L'Amour à l'espagnole, les dessous d'une acquisition


Rédigé par - Angers, le Mercredi 5 Décembre 2012 à 11:00


Pour près de 250 000€, Angers vient d'acquérir le tableau L'Amour à l'espagnole de Jean-Baptiste Leprince (XVIIIe siècle). L’œuvre vaut en particulier d'avoir appartenu au plus grand collectionneur d'art d'Angers, Pierre-Louis Eveillard (1736-1790), auquel la ville envisage de consacrer une exposition de "rayonnement international".



Ariane James-Sarazin, Monique Ramognino et l'académicien Pierre Rosenberg lors de la présentation officielle de l'oeuvre le 30 novembre aux musée des Beaux-Arts
Ariane James-Sarazin, Monique Ramognino et l'académicien Pierre Rosenberg lors de la présentation officielle de l'oeuvre le 30 novembre aux musée des Beaux-Arts
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Dès le vote, unanime, de son acquisition au conseil municipal du 26 novembre, certains s'en sont émus sur Twitter, et sur le site officiel de retransmission de la réunion. La ville d'Angers vient d'acheter pour 248 737 euros précisément, une œuvre du peintre Jean-Baptiste Leprince (1734-1781), intitulée L'Amour à l'espagnole.

Trop cher ? Faute de compétence, nous ne rentrerons pas dans ce débat. Investissement difficile à saisir en temps de crise ? La question est nettement plus légitime. "J'ai été raide de peur lorsque l'idée m'a été présentée, a très honnêtement reconnu Monique Ramognino, la 1ere adjointe au maire, en charge de la culture. Mais je crois que quand le monde est en crise, il faut savoir faire appel à ceux qui perçoivent la beauté."

Certes. Mais pour Angers, la motivation n'est pas qu'esthétique. Elle est aussi et, peut-être plus encore, patrimoniale. C'est "un acte important dans le processus de réappropriation par les Angevins de leur histoire" a justifié la municipalité. Explications.

Aux origines du musée des Beaux-Arts

Élève de Boucher, contemporain de Fragonard et David, trois maîtres de la peinture du XVIIIe siècle dont il n'a pas atteint la notoriété, Jean-Baptiste Leprince est resté surtout célèbre pour un long séjour en Russie impériale. Un voyage de plusieurs années dont il a tiré des dizaines de tableaux et dessins. L'un d'entre eux est d'ailleurs conservé au musée des Beaux-Arts.

L'Amour à l'espagnole ne fait pas partie - ça va mieux en le disant - de cette série. Présenté pour la première fois en 1773 au Salon à Paris, qui était alors l'un des "événements artistiques de l'année", l’œuvre a été acquise peu de temps après, par le marquis Pierre-Louis Eveillard de Livois. Issu d'une riche famille angevine, ce collectionneur invétéré a été, sans le vouloir, à l'origine de la création du musée des Beaux-Arts.

L'Amour à l'espagnole, les dessous d'une acquisition
Pour le comprendre, il nous faut remonter à la Révolution et à la mort de Livois en 1790. Riche de près de 400 toiles, sa collection fut alors divisée en deux lots, nous rapporte l'historien Célestin Port : l'un pour les héritiers de la ligne paternelle (Eveillard de Livois n'a pas eu d'enfant); l'autre placé sous séquestre au Musée national du département, ses ayant-droits ayant fuit la Révolution à l'étranger.

Après accord, une partie de ce fonds leurs sera finalement rétrocédée quelques années plus tard par la ville, l'autre formant le noyau primitif de ce qui allait devenir le Musée des Beaux-Arts d'Angers. "Il n'y a jamais eu de désamour entre la ville et Livois" a insisté Monique Ramognino, en présentant l’œuvre.

"C'était un grand voyageur. Un esprit ouvert, très informé qui fréquentait les marchands d'art et les rabatteurs, y compris en Hollande" précise Ariane James-Sarazin, le nouveau conservateur en chef des musées angevins, qui a su trouver les arguments pour convaincre les élus... quelques jours seulement après son arrivée.

Tuyautée par l'un de ses prédécesseurs, c'est elle qui leurs a appris la mise en vente par Sotheby's, le 9 novembre, du dit-tableau. C'est elle aussi qui s'est présentée aux enchères pour faire préempter l’œuvre, aux côtés du directeur de l'action culturelle de la ville, Philippe Valla.

Vers une exposition internationale

Au delà de son histoire angevine, le tableau vient aussi enrichir l'exceptionnel ensemble de peintures du XVIIIe siècle du MBA. L'ex-président-directeur du Louvre et académicien Pierre Rosenberg est venu en dire le plus grand bien la semaine passée, lors de la présentation officielle de l’œuvre. Une utile caution scientifique et morale à l'heure de présenter la facture.

Celle-ci, espère la ville, pourrait au final coûter moins de la moitié de son montant aux contribuables angevins. L'Etat a donné son accord de principe pour financer un tiers de la somme et l'association Angers Musées Vivants, voté une aide de 20 000 euros. La Région va être sollicitée aussi et un appel à mécénat lancé.

En ligne de mire, une exposition "de rayonnement international" est en projet, indique la mairie, pour rassembler les œuvres de la collection Livois à Angers, et "composer un hymne aux jeux éternels et universels de l'amour et de la séduction".

C'est bien noté. Mais la tâche ne s'annonce pas simple. Et au petit jeu de la séduction, on rappellera simplement, qu'il peut être prudent de se méfier des promesses.



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