pdf  (241.5 Ko)









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