L'abstention, encore le premier parti de Monplaisir ?

DOSSIER ELECTIONS : QU'ATTENDENT LES ANGEVINS ? #5


Rédigé par Pierre ALEXANDRE - Angers, le 17/04/2017 - 07:45 / modifié le 17/04/2017 - 11:49


Présidentielles, les dimanches 23 avril et 7 mai. Législatives, les 11 et 18 juin. Ces prochaines semaines, les Français vont se choisir un nouveau chef d’Etat puis donner (ou pas) à son gouvernement une majorité à l’Assemblée nationale pour soutenir son action. Dire que l’enjeu de ces deux rendez-vous électoraux sera déterminant pour notre avenir commun est un euphémisme. Dans un contexte politique teinté de désenchantement et de défiance, les Angevins tentent d’évaluer les programmes et les candidats. Pour le jour venu, si possible, voter en pleine conscience. Nous en avons rencontré et interrogé un certain nombre pour mesurer leurs attentes, sans soucis d’exhaustivité mais avec la volonté de varier nos points de chute et les regards. Alors, qu’attendent-ils ces Angevins ?

Dans le quartier du nord-est angevin, à l'évocation de l'élection présidentielle, la colère l'emporte. Les jeunes électeurs, majoritaires, reprochent aux décideurs politiques de droite comme de gauche leur incurie face au chômage. Et le Front national est en embuscade chez les actifs plus âgés.



Jawad Zahir (3e en partant de la g.), responsable de l'AJAC Monplaisir, avec les commerçants de la place de l'Europe.
Jawad Zahir (3e en partant de la g.), responsable de l'AJAC Monplaisir, avec les commerçants de la place de l'Europe.
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Café Le 504, place de l'Europe à Angers, milieu de matinée. En terrasse, les discussions vont bon train. Un grand échalas en doudoune et baskets nous a vu arriver. Il se lève et nous fait signe de le suivre à l'intérieur, où les habitués défilent au comptoir pour avaler vite fait leur expresso. Sans préambule, il demande : « Combien t'en veux ? T'es là pour du shit, non ? » On décline l'offre. Le jeune homme tourne les talons, sans un mot.
 
Plus tard, l'anecdote fera sourire Jawad Zahir, 39 ans, président de l'Association de la Jeunesse pour l'Action et la Culture (AJAC) du quartier Monplaisir. C'est lui que nous devions retrouver au 504. Avec l'aide d'autres bénévoles, il accompagne les habitants du territoire dans leurs démarches auprès des administrations, leur recherche d'emploi, etc. Il les incite à aller voter, aussi.

Monplaisir, 11 500 habitants, est l'un des quartiers les plus cosmopolites, et aussi les plus jeunes d'Angers. Le taux de chômage s'y établit à 27 %, plus de 15 points au-dessus de la moyenne municipale. En 2014, le territoire a été choisi pour bénéficier d'un programme de réhabilitation, piloté par l'Agence nationale de renouvellement urbain. Las, place de l'Europe, les engins de chantier se font attendre. « Un sentiment d'abandon », aux dires de Jawad, qui se traduit dans les comportements électoraux.   
« Les politiciens nous considèrent comme des étrangers »
Jawad fait signe à Réda, le vendeur de cannabis, de nous rejoindre. Il le connaît bien. Le jeune homme de 25 ans explique : « J'en ai marre de dealer du shit toute la journée, je voudrais avoir un vrai travail, mais qu'ils soient de droite ou de gauche, les hommes politiques ne font rien pour nous aider. Je viens de recevoir ma carte d'électeur, mais je crois bien que pour la première fois, je n'irai pas voter. » Opinion partagée par Adel, 32 ans, cogérant d'un kebab en face du 504 : « Les politiciens nous considèrent comme des étrangers, alors que nos grands-pères ont combattu pour la France durant la Seconde guerre mondiale. » A Monplaisir, l'abstention a dépassé les 25 % lors de la présidentielle 2012.

Depuis une dizaine d'années, le ras-le-bol y profite aussi de plus en plus à l'extrême-droite. Marine Le Pen y a obtenu 15,3 % en 2012 –contre 10 % en moyenne à Angers- et lors des élections intermédiaires qui se sont succédé depuis, le Front national n'est jamais descendu sous les 20 %, quand il plafonne à 14,8 % dans le reste de la ville. « Ici, les électeurs FN sont pour la plupart des ouvriers, employés ou chômeurs de 35 à 55 ans, qui éprouvent un fort sentiment d'insécurité. Ils estiment que les migrants erythréens, somaliens, etc. installés il y a peu usurpent leurs allocations, leurs emplois... », analyse Jawad Zahir, de l'AJAC.
« Macron, il a un regard neuf sur la politique »
Interpellé à sa sortie d'un salon de coiffure, Boulbaba ne cautionne pas ces vitupérations favorables à l'abstention ou au vote FN. Chef d'équipe dans l'industrie agroalimentaire, la petite quarantaine, il avoue : « Macron, il me plaît, il est jeune, dynamique, et surtout il a un regard neuf sur la politique. »  Le candidat d'En Marche séduit également Sandrine, 48 ans, qui tient l'une des boulangeries de la place de l'Europe. « Je me suis décidée après avoir vu le débat sur TF1. La suppression du RSI et l'extension de l'assurance -chômage aux petits commerçants, ça me parle. »

Bien sûr, il reste les indécis. Tel Abdelkader, retraité des ardoisières de Trélazé, qui hésite encore entre Hamon et Mélenchon. « Les seuls représentants de la gauche, pour laquelle j'ai toujours voté depuis que je vis en France. » Ou Jean, ancien comptable de 63 ans, qui déplore la montée du FN dans « ce quartier de métissage, historiquement ancré à gauche ».









1.Posté par Cantin manon le 18/04/2017 10:06 | Alerter
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Bonjour,

Incroyable cet article qui stigmatise les habitants des quartiers populaires. Heureusement ce ne sont pas tous des abstentionnistes ou des dealers de shit ! Beaucoup ont le cœur sur la main, on s'en sort comme on peut.

Big up Monplaisir ;)















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