« L'Opéra de Pékin ne ressemble qu'à lui »


Rédigé par - Angers, le Mardi 21 Octobre 2014 à 08:09


Angers Nantes Opéra accueille mardi 21 et mercredi 22 octobre la Compagnie nationale de l’Opéra de Pékin, pour deux représentations de « La légende du Serpent blanc », l’une des pièces phares d’un répertoire encore très méconnu en Occident. Rogers Darrobers, membre du Centre de recherche sur les civilisations de l’Asie orientale (CRCAO) et spécialiste du théâtre chinois, nous apporte son éclairage.



"La Légende du Serpent blanc" sera donnée à Angers les 21 et 22 octobre prochains, au Quai.
"La Légende du Serpent blanc" sera donnée à Angers les 21 et 22 octobre prochains, au Quai.
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Rogers Darrobers, qu’est-ce que l’Opéra de Pékin, exactement ?

"Il s’agit d’un genre de spectacle vivant en tant que tel, un style formé à la capitale à la fin du XVIIIe siècle et qui s’est épanoui au XIXe. C’est donc un genre relativement récent, mais qui repose sur un substrat beaucoup plus ancien qui est le théâtre chinois des XIe et XIIe siècles. L’opéra de Pékin, c’est un genre joué pas loin de la Cour, plus sérieux que le théâtre chanté, autour d’un répertoire qui est un peu le même. C’est moins lettré que le théâtre des lettrés avant lui : il s’agit moins de poèmes chantés que de phrases rimées, avec une dimension acrobatique mais aussi une dimension chantée. Au début du XXe siècle, l’Opéra de Pékin était le genre national."

Tout a-t-il changé avec la Chine communiste ?

"Oui, il y a eu une volonté politique de récupérer l’Opéra de Pékin, qui incarnait le côté officiel, dans les années 50-60. A cette époque-là, on assiste déjà à une certaine épuration du théâtre chinois, mais sans commune mesure avec ce que sera la Révolution culturelle. A partir de 1966, et pour dix ans, l’opéra traditionnel a été totalement interdit. D’une manière plus générale, ça a été un grand coup d’arrêt pour toutes formes traditionnelles en Chine, au profit d’un art authentiquement prolétarien."

On raconte pourtant que Mao était ému par « La Légende du Serpent blanc » ?

"J’ai raconté cette anecdote dans l’un des mes ouvrages (Le Théâtre Chinois, Presses Universitaires de France, 1995) et c’est tout le paradoxe du personnage : il a passé des heures à dévorer la littérature classique mais interdisait au peuple d’y avoir accès. De la même manière, il a fait filmer les opéras chinois, pour ne garder une trace, mais il a fallu attendre fin 78 pour que les premières pièces reviennent en public. A ce moment-là, d’ailleurs, la dizaine d’opéras révolutionnaires modèles qu’il avait laissé le soin à sa femme de modeler sont à leur tour devenus interdits. Aujourd’hui, on est dans un virage à 180° où l’Etat met davantage en valeur les traditions : l’Opéra de Pékin a à voir avec l’action diplomatique."

Des scène de combats spectaculaires

« L'Opéra de Pékin ne ressemble qu'à lui »
Cette période a-t-elle fait disparaître le savoir faire lié à l’Opéra de Pékin ?

"C’est une vraie question, qui interroge les conditions de formations des acteurs. L’Opéra de Pékin, c’est tout sauf de l’improvisation, il faut le porter en soi, être chanteur, comédien, danseur, acrobate… Après, le jugement porté est une question de génération. Le public actuel est moins exigent, mais pour les vieilles générations, il y a clairement une vraie déperdition de la qualité."

Au sein de l’Opéra de Pékin, quelle place tient « La Légende du Serpent blanc » ?

"C’est une des pièces les plus connues, en Chine et à l’international, car elle a beaucoup voyagé. La version présentée à Angers est une version alternative de l’original, un conte de l’époque Ming. Elle a été écrite en 1947 par Tian Han, un écrivain communiste, engagé, victime de Mao ensuite. C’est une réécriture dans une tonalité sentimentale qui en fait une gentille légende, avec du romantisme et un aspect fantastique. On y perd la dimension quasi anti-religieuse de l’original. Après, c’est une des rares pièces de l’Opéra de Pékin qui lie les côtés très visuels et militaires de certaines pièces, en même temps que le côté très chanté de certaines autres."

La considérez-vous comme accessible, pour un public occidental, et donc non initié ?

"Il y a des scènes assez spectaculaires au niveau visuel, surtout que la Compagnie nationale est une troupe basée à Pékin, et donc une des plus prestigieuses. Les thématiques abordées peuvent évoquer, éventuellement, « Le lac des Cygnes », bien qu’il n’y ait pas de réelles correspondances, du point de vue artistique. L’Opéra de Pékin ne ressemble qu’à lui, et « La Légende du Serpent blanc » est un excellente entrée en matière pour s’en faire une idée."

A savoir

Les 21 et 22 octobre prochains, Le Quai, à Angers, accueillera deux représentations de « La Légende du Serpent Blanc », donnée par le Compagnie nationale de l’Opéra de Pékin, dans le cadre du 50e anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises. Réservations au 02 41 22 20 20 ou sur le site internet d’Angers Nantes Opéra.

Maquillages, costumes, gestuelles, musiques… cet art très codifié est à découvrir également au fil de l’exposition « Dans les coulisses de l’opéra chinois », visible à l’Institut Confucius d’Angers jusqu’au 18 décembre.




Journaliste Animateur du blog " Des mots à la marge " En savoir plus sur cet auteur








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