L'émouvant hommage de ses confrères à Camille Lepage

Lors d'une cérémonie profondément digne et sobre, les confrères et consœurs de Camille Lepage lui ont rendu hommage lundi à Angers. En soulignant tous la passion et l'exigence qui animaient la photoreporter angevine. Et en éteignant du même coup le début de polémique né autour de la précarisation des journalistes freelance engagés sur des conflits.



Entouré d'autres journalistes ayant travaillé avec Camille Lepage, William Daniels, l'un des derniers photoreporters à l'avoir côtoyée a pris la parole devant son portrait.
Entouré d'autres journalistes ayant travaillé avec Camille Lepage, William Daniels, l'un des derniers photoreporters à l'avoir côtoyée a pris la parole devant son portrait.
En marge de la vague d'émotion suscitée par la mort de Camille Lepage lors d'un reportage en Centrafrique, plusieurs questions et réflexions alimentaient ces derniers jours les débats et discussions au sein de la profession. En cause, le sentiment chez certains que notre consœur angevine aurait payé au prix fort l' "externalisation des risques" pratiquée désormais par les grands médias internationaux sur les terrains les plus dangereux.

En clair, doit-on se satisfaire qu'autant de journaux prestigieux aient fait appel à une jeune professionnelle freelance pour affirmer leur présence là-même où leurs responsables n'osent plus envoyer leurs propres reporters ? Oui, la question est légitime. Mais l'émouvant hommage rendu à Camille Lepage par ses confrères et consœurs, lundi sur la bien nommée promenade du Bout du Monde à Angers, a montré que cette question ne méritait pas d'être traitée par la polémique.

Pourquoi ? Sa mère et ses amis l'ont rappelé de nouveau : pour la bonne et simple raison que notre consœur avait choisi cette vocation et cette forme de journalisme. Par conviction et par engagement, par goût de l'indépendance de toute évidence aussi. Pas par esprit kamikaze.

"Camille n'était pas une idéaliste. Elle n'était pas au mauvais endroit au mauvais moment. Elle croyait à la mission du journalisme" a écrit le président de la Fédération internationale des journalistes, Jim Boumelha, dans un message lu par notre confrère angevin, Anthony Bellanger, par ailleurs président du Syndicat national des journalistes.

Même prise de hauteur de la part des derniers confrères à l'avoir côtoyée à Bangui en Centrafrique. "Camille comprenait parfaitement le pays, les enjeux du conflit. Elle était connue, sans mauvais jeu de mot, comme le loup blanc à Bangui. Des jeunes mettent des années avant de se construire une notoriété, elle non. Je la voyais très bien devenir une très grand photoreporter", a témoigné William Daniels, pourtant plus âgé et à fortiori plus aguerri qu'elle.

"Notre petite Capa à nous"

Parents, amis, confrères ou simples habitants touchés par sa disparition, de nombreux angevins ont profité de l'hommage rendu à Camille Lepage pour signer le registre de doléances.
Parents, amis, confrères ou simples habitants touchés par sa disparition, de nombreux angevins ont profité de l'hommage rendu à Camille Lepage pour signer le registre de doléances.
Plus émouvant encore, plus ému aussi, Fred Dufour, photographe à l'Agence France Presse, a raconté combien il avait été surpris de la confiance et de la décontraction de sa consœur même dans les situations les plus compliquées, comme ce jour de tensions à Bangui où il travaillait à ses côtés sur l'avenue qui mène à l'aéroport, un lieu à risque.

"Je la vois avec quatre-cinq personnes, des garçons, des filles, s'amusant, les prenant en photo, leur montrant les images sur son boîtier. Je la voyais décontractée, sourire et discuter avec eux. Elle prenait son temps, le temps qu'il faut pour parler aux gens. Camille, c'est notre petit Capa à nous. Qu'elle soit en commande, en CDD, en CDI, elle aurait fait la même chose. Elle aurait pris les mêmes risques pour raconter ce qui ne se voit pas."

Une minute de silence, puis une minute d'applaudissements ont entouré les prises de parole, en présence des proches de Camille Lepage, ses amis, du sénateur-maire d'Angers, Christophe Béchu, des députés Marc Laffineur et Serge Bardy, et de dizaines d'Angevins qui ont tenu à manifester leur soutien.

Parmi eux, difficile de manquer la présence de l'ancien évêque d'Angers, Mgr Jean Orchampt, un autre passionné de l'Afrique. "Je ne connaissais pas Camille mais j'ai découvert ses photos du Sud Soudan et du Centreafrique sur Internet la semaine dernière. J'ai été frappé par son regard. Elle voyait les choses, les détails et c'est parce qu'elle s'intéressait, qu'elle intéressait. La paix en Centreafrique dépend des humains, je veux croire que cette épreuve, trop lourde, pourra permettre à des personnes d'émerger là-bas. C'est mon espérance."

Mardi 20 Mai 2014
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