"L'Agriculture Ecologiquement Intensive a besoin de reconnaissance"


Rédigé par - Angers, le 08/02/2014 - 16:00 / modifié le 09/02/2014 - 14:31


L’École supérieure d'agriculture d'Angers accueillait cette semaine les 4e Entretiens de l'Agriculture Ecologiquement Intensive. Ni marque, ni label, cette association qui entend (ré)concilier agriculture productive et respect de l'environnement cherche à se faire mieux reconnaître. Entretien avec son président, le chercheur et économiste Michel Griffon.



Michel Griffon, président de l'AEI.
Michel Griffon, président de l'AEI.
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Ni marque, ni label, c'est quoi l'AEI au juste ?

"C'est une association loi 1901 qui se veut modeste par ses effectifs et ambitieuse par ses idées. C'est un think tank qui rassemble des gens d'univers de pensée extrèmement variés et qu'on peut diviser en deux grandes familles : 1. grosso modo des agriculteurs qui sortent ou qui ont la volonté de sortir de l'agriculture conventionnelle; 2. des représentants de tendances de la société très marquées par l'écologie et la défense de l'environnement. Nous sommes un lieu où ce dialogue est possible, souhaité et pacifique. Si bien que plutôt que d'avoir à gérer en permanence des conflits, on couve beaucoup d'idées et on peut aller vite et loin sur ces débats de société."

C'est oublier un peu vite que nombre d'agriculteurs bio voient dans l'AEI une caution verdissante de l'agriculture conventionnelle et industrielle. Les choses s'améliorent ?

"C'est loin d'être abouti. Mais nous sommes dans un pays où, on le sait, il y a une préférence marquée pour la défiance et le conflit. Nous, nous avons une préférence absolue pour la confiance et la dialogue. Je ne dirai jamais de mal de nos détracteurs, nous les appelons au dialogue sauf bien entendu les secteurs extrémistes de la société qui réfutent cette possibilité même d'échange."

Comment agissez-vous concrètement ?

"Nous menons des entretiens annuels qui marquent, chaque année, un pas supplémentaire dans notre démarche. On a parlé par le passé de lien avec l'écologie, d'innovation et cette année de la nécessité de ne pas laisser orpheline une agriculture fondée sur l'intensification écologique s'il n'y a pas dans les filières jusqu'au consommateur, une reconnaissance des qualités nouvelles de cette agriculture."

Qu'entendez-vous par reconnaissance ? C'est le juste prix ? Une nouvelle marque ?

"C'est une reconnaissance dans l'univers économique et une reconnaissance de société. L'intensification écologique améliore les qualités environnementales mais aussi, dans un certains nombres de cas significatifs, les qualités organoleptiques, c'est à dire essentiellement le goût. Un exemple : en viticulture, diminuer les engrais, c'est obliger la vigne à aller s'enraciner plus en profondeur et à faire remonter des nutriments inédits. Dans le Saumurois, un vigneron m'a expliqué en quoi, sur un terrain de schistes, ça lui a permis de structurer bien mieux les arômes de ses vins. On a une grande longueur en bouche, un bouquet exceptionnel... Bref, on découvre des correspondances de plus en plus grandes entre la qualité intrinsèque des plantes, le travail de l'agriculteur, la qualité de la transformation mais aussi de la distribution. Et il convient que la grande distribution s'en empare plus encore."

Mais lier agro-écologie, qualité et attention du consommateur, c'est déjà le travail de nombreuses filières courtes ?

"Oui, il y a un foisonnement phénoménal d'initiatives dans ce sens pour lesquelles le message est plus facile à faire passer. Ce phénomène est en cours et Internet vient le doper. Mais nous avons identifié un danger dans nos Entretiens, c'est que ce foisonnement de contacts du producteur au consommateur aboutisse à la création d'un Amazone de l'agroalimentaire qui écrase l'ensemble et, notamment, la qualité. Alors que ce que tout le monde recherche, c'est la distinction du produit, son insertion dans une culture, une histoire, un terroir etc..."

"Mais quand on se promène dans les rayons d'une grande surface, cette distinction est tout sauf évidente..."

"Oui. Mais la grande distribution le sait. Le directeur de Système U est venu nous confirmer que les enquêtes d'opinions menées auprès de leurs clients mettent désormais le soucis écologique, le qualitatif, le lien social et le plaisir parmi leurs priorités. L'enseigne le prend à son compte et s'inscrit dans des modèles de consommation nouveaux : le drive en fait partie, le renoncement à la pêche en eau profonde pour ménager la ressource aussi... Je pense que la grande distribution commence à être prête."

Quels sont les premiers leviers qu'il faudrait activer pour rendre ces cercles de consommation plus vertueux ?

"Je vois trois choses. D'abord que les coopératives de producteurs soient des moteurs. Elles ont un rôle clef car un agriculteur seul ne peut pas faire le printemps. Il faut aller vers la constitution de filières alternatives et seules les coopératives ont la surface financière pour le faire. Pour tout ce qui concerne le frais, il suffit de surfer sur la vague, d'aller dans le sens des réseaux sociaux, de la commande internet, de la proximité en rationalisant les choses et en y mettant toujours plus de qualité. Enfin, il faut tirer tout cela par une politique d'exportation pour que la France son conserve la place essentielle qu'elle occupe dans le domaine agroalimentaire."






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