L’étrange affaire Angélica, une étrange histoire d’amour.


Rédigé par Option Cinéma Lycée Renoir - Angers, le Mercredi 25 Mai 2011 à 09:55


Isaac, un jeune photographe, est demandé d’urgence dans la demeure d’une famille catholique pour réaliser le portrait de leur jeune fille récemment décédée. Mais alors qu’il règle le cadrage, il voit la jeune femme reprendre vie.



Isaac (Ricardo Trêpa) est aux portes du cimetière où repose Angélica.
Isaac (Ricardo Trêpa) est aux portes du cimetière où repose Angélica.
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Manoël de Oliveira est, à ce jour, le plus vieux réalisateur en activité ; à 102 ans, il nous livre son 31ème long métrage. Le Portugais nous interpelle avec ce film où amour et mort sont intimement liés. En effet, après avoir réalisé le portrait de la jeune femme, et nous avoir permis d'assister à son « réveil », il tombe immédiatement sous le charme de la jeune mariée morte.

Dès lors, son souvenir le hante à travers ses clichés ou encore ses rêves. Cette sensation d’omniprésence va très vite tourner à l’obsession. Poussé par le désir de la revoir, sa vie devient rapidement un enfer. Le jeune homme s’enferme alors peu à peu dans une « mort sociale ». Ici, le célèbre réalisateur ne cherche pas nous faire comprendre le mystère de la jeune femme qui sourit, mais s’intéresse plus à la psychologie de l’homme confronté à la mort.

Par l‘intermédiaire des clichés, le photographe a su redonner à Angélica la vie qu’elle avait perdue, a réussi à figer le moment et à cristalliser sa beauté, pour ainsi lui permettre de « survivre » au temps. Son corps est mort, mais son essence est préservée grâce aux photos.

On assiste aussi à un mélange de contrastes saisissants, comme l’entremêlement de l’amour et la mort, celui du rêve et la réalité, mais aussi celui du le deuil et le mariage. On le voit également par l’intermédiaire de la scène où Isaac prend les photos. En effet, la défunte est habillée de blanc et lumineuse, alors que la pièce est remplie de larmes et de tristesse, et tous sont vêtus de noir, le signe du deuil. N’est-il d’ailleurs pas étrange que l’amour, signe de bonheur, apparaisse dans un endroit où la mort est omniprésente ?

Il utilise aussi la technique du clair obscur, plus généralement employée dans la peinture, pour décrire plusieurs scènes avec une certaine sobriété. Cette sobriété est l’une des caractéristiques du cinéma de Oliveira, il nous fait passer l’émotion de son film grâce à des images fortes mais aussi grâce au silence de quelques scènes poignantes.

Et c’est sous les airs connus, mais néanmoins très appréciés, du compositeur Chopin, que le réalisateur choisit d'accompagner son œuvre. A la fois saisissantes et mélancoliques, les notes de musique démontrent une manière différente d’aborder la réalité, et donnent un aspect plus léger à la mort, sujet normalement traité de manière glauque. Elle apporte une certaine harmonie au sein du film, et lui donne une réelle dimension artistique. Effectivement, à travers le 7ème art, il fait l’éloge d’autres savoir-faire comme la photographie, la peinture, la musique et aussi d’une certaine manière la poésie.

Cette histoire a connu le jour dans les années 50, mais c’est seulement aujourd’hui que le cinéaste choisit de nous la représenter. Il montre bien l’intemporalité et la modernité de l’histoire dans son thème, en utilisant des trucages archaïques et des vêtements d’une époque révolue. Les décors sont ceux de notre époque, mais les paysans continuent à travailler à la main sans avoir recours aux machines.

Ce film s’inscrit parfaitement dans l’œuvre de Manoël de Oliveira comme une histoire onirique, où réalité et rêve s’entremêlent jusqu'à ne former qu’un, pour permettre à l’amour d’être plus fort que la mort.

Une merveille !

Camille.












Angers Mag