Justin Taylor, le clavecin sans prise de bec...


Rédigé par - Angers, le Samedi 14 Janvier 2017 à 07:55


Nommé aux Victoires de la musique classique, dans la catégorie "Révélation soliste instrumental", le musicien angevin Justin Taylor, 24 ans, fait vivre le répertoire du singulier clavecin avec un entrain peu commun. Et une réelle modernité.



Justin Taylor, 24 ans, a débuté le piano à 7 ans et le clavecin à 10, dans les classes du Conservatoire d'Angers, où il reviendra au mois de mars donner une masterclass. Crédit photo : JB Millot
Justin Taylor, 24 ans, a débuté le piano à 7 ans et le clavecin à 10, dans les classes du Conservatoire d'Angers, où il reviendra au mois de mars donner une masterclass. Crédit photo : JB Millot
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Effronté ? Culotté ? Ou tout simplement libre ? Lorsqu'il a pris place sur son tabouret, le 3 janvier dernier, dans le studio 105 de la Maison de la Radio à Paris, que se sont dit les membres du jury des Victoires de la musique classique à son endroit ?
Justin Taylor s'apprêtait à en découdre avec un morceau de bravoure, "assez redoutable", le Continuum du compositeur contemporain György Ligeti -"une sorte de masse sonore"- pièce emblématique du répertoire moderne du clavecin... à cent lieues des représentations que chacun peut se faire d'un instrument traditionnellement associé à la musique baroque.
 
"C'était un pari", concède quelques jours plus tard le jeune musicien angevin -désormais installé à Paris. Un pari gagnant ? La réponse est attendue sur France 3, le 1er février, lors de la cérémonie des Victoires de la musique classique, pour laquelle Justin concourt dans la catégorie "Révélation soliste instrumental".
 
A vrai dire, quel que soit le résultat d'un vote qui engage aussi à plus de 50 % le public (vote jusqu'au 30 janvier, pour voter et soutenir Justin, c'est par ici !), la carrière professionnelle du claveciniste est d'ores et déjà placée sous les meilleurs auspices. Précisément sans doute parce que le jeune homme est à la fois effronté, culotté, libre. Et passionné. Voilà 18 mois, tout juste sorti du Centre national supérieur de musique et de danse de Paris, Justin Taylor décrochait la timbale... sous la forme de quatre prix au Concours international de clavecin de Bruges (Belgique) : parmi eux, le grand prix, le prix du public et un autre lui permettant, à 23 piges, d'enregistrer un album. Une occasion unique d'enregistrer sa version de tubes du clavecin ? Que nenni ! Justin n'aime rien tant que les défis : "J'étais peu connu et j'ai choisi de sortir un CD autour de l'œuvre d'une famille qui était peu connue elle-même", rigole-t-il aujourd'hui.

En septembre 2016, La Famille Forqueray, Portrait(s), sort chez Alpha : bingo ! Les récompenses pleuvent pour venir saluer le travail de Justin autour de "cette grand famille de musiciens". Une histoire de tensions intestines entre Antoine, le père et Jean-Baptiste, son fils, tous deux compositeurs, tous deux aspirants de la Cour et dont le premier ira jusqu'à faire emprisonner puis bannir de France le second...  Un terrain romanesque sont s'est saisi le musicien angevin pour livrer un album inattendu. "C'est une musique très étonnante, qui sort des sentiers battus, que l'on peut réellement habiter en tant qu'interprète", avance Justin.
 
Un choix risqué, encore, pour cet instrumentiste surdoué qui a longtemps considéré le piano et le clavecin comme une passion, avant de décider d'en faire son métier, "au moment du lycée" (à David d'Angers NDLR).
Etudes faciles, piano facile, clavecin facile... Trop facile, tout ça ? Peut-être juste évident. Le jeune homme, franco-américain, est issu d'une famille de mélomanes, mais pas de musiciens. Son père, John, est écrivain et critique littéraire ; sa mère, professeure d'allemand à Belle-Beille. "Mes débuts musicaux, c'était à la Galerie sonore", se souvient Justin. "J'ai adoré découvrir en groupe ces instruments du monde entier". La suite, c'est du piano à 7 ans, du clavecin à 10 ("avec une prof exceptionnel, qui m'a tout appris, Françoise Marnin"), les deux jusqu'à la fin du conservatoire parisien.
"Contrairement à ce que l'on peut croire, le clavecin ouvre à tout un tas de nuances, on peut décider de beaucoup de choses"

"Depuis la sortie du conservatoire, je me concentre sur le clavecin : c'est là où j'ai le plus de propositions et ça n'est pas évident de concilier les deux". En clair, il y a bien des claviers et des touches qui les rapprochent, "mais ce sont deux techniques bien différentes : quand je faisais plus de l'un, j'avais du mal à retrouver le toucher de l'autre", image Justin.
C'est le clavecin qui a donc sa préférence, un choix "physique : contrairement à ce que l'on peut croire, le clavecin ouvre à tout un tas de nuances, on peut décider de beaucoup de choses. Le son est produit grâce à un petit bec à plumes que l'on active avec un toucher subtil, au moment où on le souhaite", détaille le musicien, qui vit sa passion aussi bien en soliste qu'avec des ensembles de musique de chambre (lui-même a son groupe, le Justin Taylor Consort).
 
Bien loin de la poudre et des perruques associées, dans l'imagerie populaire, à la pratique du clavecin, Justin Taylor apporte de la modernité à un instrument qui a connu son heure de gloire, en terme de composition, entre 1600 et 1750. Lui se retrouve "dans le style d'écriture des grands compositeurs français, comme Couperin ou Rameau : généreux et harmonique, ils ont su mettre en valeur le son du clavecin, l'essence même de la musique".
 
Adulé puis oublié, le clavecin a retrouvé peu à peu ses lettres de noblesses dans l'univers classique, notamment chez Henri Dutilleux, mais également dans celui des musiques actuelles (les sample d'électro ou le magnifique Golden Brown des Stranglers).
Où Justin Taylor choisira-t-il désormais de ficher son talent ? Dans l'audace, certainement.

Site internet de Justin Taylor




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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